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Vingt-huit
ans de carrière, dix-sept albums parus, plus de trente millions
d'exemplaires vendus et trois hits mondiaux. Voilà comment les membres de Toto pourraient
résumer leur carrière sur un CV. Mais comme pour la majorité des
groupes de vétérans, les dernières années n'ont pas forcément été très
inspirées pour les Américains. Depuis la sortie de l'excellent
Kingdom Of Desire, ils avaient même sombré très bas avec un album
anecdotique de reprises. Pour son premier véritable disque depuis
Mindfields, le groupe élargit son line-up au claviériste-chanteur Greg Phillinganes
(Stevie Wonder, Michael Jackson, Eric Clapton...) et retrouve l'inspiration pour un album varié
qui délaisse les ambiances pop pour des sonorités plus
travaillées, presque progressives.
Pour ceux qui ne connaissent
que les grands tubes de Toto, Falling In Between peut paraître
assez surprenant. En effet, aucun des dix morceaux n'a l'étoffe
d'un hit et on ne s'en plaindra pas. Les morceaux qui auraient pu
tenir ce rôle (Bottom Of Your Soul, Hooked et Spiritual Man) sont soit bien
trop longs soit trop élaborés soit trop tristes soit un peu tout
à la fois. Notons tout de même qu'une version raccourcie -et
absolument pas convaincante- de Bottom Of Your Soul a finalement
été choisie comme relai promotionnel auprès des radios. On
préférera nettement le titre intégral qui parvient à combiner
mélodies people avec une construction progressive des plus
marquantes.
On retrouve une méthode similaire sur Spiritual Man, LE
grand moment du disque, qui monte en intensité tout au long de ses
cinq minutes vingt-trois. David Paich, Bobby Kimball et Greg
Phillinganes se succèdent derrière le micro alors que, sous
l'impulsion du saxophoniste Tom Scott, des airs funky font leur
apparition. Falling In Between se fait également remarquer
par quelques riffs heavy sur le morceau éponyme et sur le
très enlevé Taint Your World ainsi que par quelques incursions
dans le domaine du jazz ou de la soul (Spiritual Man, Dying On My
Feet voire Let It Go). De ce fait, chaque piste a son propre caractère et ne tente jamais
de plagier le passé.
En réalite, si l'on met de côté l'utilisation des nombreux
claviers et l'alternance mouvementée des chanteurs, peu de choses
laissent transparaître le style Toto. Bien entendu, la patte de
Steve Lukather est toujours aussi unique dans les parties
instrumentales (Dying On My Feet, Let It Go) mais on peut dire que les
Américains se sont réinventés avec une belle maîtrise. La diversité des influences,
des atmosphères et des constructions fait de Falling In Between un
album atypique qui n'a pas peur d'aller dans des terrains à priori
contradictoires. L'impressionnante liste d'invités (citons entre
autres Ian Anderson de Jethro Tull, L. Shenkar, les anciens membres
de Toto Steve Porcaro et Joseph Williams ou encore Jason Scheff)
contribue en grande partie à cet épanouissement.
Pour autant,
Falling In Between n'est pas exempt de faiblesses. King Of The
World, la chanson la moins aventureuse du disque, nous le rappelle
à notre grand regret. Des idées aussi basiques et dénuées de
feeling n'ont tout simplement pas leur place sur un album aussi
soigné. Simple Life, en dépit de sa très grande qualité, déçoit par
se durée réduite (même pas deux minutes trente alors qu'on en
aurait voulu le double). Enfin, Hooked et surtout No End In Sight ne décollent pas entièrement malgré leurs très bonnes accroches
instrumentales. Mais pour un groupe qui ne nous avait pas mis à
genoux depuis Kingdom Of Desire en 1992, Falling In Between vient à
point nommé nous redonner foi en Toto.
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