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Therion - Lemuria/Sirius B (2004) |
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S'il y a un album que j'attendais pas mal cette année, c'était ce fameux double album de Therion. Christopher Johnsson, le maître à penser du groupe a été pour cette session d'écriture en pleine couvade artistique. En effet, après les vingt-et-un morceaux de "Lemuria/Sirius B" finalement choisis par Therion et Nuclear Blast (le label du groupe), il lui reste encore pas mal de biscuits pour un troisième album à venir ultérieurement! C'est dire si le bonhomme est inspiré... Assurément, Therion reste fidèle à lui-même. Mais il voit peut-être un peu trop les choses en grand cette fois: neuf mois intensifs d'enregistrement et la participation de l'orchestre philarmonique de Prague (cent soixante et onze personnes, rien que ça!) jouent un rôle plus que prépondérant sur cette nouvelle oeuvre et sa finition.
On savait Johnsson enclin aux symphonies massives, aux choeurs et à la grandiloquence, sur "Theli", "Deggial" et le magnifique "Secret Of The Runes", mais là, le résultat dépasse tout ce qui a été réalisé auparavant. Si bien que parfois, on n'a plus du tout l'impression d'écouter un groupe de metal. L'effet est prégnant sur "Lemuria": plus de la moitié des morceaux mettent seulement en avant les passages classiques, grâce à des choeurs lyriques, quasi christiques, l'orchestre et des sonorités plus pittoresques, au détriment d'arpèges plus métalliques. Pire encore, des morceaux comme "Three Ships Of Berik" (un des pires morceaux de Therion, selon moi, avec son orchestration tout droit sortie d'un film de série B), "Lemuria" ou "The Dreams Of Swedenborg" font tâche avec une interprétation de la part des choristes, pauvre, mécanique et surtout dénuée d'émotion.
Mais là est le problème. L'effet de l'orchestre et des choeurs est double: autant sur des morceaux tels que "Feuer Overtüre/Prometheus Entfesselt" (proche de l'indus metal de Rammstein), "The Blood Of Kingu" ou encore "Kali Yuga", il multiplie l'émotion ressentie, autant sur "Three Ships Of Berik", le soufflé retombe de manière pitoyable. Jonhsson a certes mis les moyens (la production est toujours assurée par le groupe lui-même), mais ne les utilise pas forcément à bon escient. Le mieux, je crois, restait à sortir uniquement un album de la trempe de "Sirius B", qui marque au fer rouge un retour à des racines plus ancrées dans le bon vieux metal symphonique. Dès le premier morceau de "Sirius B", "The Blood Of Kingu", on est frappés par la dissociation entre les deux albums. Le rythme est plus soutenu, le chant lyrique est dissimulé sous un chant clair, voire sur "Lemuria" un chant guttural. Deux albums, deux faces: l'une plus symphonique et lancinante, l'autre plus heavy et directe, bien que les percussions demeurent encore la faiblesse de Therion.
Et bien, Therion n'est meilleur que lorsqu'il ne fait que du metal symphonique. "Sirius B", plus accessible, est d'une qualité bien supérieure à "Lemuria", puisqu'il marie à merveille le chant lyrique à des riffs de guitare curieusement plus originaux et surtout plus lourds sur "Son Of The Sun", "The Voyage Of Gurdjieff" et le magnifique "Kali Yuga" qui est d'ailleurs le point d'orgue de l'album, aux relents doomesques et frappadingues, surtout dans sa seconde partie, au final plus que génial. Au final, on demeure échaudé par ce disque. Bien sûr, restent des morceaux de choix, recherchés et originaux (majoritairement sur "Sirius B"), mais trop de lyrisme tue le lyrisme, la surabondance de choeurs religieux et les thématiques trop sectaires pour être honnêtes, plombent l'ensemble et jettent un certain froid sur ce qui aurait pu être un grand double album, au vu des moyens employés par le groupe. L'orchestre et le chant christique lèsent l'ambiance plus qu'ils ne la servent.
Comme quoi, il ne suffit pas de s'octroyer les services d'un orchestre renommé, il faut surtout savoir l'employer à bon escient. Des groupes tels que Dimmu Borgir sur "Death Cult Armageddon", Nightwish sur "Once" (l'exemple parfait d'une superbe intégration orchestrale) ou encore, à une moindre échelle, Cradle Of Filth sur "Damnation And A Day" ont eux su gérer positivement leur musique en fonction de la présence d'un orchestre classique. Therion a eu les yeux plus gros que le ventre et a fait preuve d'une trop grande ambition, trop éloignée de leur musique originelle. Un album en dents de scie, qui aurait été excellent s'il n'y avait pas eu autant de déchets et qui est juste moyen, finalement, par rapport à ce que Therion a pu écrire dans le passé.
12/20
Beren (Juin 2004)
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