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A
chaque album, Yngwie Malmsteen adopte un peu la même démarche que
Zack Wylde pour son Black Label Society, il agit à l'instinct et ne
se pose pas cinquante mille questions avant de l'enregistrer. Un riff
ou un solo sonne bien? Hop, on enregistre et on passe au morceau
suivant! Trois ans après Attack, rien ne semble avoir changé chez
Yngwie, si ce n'est son poids (il a perdu vingt-cinq kilos!). Comme
d'habitude, Yngwie a enregistré une tonne de matériel, avec de
quoi enregistrer sept ou huit albums! Et il n'a sélectionné que les
meilleurs titres, ce qui fait qu'encore une fois, l'album dure
presque quatre-vingt minutes et est blindé de compos (dix-huit quand même!).
Hormis l'absence de Derek Sherinian aux claviers
(remplacé par Joakim Svalberg, la différence ne saute pas aux yeux
ceci dit!), le line-up est le même que pour Attack. La production
aussi est identique, puissante et très brute. Bref, ceux qui ont
aimé Attack aimeront aussi Unleash The Fury tellement les deux albums
se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Doogie White est toujours dans
le trip "viking forever", parfait pour le style de
Malmsteen, mais ce n'est quand même pas le meilleur chanteur qu'il
ait eu (il n'égale pas Jeff Scott Soto, Mark Boals ou Joe Lynn
Turner). Patrick Johansson cogne toujours comme un bûcheron, son
jeu est très efficace même s'il n'a pas le niveau technique de
Mike Terrana, Cozy Powell ou John Macaluso. Quant à Yngwie, il est
illusoire d'attendre de sa part un album novateur et travaillé car
depuis War To End All Wars, la qualité a baissé et
ce n'est pas avec Unleash The Fury que la tendance va s'inverser.
Il n'empêche, Unleash
The Fury envoie du bois,
c'est le moins qu'on puisse dire! Je le préfère même à Attack et
War To End All Wars! Yngwie aligne les riffs "baroque and
roll" à toute berzingue. On peut noter une gande dose de
titres speed sur cet album, ce qui peut s'avérer fatiguant quand on
écoute l'album pour les premières fois! De quoi être
rassasié de speed mélodique pour au moins deux ans! Du speed mélo,
oui, mais pas n'importe lequel: à la sauce Malmsteen donc, avec le
son des Marshall légèrement cradingue, bien graisseux et
transpirant le whisky et le rock 'n' roll! Du remplissage aussi, une
fois n'est pas coutume, il y a bien quatre ou cinq titres qui plombent
l'album et dont on se serait bien passé (Revolution, The Hunt,
Russian Roulette ou l'instrumental Magic And Mayhem qui n'apporte
rien), sans compter les mélodies et les nappes de claviers qui
ont parfois tendance à se ressembler (Beauty And A Beast, Exile,
Crown Of Thorns).
Parmi les moments forts, quelques titres bien
heavy comme Cracking The Whip (Yngwie assure quelques vocaux bien
graisseux sur ce titre) et surtout le groove vicieux de The Bogeyman
(excellent refrain) et Revelation (Drinking With The Devil), très
lent, avec des riffs plombés évoquant Black Sabbath; le
chant de Doogie White se rapproche même d'Ozzy sur ce titre. Winds
Of War (Invasion) et sa superbe intro, Unleash The Fury et son
refrain grandiloquent à la Rhapsody, Let The Good Times Roll, sans
oublier les instrumentaux (Fuguetta, Guardian Angel), ce ne sont pas
les bons titres qui manquent. Et comme sur Attack avec Freedom Isn't
Free, Yngwie a eu la bonne idée de chanter à nouveau sur un blues
poignant cette fois-ci, Cherokee Warrior, en hommage à Jimi
Hendrix. Son chant rappelle même Lenny Kravitz et c'est une vraie réussite.
Alors que Freedom Isn't Free apparaissait plus comme un délire
qu'autre chose, avec Cherokee Warrior, Yngwie peut prendre au sérieux
son rôle de chanteur. Vivement qu'il chante sur un album
complet! Il finira bien par avoir les couilles de le faire!
Bref, Unleash
The Fury est une bonne petite
tuerie comme on aimerait en avoir plus souvent. On conserve les défauts
habituels (album trop long, auto-suffisance Malmsteenienne
difficilement supportable), mais il faut se rendre à l'évidence:
un album de Malmsteen, ça tue! Totalement inutile et donc
rigoureusement indispensable!
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