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Storm
est enfin sorti, il était temps. Les amateurs du mythique groupe
norvégien Theatre Of Tragedy, écrivain des plus belles pages du
metal à chant féminin (Aégis et Velvet Darkness They Fear en tête)
depuis ses débuts, a connu, ces dernières années, quelques remous
dignes d'un grand huit américain et l'on ne croyait plus, à vrai
dire, à la sortie d'un nouvel album. Bon, je ne vais pas reprendre
le feuilleton Liv Kristine, dont tout le monde se fout royalement
(sauf votre serviteur) depuis qu'elle est partie naviguer sur des
eaux plus paisibles avec Leaves' Eyes. Sa remplaçante a mis du
temps avant de pointer le bout de son sympathique brin de voix: Nell
Sigland, nouvelle préposée au siège éjectable, a néanmoins
contracté une assurance-vie, puisqu'elle continue de chanter au
sein de The Crest, qui officie dans la même veine.
En fin de compte, l'attente aura été longue avant qu'un produit de
cette nouvelle association ne voie le jour, puisque plus deux ans se
sont écoulés depuis l'intégration officielle de Nell Sigland
parmi les poilus mâles de Theatre Of Tragedy. Rassurez-vous tout de
suite, j'arrête d'entretenir vicieusement le suspense, ce n'est pas
Storm qui va révolutionner un style musical en complète perte de
vitesse. Comment désormais ne pas éviter la redite? Tout a presque
été dit, en fait. Oui, Storm marque un retour aux
"sources" pour Theatre Of Tragedy: il est un parfait mélange
de l'ambiance d'Aégis (1998) et de la période Musique
(2000)/Assembly (2002). Les détracteurs de la période metallique
et ceux de la période éléctronique vont pouvoir gentiment se
mettre sur la gueule, car Storm ne va pas les réconcilier: le cul
entre deux chaises, ce nouvel album ne parvient pas à retrouver l'élégance
fragile ni la froideur classieuse des premiers opus (à défaut du
style), sauf sur les trois morceaux de fin de parcours
("Exile", le splendide "Disintegration" et
"Debris"), lueurs dans une tempête de banalité
confondante.
Bien que le chant de Nell Sigland soit chaleureux, enveloppant et très
semblable au timbre si typique de Liv Kristine - le groupe n'a pas
pris de gros risques en la recrutant - et que les refrains soient
souvent particulièrement réussis (mention très bien à
"Storm", "Begin And End", qui vous rentrent dans
la tête sans prévenir), Storm est un disque parfois bien fade et
surtout sans aucune véritable originalité. Les claviers de Lorentz
Aspen sont l'extrême point positif de ce disque, car le monsieur
parvient souvent à distiller une atmosphère mélancolique
incroyable avec deux notes, mais les pauvres riffs de guitare se
perdent dans une production trop aseptisée pour signer un retour
gagnant.
Bref, l'électronique des deux précédents albums surnage, mais on
sent que Theatre Of Tragedy n'a voulu ni choquer en prenant un
virage musical dangereux (pas de retour de chant death, mais les
vocaux-vocodés chiantissimes de Rohonyi n'ont pas disparu non
plus), ni fâcher les fans de la première heure, qui retrouveront
ici (un peu) du style Theatre Of Tragedy, sans pour autant éclater
de joie. Un retour en demi-teinte, calibré pour tâter le public:
rien de véritablement nouveau sous le soleil. On espérera juste
que le prochain album, s'il y en a un, sortira de ces sentiers bien
trop balisés. Lassant.
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