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Parmi les obstacles
que vous devrez surmonter pour apprécier à sa juste valeur la
musique de Thou Art Lord, il y avant tout cette pochette assez
kitsch représentant des anges plantureuses (-eux?) jouant à
touche-moi-le-nombril avec quelques démons concupiscents sous l'œil
bienveillant de Lucifer en personne. Mais il y a aussi (et surtout)
la production très spécifique d'Orgia Daemonicum: l'un des buts
avoués du trio grec est de prendre à contre-pied les productions
modernes en proposant un son très cru, conférant au disque une
saveur de démo garage… Mais vu l'actif des musiciens ici présents,
on n'est quand même pas dupe: Sakis et Themis sont membres
fondateurs de Rotting Christ, et George Zaharopoulos alias Magus
Wampyr Daoloth (pour lui donner son pseudonyme complet) les a côtoyés
pendant deux années, avant de déterrer en 2002 ce vieux
side-project de thrash-death satanique.
Même si l'on peut difficilement accuser Thou Art
Lord d'être opportuniste ou de surfer sur la vague, on aura aussi
du mal à dire que les musiciens se sont trop fatigués lors de la
conception et de l'enregistrement de l'album. Pour une fois que les
guitares n'envahissent pas tout le champ sonore, il aurait pu être
intéressant d'en profiter, par exemple développer et enrichir les
harmonies, créer de subtils enchevêtrements… Cependant il n'y
aura rien de tout cela, le groupe suit sa démarche jusqu'au bout en
proposant une musique très basique directement inspirée par
certains des géniteurs du metal extrême, un mélange de thrash, de
black et de death au compteur irrévocablement bloqué dans les années
80.
Le trio grec connaît bien ses classiques, pour sûr,
comme le confirme Power From Hell, reprise de l'une des premières démos
du groupe Onslaught, et le reste de l'album est pétri de ce genre
de références, même si elles sont moins directes. Les riffs
thrashy et accrocheurs de Venom avec les "ouargh" de
rigueur (Possessed/The Legion, Hecate Unveiled), les harmonies
sombres à la Celtic Frost (He, The Great Worm), les ambiances écrasantes
et funéraires à la Morbid Angel (The Royal Invocation Of Apophis),
tremolos black metal (An Apparition Of Vengeance), voici un petit
aperçu de la palette avec laquelle Thou Art Lord rend hommage à
ses racines. Par moments le groupe s'essaye à introduire un peu de
mélodie et de groove au milieu de tout ça, et ce n'est pas déplaisant,
The Gnostic Code faisant partie des compos les plus réussies de
l'album.
Mais dans sa volonté de sonner plus old-school
que old-school, le groupe en fait parfois un peu trop: les guitares
ou les hurlements black/death partent trop en retrait, noyés par
d'autres pistes (pourtant peu nombreuses), aucun soupçon de solo ne
vient agrémenter les compositions basiques et plutôt prévisibles.
Seuls quelques moments intéressants réussiront à capter
l'attention de l'auditeur, tel ce mantra satanique récité par des
chœurs plaintifs sur The Royal Invocation Of Apophis ou les
cymbales chaotiques en introduction de Necromantic. Le reste de la
galette est clairement réservé aux nostalgiques d'une époque
certes primordiale dans l'évolution du metal, mais irrémédiablement
révolue, l'anachronisme flagrant n'invitant pas tellement à s'imprégner
des ambiances proposées. Un disque osé par sa forme, mais
malheureusement trop conventionnel dans le fond.
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