-the lord : Sur Falling
In Between, Toto « concrétise » pas mal
d’influences jusqu’ici légèrement en retrait avec des
passages très jazz rock et d’autres lorgnant plus vers le
progressif. C’est nouveau pour vous…
Steve Lukather (guitare+chant) :
Oui, d’où le titre de l’album. Je pense vraiment que nous
avons le cul entre deux chaises. Nous touchons à plein de styles.
Tout le monde veut systématiquement nous classifier dans la pop,
le rock, le jazz, le funk, la world music, la fusion ou que
sais-je encore! Pour moi, nous sommes tout cela à la fois. Tous
ces styles de musique s’intègrent très bien à notre manière
de concevoir la musique et à notre façon de composer. Pour
Falling In Between, nous avons voulu faire quelque chose d’inédit.
Je me rappelle avoir annoncé à mon ami John Petrucci que notre
nouveau disque aurait des influences prog metal car nous en avions
marre d’être considérés comme un groupe de pop pour tapettes!
Mais une fois que l’on a digéré les éléments plus heavy du
disque, on y retrouve également clairement ce qui constituait les
albums classiques de Toto à travers l’importance donnée aux
claviers. Notre but principal était quand même de réveiller
tout le monde.
-the lord : Falling In
Between contient une superbe chanson intitulée Simple Life.
Pourquoi est-elle si courte? Elle sonne un peu inachevée de cette
façon…
Steve Lukather
: Initialement, elle
devait être l’intro d’un autre morceau. Ce dernier ne s’est
finalement pas fait mais comme je trouvais que Simple Life était
très bonne, nous l’avons gardée. Pourquoi ne pas laisser une
chanson de deux minutes sur l’album? Les Beatles le faisaient
bien… Si les gens sont déçus par la longueur de la chanson, je
leur suggère de l’écouter plusieurs fois à la suite! Et puis,
on ne sait jamais, le prochain album contiendra peut-être Simple
Life (Part II)…
-the lord : Tu as déjà des
idées à ce sujet?
Steve Lukather
: J’ai toujours des
idées qui se promènent dans ma tête mais maintenant je
fonctionne totalement en mode « tournée ». Nous répétons
tous les jours afin de mettre sur pied un show de grande qualité.
Nous allons jouer des vieux titres que personne n’a entendus
depuis vingt ans. Même les vieux hits ont été arrangés différemment
ce qui devrait plaire aux fans. Bien sûr, nous allons également
jouer des titres du nouvel album. Ce sera très excitant. Tu
comprendras donc que je ne pense pas encore trop au prochain album
vu la quantité de travail que tout ceci représente.
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-the lord : Dans votre
longue histoire, y a-t-il une chanson de Toto qui aurait pu être
un hit selon toi mais qui est passée inaperçue pour une raison
ou pour une autre?
Steve Lukather
: Il y en a un paquet
mais je préfère ne pas regarder en arrière. Il faut vivre dans
le présent. Il y a eu des choses sur nos disques que je n’ai
pas aimées et que je n’ai pas du tout envie de jouer. Nous
faisons ce métier depuis presque trente ans et nous avons sorti
dix-huit albums: c’est normal que certaines choses paraissent
moins bonnes ou tout simplement vieilles. Certaines de nos
chansons sont trop pop pour moi mais ce n’est pas grave car il y
a des gens qui adorent ça. Evidemment ceux-là détestent nos
trucs heavy (rires). Nos maisons de disques ont souvent
insisté pour sortir des ballades très pop en single et par
conséquent nous avons hérité d’une fausse réputation. A
cause de cela, les fans de hard rock ne nous ont jamais trop pris
au sérieux. En revanche, lors de nos concerts tout le monde
s’accorde à dire que nous ne sommes pas si pop que cela. Je
tiens aussi à préciser que la prochaine tournée ne va pas
lésiner sur les moyens. Il y aura trois écrants géants et un
vrai jeu de lumière: ce sera vraiment un gros truc.
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-the lord : Est-ce ce manque
de reconnaissance de la part du public hard rock qui vous a
conduit à partir d’une major pour signer chez un indépendant,
Frontiers Records?
Steve Lukather
: Nous avons reçu
beaucoup de propositions, toutes très variées. Nous avons
enregistré et produit l’album nous-mêmes; ce n’est qu’après
que nous sommes allés chercher une maison de disques. Nous
voulions des gens spécialisés dans le rock et qui sachent nous
promouvoir auprès du public que nous souhaitons atteindre. Faire
partie d’une major était une erreur pour un groupe comme Toto.
Nous y étions totalement ignorés. Ils savaient que nous avions
des fans fidèles qui acheteraient nos albums. Selon eux, ce n’était
donc pas la peine de travailler pour nous. Ils préféreraient
toujours donner plus d’importance à la nouvelle starlette…
Nous jouions dans des salles de dix mille personnes et pas un seul
type de la maison de disques ne venait! Nous en avions vraiment
marre d’être traités ainsi. Donc, lorsque l’opportunité de
partir s’est présentée, nous l’avons saisie. Frontiers est
passionné par Toto et met tout en œuvre pour que Falling In
Between soit une réussite. Il est de toute façon préférable
d’être une priorité d’un petit label qu’un groupe lambda
chez une major. Quand un représentant de Sony débarque dans les
radios avec huit nouveaux albums et propose au DJ de choisir entre
Mariah Carey ou Toto, c’est couru d’avance. En plus, Frontiers
nous ont fait une offre incroyable (rires). Ils ont doublé
ce que les autres maisons de disques nous proposaient. Avec un tel
soutien marketing, nous n’avions pas d’autres choix que
d’accepter.
-the lord : Est-ce qu’il y
a, dans la nouvelle génération de groupes de rock, des
formations qui pourraient être les héritiers de Toto?
Steve Lukather
: Peut-être que je
suis vieux-jeu mais la plupart des choses qui sortent maintenant
sont pareilles. Pour être précis, je dirai plutôt que les
nouveaux groupes ont tous la même production. Ils sonnent donc
tous pareil en particulier au niveau de la guitare et de la
batterie. Quant à savoir si nous avons des héritiers… Je ne
sais pas si les gens sont encore intéressés par les parties de
claviers délirantes et les productions grandiloquentes qui nous
caractérisent (rires). Je pense qu’il n’y a que la scène
metal qui se rapproche de cela car les groupes ont de solides
influences. A un moment, particulièrement durant la période
grunge, dès qu’un groupe savait bien jouer et le montrait, c’était
foutu pour lui. On décourageait les virtuoses et on encensait les
gens qui jouaient de leurs instruments depuis six mois. Pour des
gens comme nous qui avons passé des dizaines d’années à
s’entraîner, c’était difficile à encaisser. La musique était
un art, maintenant c’est un business…
-the lord : Pas très
optimiste comme remarque mais elle n’est pas dénuée d’une
certaine vérité! A quels groupes de la scène metal pensais-tu
lorsque tu évoquais vos héritiers?
Steve Lukather
: Il y en a plein.
Disons par exemple Children Of Bodom ou The Mars Volta. Il y a
plein de bons groupes qui tirent à leur avantage le fait que les
majors tombent en ruine. Elles sont tellement préoccupées par la
protection de leurs disques contre le piratage qu’elles oublient
de s’intéresser à la musique.
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-the lord : Tu es dans la
musique depuis trente ans. Qu’est-ce qui te motive encore
aujourd’hui car on a tout sauf l’impression que tu tournes en
rond?
Steve Lukather
: J’adore simplement
la musique. C’est ce qui me constitue. Ca coule dans mes veines.
Quand je me réveille le matin, je ne pense qu’à m’améliorer
à la guitare. J’écoute aussi ce qui se fait car ça
m’intéresse. On ne peut pas perdre sa passion pour quelque
chose comme ça! J’ai pu jouer avec quelques-uns des meilleurs
musiciens du monde ou participer à environ mille albums -dont
deux cents disques d’or ou de platine- grâce à cette passion.
Et puis la discographie de Toto est unique et inégalable. On nous
compare souvent à des groupes de la même époque que nous mais
malgré le fait que j’apprécie personnellement la plupart
d’entre eux je pense qu’aucun n’a autant apporté à la
musique que nous. Et pourtant on nous crache dessus plus
facilement… La presse rock ne nous comprend sans doute pas.
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-the lord : De tous les
musiciens avec lesquels tu as collaboré depuis 1977, quels sont
ceux qui t’ont le plus impressionné?
Steve Lukather
: Jeff Beck, Paul
McCartney, George Harrison, Elton John, Miles Davis, Herbie
Hancock, Aretha Franklin, Cheap Trick, Eddie Van Halen etc.
Vraiment des styles différents. J’adore tout ce qui peut se
faire dans la musique et j’ai eu la chance de pouvoir
enregistrer des choses fabuleuses avec ces gens. J’en ai
toujours retiré quelque chose de positif que ce soit avec des
musiciens de renom ou des producteurs légendaires tels que Quincy
Jones ou Trevor Horn. Jusqu’à présent j’ai eu une vie
merveilleuse que je n’échangerais pour rien. Me faire descendre
par la presse n’a aucune importance si je peux continuer à
participer à des projets aussi phénoménaux.
-the lord : A propos de
production, j’ai lu que tu avais eu le projet de produire un
album de Def Leppard il y a quelques années. C’est vrai?
Steve Lukather
: (rires) En
fait, Rick Allen a été mon voisin. La vérité sur cette
histoire est que je venais de faire construire mon propre studio
d’enregistrement et que Def Leppard cherchait le meilleur
endroit où produire leur disque. Le groupe m’a rencontré et
nous avons parlé de la possibilité de faire quelque chose mais
rien n’a abouti. C’est dommage d’ailleurs parce que j’aime
leur groupe et humainement ce sont de chics types. Nos chemins se
sont séparés et ils continuent à avoir du succès en faisant
leur propre truc. Finalement c’était peut-être que cela se déroule
ainsi car je n’ai pas spécialement envie de produire d’autres
artistes. Cela prend bien trop de temps. Et il y a toutes ces
responsabilités envers le groupe et les maisons de disques... Je
ne le ferai que si je tombais totalement amoureux de la musique
que l’on me propose de produire.
-the lord : Enfin, question
inévitable: as-tu un album solo de prévu dans le futur proche?
Steve Lukather
: (rires) Tout
le monde me le réclame mais comment puis-je faire alors que mon
agenda est complètement pris pendant deux ans à cause de notre
tournée? De plus, je compte aussi faire un album studio avec mon
groupe de fusion El Grupo. Pour l’album solo en revanche,
j’aimerais vraiment travailler avec Larry Carlton car je garde
un très bon souvenir de notre précédente collaboration. Mais je
n’ai vraiment aucune idée du jour –et encore moins de l’année-
où je pourrai m’y atteler. Quand je le ferai, vous pourrez vous
attendre à quelque chose de bizarre car il n’y aucun intérêt
à ce que je fasse un Toto Jr. De toute manière, tous mes albums
solo sont un peu bizarres, non?
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