>

 

 



 

 

Line-Up :

Niko Sirkä (chant)

Nikko Ruotsalainen (guitare)

Jori Sjüroos (batterie+chant)

  Sami Kaveri (guitare)

 

   

 

Thergothon - Stream From The Heavens  (1993)

 

Chansons Qui Tuent :

Elemental

Crying Blood + Crimson Snow

 

 

   

 

    

 

 

Bienvenue mélancolie. Malvenue allégresse. Bonjour tristesse. Au revoir joie.

Entrez dans un monde où la couleur n’a plus de couleur. Entrez dans un monde où la seule lueur est celle qui n’existe plus dans votre cœur. Tout est immonde, tout est froid, tout est mort. Le monde de Thergothon trépasse sur son linceul mortuaire. Il approche de la fin, sa lenteur en est la preuve flagrante. Et en faire partie se mérite. Car n’espérez pas appréciez la musique du groupe sans une préparation préalable. Un doom aussi extrême dans son exécution ne peut s’apprivoiser facilement. Il faudra que votre cerveau fasse preuve d’un certain état d’esprit… celui de la dépression.

En effet, outre la balle qui vous retirera votre dernier souffle, il faut se mettre dans le crâne que la musique de Thergothon se vit plus qu’elle ne s’écoute. Et c’est normal, car arrivé à une telle lenteur, est-il raisonnable de parler encore de musique ? Certainement non. Cette totale absence de rythme ne peut s’appeler musique. Il s’agit juste des bruits qui accompagneront votre passage dans l’au-delà.
On parle souvent d’ambiance pesante dans le metal. Ici en est la représentation la plus extrême. La lenteur excessive du tout, la voix d’outre tombe graveleuse à souhait, le chant clair si lointain, les guitares anormalement basses, tout contribue à enfoncer l’auditeur ailleurs que sur cette bien triste Terre. Le batteur donne de temps en temps un coup de grosse caisse, quelquefois un coup sur la caisse claire. Le guitariste daigne fugacement gratter les cordes pour les laisser tranquille. C’est assez incroyable comme Thergothon joue lentement. Je croyais avoir eu une bonne idée de la chose avec Reverend Bizarre, mais finalement non. Oubliez toute conception de la musique liée au rythme.

Mais plus loin que cette exceptionnelle lenteur, Stream From the Heavens dérange grâce (à cause ?) de ses enchaînements d’accords venus de l’au-delà. Ils ne sont pas nombreux, mais les riffs tapent dans le mille. La batterie finalement ne souligne sa présence que pour vous enfoncez un peu plus bas. Et les claviers si aigus sonnent (parcimonieusement) comme le glas de la mort. Les deux chants sont en totale opposition avec une horrible voix plus que death, grave au possible, associée à une plainte claire particulièrement désespérée et désespérante. Une association qui augmente la puissance jubilatoire de leur détresse.

Alors n’attendez pas de la musique, attendez une ambiance comme rarement vous en aurez entendue. Ambiance judicieusement renforcée par l’utilisation de quelque guitare sèche qui vole délicatement de corde en corde sur Elemental. Evidemment les paroles vont de pair en traitant du deuil, du froid, des larmes. Ce monde est pourri et Thergothon vous le montrera sous sa forme la plus repoussante. De biens étranges personnes que ces deux compères (inconnus cela va de soit, une épaisse atmosphère de mystère entourant l’album) qui se joignirent le temps de deux ans et d’une démo et d’un album pour laisser éclater à la face du monde leur désolation. Et le plus étonnant, c’est que le long de ces 6 pavés (au moins 6 min) on ne s’ennuie pas. Alors que des fois le doom sombre dans le chiant, ici ce n’est point le cas. Peut-être à cause de son absolutisme dans la démarche… peut-être.

L’atmosphère est maîtresse, votre compagne, la tristesse. Un disque à écouter seul, en état de recueillement. Rien ne doit vous perturber, vous ne devez pensez à rien d’autre que toutes ces occasions manquées dans votre vie, que tout ce qui vous emplit de mélancolie. Alors vous apprécierez à sa juste valeur un album qui a sa place au Panthéon des œuvres les plus extrêmes de la création musicale. Un esprit jusqu’au-boutiste qui réjouira ceux qui pourront ou voudront le comprendre et qui laissera de marbre tous les autres.

 

17/20

 

TheDecline01 (Décembre 2003)

Acheter ce disque et écoutez en des extraits ici!





Retour au sommaire

Retour aux chroniques