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TOTO
27 janvier 2006
  
JOURNALISTE :
-the lord
  
INTERVIEW AVEC :
Steve Lukather
Guitariste/Chanteur
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Résumer la carrière de Steve Lukather, guitariste de Toto, serait un exercice bien périlleux. En effet, comment condenser en quelques lignes la richesse de nombreuses collaborations, plus ou moins approfondies, ayant donné naissance à plus de mille albums? S’il a souvent travaillé pour les autres, au sein Toto le légendaire guitariste a toujours pris son rôle de leader à cœur. Totalement revigoré par un sublime Falling In Between (cliquez ici pour lire la chronique), Lukather ne semble pas peu fier de son dernier coup comme ses quelques lignes, récoltées avant que le groupe ne parte en tournée, le laissent entendre…

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-the lord : Sur Falling In Between, Toto « concrétise » pas mal d’influences jusqu’ici légèrement en retrait avec des passages très jazz rock et d’autres lorgnant plus vers le progressif. C’est nouveau pour vous…

Steve Lukather (guitare+chant) : Oui, d’où le titre de l’album. Je pense vraiment que nous avons le cul entre deux chaises. Nous touchons à plein de styles. Tout le monde veut systématiquement nous classifier dans la pop, le rock, le jazz, le funk, la world music, la fusion ou que sais-je encore! Pour moi, nous sommes tout cela à la fois. Tous ces styles de musique s’intègrent très bien à notre manière de concevoir la musique et à notre façon de composer. Pour Falling In Between, nous avons voulu faire quelque chose d’inédit. Je me rappelle avoir annoncé à mon ami John Petrucci que notre nouveau disque aurait des influences prog metal car nous en avions marre d’être considérés comme un groupe de pop pour tapettes! Mais une fois que l’on a digéré les éléments plus heavy du disque, on y retrouve également clairement ce qui constituait les albums classiques de Toto à travers l’importance donnée aux claviers. Notre but principal était quand même de réveiller tout le monde.

-the lord : Falling In Between contient une superbe chanson intitulée Simple Life. Pourquoi est-elle si courte? Elle sonne un peu inachevée de cette façon…

Steve Lukather : Initialement, elle devait être l’intro d’un autre morceau. Ce dernier ne s’est finalement pas fait mais comme je trouvais que Simple Life était très bonne, nous l’avons gardée. Pourquoi ne pas laisser une chanson de deux minutes sur l’album? Les Beatles le faisaient bien… Si les gens sont déçus par la longueur de la chanson, je leur suggère de l’écouter plusieurs fois à la suite! Et puis, on ne sait jamais, le prochain album contiendra peut-être Simple Life (Part II)…

-the lord : Tu as déjà des idées à ce sujet?

Steve Lukather : J’ai toujours des idées qui se promènent dans ma tête mais maintenant je fonctionne totalement en mode « tournée ». Nous répétons tous les jours afin de mettre sur pied un show de grande qualité. Nous allons jouer des vieux titres que personne n’a entendus depuis vingt ans. Même les vieux hits ont été arrangés différemment ce qui devrait plaire aux fans. Bien sûr, nous allons également jouer des titres du nouvel album. Ce sera très excitant. Tu comprendras donc que je ne pense pas encore trop au prochain album vu la quantité de travail que tout ceci représente.

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-the lord : Dans votre longue histoire, y a-t-il une chanson de Toto qui aurait pu être un hit selon toi mais qui est passée inaperçue pour une raison ou pour une autre?

Steve Lukather : Il y en a un paquet mais je préfère ne pas regarder en arrière. Il faut vivre dans le présent. Il y a eu des choses sur nos disques que je n’ai pas aimées et que je n’ai pas du tout envie de jouer. Nous faisons ce métier depuis presque trente ans et nous avons sorti dix-huit albums: c’est normal que certaines choses paraissent moins bonnes ou tout simplement vieilles. Certaines de nos chansons sont trop pop pour moi mais ce n’est pas grave car il y a des gens qui adorent ça. Evidemment ceux-là détestent nos trucs heavy (rires). Nos maisons de disques ont souvent insisté pour sortir des ballades très pop en single et par conséquent nous avons hérité d’une fausse réputation. A cause de cela, les fans de hard rock ne nous ont jamais trop pris au sérieux. En revanche, lors de nos concerts tout le monde s’accorde à dire que nous ne sommes pas si pop que cela. Je tiens aussi à préciser que la prochaine tournée ne va pas lésiner sur les moyens. Il y aura trois écrants géants et un vrai jeu de lumière: ce sera vraiment un gros truc.

-the lord : Est-ce ce manque de reconnaissance de la part du public hard rock qui vous a conduit à partir d’une major pour signer chez un indépendant, Frontiers Records?

Steve Lukather : Nous avons reçu beaucoup de propositions, toutes très variées. Nous avons enregistré et produit l’album nous-mêmes; ce n’est qu’après que nous sommes allés chercher une maison de disques. Nous voulions des gens spécialisés dans le rock et qui sachent nous promouvoir auprès du public que nous souhaitons atteindre. Faire partie d’une major était une erreur pour un groupe comme Toto. Nous y étions totalement ignorés. Ils savaient que nous avions des fans fidèles qui acheteraient nos albums. Selon eux, ce n’était donc pas la peine de travailler pour nous. Ils préféreraient toujours donner plus d’importance à la nouvelle starlette… Nous jouions dans des salles de dix mille personnes et pas un seul type de la maison de disques ne venait! Nous en avions vraiment marre d’être traités ainsi. Donc, lorsque l’opportunité de partir s’est présentée, nous l’avons saisie. Frontiers est passionné par Toto et met tout en œuvre pour que Falling In Between soit une réussite. Il est de toute façon préférable d’être une priorité d’un petit label qu’un groupe lambda chez une major. Quand un représentant de Sony débarque dans les radios avec huit nouveaux albums et propose au DJ de choisir entre Mariah Carey ou Toto, c’est couru d’avance. En plus, Frontiers nous ont fait une offre incroyable (rires). Ils ont doublé ce que les autres maisons de disques nous proposaient. Avec un tel soutien marketing, nous n’avions pas d’autres choix que d’accepter.

-the lord : Est-ce qu’il y a, dans la nouvelle génération de groupes de rock, des formations qui pourraient être les héritiers de Toto?

Steve Lukather : Peut-être que je suis vieux-jeu mais la plupart des choses qui sortent maintenant sont pareilles. Pour être précis, je dirai plutôt que les nouveaux groupes ont tous la même production. Ils sonnent donc tous pareil en particulier au niveau de la guitare et de la batterie. Quant à savoir si nous avons des héritiers… Je ne sais pas si les gens sont encore intéressés par les parties de claviers délirantes et les productions grandiloquentes qui nous caractérisent (rires). Je pense qu’il n’y a que la scène metal qui se rapproche de cela car les groupes ont de solides influences. A un moment, particulièrement durant la période grunge, dès qu’un groupe savait bien jouer et le montrait, c’était foutu pour lui. On décourageait les virtuoses et on encensait les gens qui jouaient de leurs instruments depuis six mois. Pour des gens comme nous qui avons passé des dizaines d’années à s’entraîner, c’était difficile à encaisser. La musique était un art, maintenant c’est un business…

-the lord : Pas très optimiste comme remarque mais elle n’est pas dénuée d’une certaine vérité! A quels groupes de la scène metal pensais-tu lorsque tu évoquais vos héritiers?

Steve Lukather : Il y en a plein. Disons par exemple Children Of Bodom ou The Mars Volta. Il y a plein de bons groupes qui tirent à leur avantage le fait que les majors tombent en ruine. Elles sont tellement préoccupées par la protection de leurs disques contre le piratage qu’elles oublient de s’intéresser à la musique.

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-the lord : Tu es dans la musique depuis trente ans. Qu’est-ce qui te motive encore aujourd’hui car on a tout sauf l’impression que tu tournes en rond?

Steve Lukather : J’adore simplement la musique. C’est ce qui me constitue. Ca coule dans mes veines. Quand je me réveille le matin, je ne pense qu’à m’améliorer à la guitare. J’écoute aussi ce qui se fait car ça m’intéresse. On ne peut pas perdre sa passion pour quelque chose comme ça! J’ai pu jouer avec quelques-uns des meilleurs musiciens du monde ou participer à environ mille albums -dont deux cents disques d’or ou de platine- grâce à cette passion. Et puis la discographie de Toto est unique et inégalable. On nous compare souvent à des groupes de la même époque que nous mais malgré le fait que j’apprécie personnellement la plupart d’entre eux je pense qu’aucun n’a autant apporté à la musique que nous. Et pourtant on nous crache dessus plus facilement… La presse rock ne nous comprend sans doute pas.

-the lord : De tous les musiciens avec lesquels tu as collaboré depuis 1977, quels sont ceux qui t’ont le plus impressionné?

Steve Lukather : Jeff Beck, Paul McCartney, George Harrison, Elton John, Miles Davis, Herbie Hancock, Aretha Franklin, Cheap Trick, Eddie Van Halen etc. Vraiment des styles différents. J’adore tout ce qui peut se faire dans la musique et j’ai eu la chance de pouvoir enregistrer des choses fabuleuses avec ces gens. J’en ai toujours retiré quelque chose de positif que ce soit avec des musiciens de renom ou des producteurs légendaires tels que Quincy Jones ou Trevor Horn. Jusqu’à présent j’ai eu une vie merveilleuse que je n’échangerais pour rien. Me faire descendre par la presse n’a aucune importance si je peux continuer à participer à des projets aussi phénoménaux.

-the lord : A propos de production, j’ai lu que tu avais eu le projet de produire un album de Def Leppard il y a quelques années. C’est vrai?

Steve Lukather : (rires) En fait, Rick Allen a été mon voisin. La vérité sur cette histoire est que je venais de faire construire mon propre studio d’enregistrement et que Def Leppard cherchait le meilleur endroit où produire leur disque. Le groupe m’a rencontré et nous avons parlé de la possibilité de faire quelque chose mais rien n’a abouti. C’est dommage d’ailleurs parce que j’aime leur groupe et humainement ce sont de chics types. Nos chemins se sont séparés et ils continuent à avoir du succès en faisant leur propre truc. Finalement c’était peut-être que cela se déroule ainsi car je n’ai pas spécialement envie de produire d’autres artistes. Cela prend bien trop de temps. Et il y a toutes ces responsabilités envers le groupe et les maisons de disques... Je ne le ferai que si je tombais totalement amoureux de la musique que l’on me propose de produire.

-the lord : Enfin, question inévitable: as-tu un album solo de prévu dans le futur proche?

Steve Lukather : (rires) Tout le monde me le réclame mais comment puis-je faire alors que mon agenda est complètement pris pendant deux ans à cause de notre tournée? De plus, je compte aussi faire un album studio avec mon groupe de fusion El Grupo. Pour l’album solo en revanche, j’aimerais vraiment travailler avec Larry Carlton car je garde un très bon souvenir de notre précédente collaboration. Mais je n’ai vraiment aucune idée du jour –et encore moins de l’année- où je pourrai m’y atteler. Quand je le ferai, vous pourrez vous attendre à quelque chose de bizarre car il n’y aucun intérêt à ce que je fasse un Toto Jr. De toute manière, tous mes albums solo sont un peu bizarres, non?

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