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Firefly marque une
nouvelle ère pour Uriah Heep puisqu'il s'agit du premier album sans
David Byron au chant. Jusque là, les divers changements de line-up
s'étaient produits plus ou moins sans encombres. Mais changer de
chanteur, ce n'est pas comme changer de bassiste (pardon pour les
bassistes), et sans David Byron, on se rend vite compte que tout
l'aspect théâtral et fun d'Uriah Heep venait en grande partie
de lui. Il avait été viré à cause de son fort penchant
pour la bouteille. Le voir arriver bourré un soir sur scène,
et insulter les fans "Si vous n'êtes pas contents, allez vous
faire foutre", avait été la goutte d'eau de trop comme on dit. Pour
le remplacer, Uriah Heep a auditionné plusieurs chanteurs de renom
comme Paul Rodgers (Free, Bad Company et... Queen!) et David
Coverdale, tout droit sorti du split de Deep Purple. Ce dernier
préférera monter son propre groupe, Whitesnake. Finalement, leur
choix se portera sur John Lawton, chaudement recommandé par Roger
Glover (bassiste de Deep Purple, vous me suivez?) après
qu'il ait chanté sur un titre de son album Butterfly Ball. Son
physique et son look, pas très avenant on va dire, avait un peu
fait hésiter Uriah Heep à l'engager. Mais sa voix convenait
parfaitement au groupe.
John Wetton (King Crimson, Asia, UK, Roxy Music,
Family) avait quitté Uriah Heep peu de temps après que David
Byron ait été remercié. Son remplacement posera moins de problème,
puisque Trevor Bolder (ancien bassiste de David Bowie) deviendra LE
bassiste d'Uriah Heep, jusqu'à aujourd'hui encore. Fini donc
l'aspect "pop" qu'avait apporté John Wetton. Retour
de Gerry Bron aux manettes, il s'agissait d'avoir une production très
propre, très pro, histoire de faire oublier les cafouillages de
High And Mighty. Pour Firefly donc, le changement vient plus du line-up que de la musique en elle-même. La recette traditionnelle
d'Uriah Heep est appliquée à la lettre, et même John Lawton a un
peu de mal à affirmer sa personnalité pour ce premier album. Il
se contentera dans un premier temps de ne pas faire d'ombre à David
Byron, sans pour autant l'imiter. John Lawton sera, je pense, bien
plus mis en avant et plus à son aise sur le style funky
d'Innocent Victim, l'album suivant.
Sur Firefly, à aucun moment on ne peut remettre
l'inspiration à défaut. Tout est là, les choeurs, les mélodies. Mais
dès l'entame de The Hanging Tree, le feeling de David Byron manque
un peu. Et pour tout dire, on s'ennuie! Trop de sérieux! Comme
je le disais plus haut, l'aspect fun et théâtral qu'apportait
David Byron a disparu. La musique devient assez monotone du coup. L'album
est très prévisible, mais on ne retrouve ni le rock 'n' roll
de Return To Fantasy et High And Mighty, et encore moins l'aspect épique
des Demons And Wizards et The Magician's Birthday. Les choeurs sont
également un peu moins bons qu'avant, l'absence de David
Byron et John Wetton se fait sentir.
Les nouvelles sonorités des claviers, plus
modernes et s'éloignant du traditionnel orgue Hammond, contribuent
à rendre l'album plus propre et un peu pompeux. La main mise de Ken
Hensley sur toutes les compos du groupe (hormis Who Needs Me, composé
par Lee Kerslake) commence à devenir pesante. On s'ennuie
(comment? je l'ai déjà dit?). Sympathy peine un peu à décoller,
on a l'impression que tout le monde est bridé dans le groupe. C'est
un titre très bien construit mais que je n'ai jamais aimé
tellement il est... chiant! Who Needs Me est le titre rock par
excellence, bien sympa mais n'égalant pas ce qu'Uriah Heep a déjà
fait dans le genre, ni même le fameux Free N' Easy d'Innocent
Victim. Do You Know est quant à lui LE titre heavy, et même si
encore une fois, on ne respire pas exactement l'enthousiasme,
l'efficacité est au bout du chemin.
Bref, Uriah Heep apparait bien rodé sous son
nouveau line-up, même si ça ne faisait pas très longtemps qu'ils
étaient ensemble. Une mécanique bien huilée en somme, mais qui
commence un peu à s'enrouiller. Pour continuer dans le vachement prévisible,
voici les ballades, au nombre de deux (Wise Man et Rollin' On). Pas
grand chose à dire de plus, ce sont des ballades d'Uriah Heep et on
est vachement avancé avec ça. Ah si, une guitare planante pour la
partie instrumentale sur Rollin' On, agrémentée de quelques
choeurs! Passons au titre épique Firefly, très doux, qui démarre
de la plus belle manière qui soit. A ce moment là, on se dit qu'on
tient le digne successeur des Magician's Birthday, Dreams ou
Paradise/The Spell. Mais dès que les guitares saturées pointent
leur nez, le morceau ne confirme pas tous les espoirs qu'on avait
placé en lui. Un peu poussif, mou du genou et peu de
rebondissements au final, bref trop prévisible encore une fois.
Vraiment dommage car la mélodie de base est magnifique.
Reste le meilleur titre de l'album pour moi, le
plus animé et haut en couleur, Been Away Too Long, très axé sur
la performance bluffante de John Lawton et avec aussi un vrai solo
de guitare s'il-vous-plait. Il faut bien le dire, Mick Box se
contente parfois de solos de guitare minimalistes. Sur la nouvelle version
remasterisée, on retrouve une version démo de Been Away Too Long,
nettement plus pêchue. C'est là où on voit que le groupe se lâchait
bien plus pendant les séances puisque John Lawton en fait des
tonnes, en poussant à fond dans les aiguës. La version finale est
finalement plus sage et raisonnable, et elle est également
meilleure. Idem pour l'inédit Crime Of Passion, ce titre est
nettement plus rock et couillu que ce qui se trouve sur l'album. Même
un autre inédit, I always knew, avec ses airs funky, apparaît
plus exaltante et moins formatée que Rollin' On et Wise Man.
Dommage qu'Uriah Heep ne se soit pas lâché comme ça sur Firefly.
Une version live de Who Needs Me aussi, allongée de quelques impros
et qui rassure au moins sur une chose: Uriah Heep n'avait rien
perdu de sa puissance en live, même si d'autres groupes à la même
époque étaient plus impressionnants qu'eux sur scène.
Le remaster de 2004 est un bon investissement,
puisqu'il permet même de rehausser l'intérêt de l'album avec les
titres bonus, rien que ça. Firefly est un bon album, à recommander
en priorité à ceux qui préfèrent le côté clean et progressif
d'Uriah Heep, plutôt que le côté heavy et rock 'n' roll. Ceci
dit, à part le changement de line-up, il n'y avait quand même pas grand
chose de neuf. Il devenait urgent de se renouveler. Le groupe s'y emploiera
pour les quatre albums à venir (Innocent Victim, Fallen Angel,
Conquest et Abominog), avec plus ou moins de bonheur.
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