| THERION GOTHIC KABBALAH (2007) |
LINE UP : Christofer Johnsson (guitare+claviers) Kristian Niemann (guitare+claviers) Johan Niemann (basse+guitare) Petter Karlsson (batterie+guitare+clavier) + guests |
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| CHANSONS
QUI TUENT : Mitternacht Löwe Three Treasures |
CHRONIQUEUR : Bigduff (Janvier 2007) |
NOTE : 08 / 20 |
Je déteste le changement. Vous allez me dire : « le changement de quoi? ». Je vous répondrais : « peu importe » puisque de toute façon, en changeant un truc, le changement rend ce truc moins bien qu'il était avant, quand il n'avait pas encore changé. C'est une loi universelle ça, tout le monde le sait. Prenons les exemples les plus flagrants. L'Orangina rouge tiens ... Quand ils l'ont lancé, ça avait un goût dément. C'était comme du jaune, mais en plus rouge. A l'époque, tout le monde en buvait, partout. Les gens étaient heureux. Comblés même. Et puis d'un coup ils ont changé la recette, comme ça, du jour au lendemain. Et personne n'en a plus bu, sauf peut être ceux prêts à accepter n'importe quoi. Ben vous savez quoi, le dernier Therion, « Gothic Kabbalah », ça me fait exactement le même effet. L'effet « Orangina rouge ». Et ouais, c'est moche ...
Après ce genre d'introduction, tous les manuels de rédaction de chroniques conseillent d'expliquer qu'avant, ben c'était mieux. Et quand on y réfléchit, c'est vrai que ça découle d'une logique infaillible. Remarquez, dans le cas précis de Therion, on est très largement avantagé par le fait que les albums qui précédent « Gothic Kabbalah » sont, dans leur très grande majorité, d'une qualité largement supérieure. Je ne vais pas vous faire un dessin, il suffit de poser une oreille sur le très saint trio « Theli » - « Vovin » - «Secret of the Runes » pour en être convaincu. Et même sur le double album « Lemuria/Sirius B », qui bien qu'ayant le mauvais goût d'être parfaitement indigeste, recèle bon nombre de pépites de la plus pure tradition maison. Du heavy symphonique moulé à la louche, truffé d'instruments classiques comme autant de bouchées fondantes, le tout relevé de chœurs sublimes, prenants et envoûtants.
Si vous êtes futés, vous êtes en train de vous dire que de tout cela, il n'en est plus question, et vous faites bien. Car Therion a choisi une orientation musicale qui devrait déplaire à plus d'un, à commencer par les fans. C'est bien simple, « Gothic Kabbalah », vous appelez ça comme vous voulez, mais ce n'est pas du Therion. C'est du heavy mou et peu inspiré, sans chœurs, et blindé d'orchestrations bâclées. Hmm, vous commencez à comprendre là hein? Hééé oui, Therion nous fait du After Forever, ou du Within Temptation. Et du mauvais en plus, c'est dire. Pourtant, à la première écoute, les choses n'avaient pas trop mal commencé. « Mitternacht Löwe », qui ouvre l'album, avait ce je ne sais de pêchu qui laissait présager du meilleur. Bon ok, quand on s'attend à un récital de walkyries, le chant de l'unique soprano surprend un peu. Mais le morceau est bien foutu, et le break où la basse est omniprésente vous embarque sans problème.
C'est après que ça se passe mal. La soprano solo disparaît (pour un temps), et nous laisse en plan avec un chant masculin (il y a deux chanteurs en fait, mais aucun des deux ne s'en sort vraiment) très ... crispant. Son association avec une autre voix féminine sur « Gothic Kabbalah » tombe à plat, et plus loin, sur « The Perennial Sophia », « The Wisdom and the Cage », « Tuna 1613 » ou encore « Chain of Minerva », ça devient limite très mauvais. Remarquez, le groupe n'est pas en reste. Non seulement « Gothic Kabbalah » est long, très long (faut croire que ça devient une manie), mais il a tendance à tourner très vite en rond. Les plages s'enchaînent paresseusement, et ne laisse place qu'à un ennui bien légitime. Car finalement, il n'y a pas grand chose qui se détache de l'ensemble. Quelques passages vocaux de temps en temps, un riff, un refrain (« Three Treasures »), mais qui finissent trop vite noyés dans un océan de banalité et de frustration. Ouais, Christofer Johnsson s'est bien planté ce coup-ci.
Pourtant, on la sent toujours cette patte. On sent une réelle envie de bien faire, tout comme le bagage du bonhomme en matière de composition. Mais quelque chose a changé, le groupe ne sonne plus comme avant, les instruments classiques ne font plus mouche ... Ça ne passe pas, tout simplement, même après bien des écoutes. Y a-t-il lieu de s'affoler? Il est encore trop tôt pour le dire. Si ce changement devient un virage effectif dans la carrière du groupe, alors beaucoup de gens n'attendront pas la prochaine cargaison, c'est presque certain. Mais on peut encore croire que « Secret of the Runes » accouchera un jour d'un hériter aussi épique et racé qu'il peut l'être. On oubliera alors très vite « Gothic Kabbalah ». Quoique pour ma part, c'est déjà fait.

