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Tool - Live au Summum (Grenoble)
30 mai 2006
par Daphné
Tool

Les gens venaient parfois de loin. A plusieurs heures de route de Grenoble, souvent. Ma crew y compris : trois cents kilomètres pour les voir. Et pourtant, nous n'en espérions pas grand chose : tant pis si le Summum – que je ne connaissais pas – n'était pas la hauteur, tant pis si le concert n'était qu'un échauffement, tant pis s'il n'y avait pas de scénographie : Tool, ça ne se rate pas. Ca se vit, au moins une fois dans la morne existence d'un Immortel.

La suprise pourtant : le Summum, très mal indiqué, est une salle on ne peut plus respectable. Et au lever du rideau, on constate que l'effort a été fait : oui, nous aurons la scéno. Pas énormissime, mais quatre écrans de trois mètres de haut sont installés. Ce lever de rideau, justement. Les lumières s'éteignent. Un énorme son ambiant, grave, vrombit : je mets les boules Quiès, et c'est une bonne chose : la moitié de la salle se bouche déjà les oreilles. Moi, je vibre. La salle entière vibre, je n'avais jamais connu ça, avec mes petits concerts pourris dans des salles obscures. Justin Chancellor entre sur scène, saisit sa basse, et joue une note. Le plancher saute avec la note. A chaque accord de basse, à chaque coup porté à la grosse caisse, le plancher va sauter et vibrer. C'est organique, c'est physique, c'est orgasmique. Les boules Quiès permettent de profiter pleinement, corporellement, des graves qui vous remuent le dedans, cette basse qui vous retourne les tripes, et qui, selon les dires de nombreux inconscients aux oreilles chastes et nues, déchire les tympans. Mais mes tympans à moi vont bien, et mon corps est ailleurs.

Les musiciens entrent les uns après les autres, entamant leurs parties musicales respectives. Puis enfin, Maynard James Keenan apparaît, torse poil, lunettes démodées, jean à ceinturon à boucle et mégaphone : Rosetta Stoned est lancée. Un début moyennement apprécié, tout comme ce titre qui fait la polémique. On attend la suite, encore plus à la fin de la chanson, complètement ratée, où la section rythmique s'arrête à temps mais où MJK et Jones font une mesure de trop. Cafouillage étonnant, moment de froid, et ça repart sur une chanson qui fait l'unanimité et qui pardonne le début manqué : Stinkfist.

Les chansons s'enchaînent correctement. Même Jambi prend une ampleur toute puissante sur scène. Derrière les musiciens, les vidéos défilent. Les clips et des fractales. Adam Jones, l'homme de cire, est inexpressif, dans son monde, semble se méfier de tout et avoir hâte que ça se termine. C'est sa façon d'être. Il joue et les autres suivent. Justin Chancellor s'épanouit : il communie avec sa basse, avec la scène, avec la lumière, avec ses cheveux, avec ses genoux, il se contorsionne, se roule, se meut dans tous les sens, semble être en train de violenter sexuellement quelque chose d'invisible, ou bien sa basse (la chanceuse). Danny Carey a un gong qui a l'air tout petit, et l'air idiot dans sa tenue de basket, mais on ne le lui dira pas en face. Il tape, le monsieur. Fort, bien, de manière concentrée.

Et Keenan, lui, est un elfe qui danse, fait du yoga, des moulinages de bras énigmatiques, chante bien, regarde les musiciens et communique avec eux, et parle tendrement au public, de sa voix douce, envoûtante et, disons-le, sur un ton suicidaire à se pendre. Ce ton qui fait de Tool ce qu'il est. Aux uluberlus pleins de bière qui meuglent comme des gorets dans la fosse, il murmurera, par trois fois, jusqu'à leur silence : « Chhhh... You're scaring people... ». Keenan sait faire le mystérieux, il sait jouer de sa présence et de sa voix pour se donner du charme et faire taire les imbéciles. Ce type est un gourou qui a mené le public au doigt tout le long. Enfin, pendant une heure trente, quoi...

Pas de rappel, pas de fantaisie, peu de générosité : on dit bonsoir, on joue, et on s'en va. On travaille propre, on fait pro, on fait gros, et à 22H30, tout le monde dodo. Moment intense mais bref, où l'on se sent euphorique, après que tout le corps a bougé, puis s'arrête, brûlant et léger, mais en redemande encore. Comme après le sexe.


Setlist :

Lost Keys/Rosetta Stoned
Stinkfist
Forty Six & Two
Jambi
Schism
Right In Two
Sober
Lateralus
Vicarious
Aenema

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