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A en
croire les puristes, the Television Personalities est une sorte de
monument éternellement underground, ce genre de groupes que les
masses bêlantes ne pourront jamais comprendre et qui l’acceptent
parfaitement, car ce sont de vrais artistes. The Television
Personalities (TVP pour les intimes) a suivi une carrière en dents
d’indépendantiste écossais, subjuguant les trois junkies du bar
et ennuyant (voir irritant) tout le reste de la salle. Alors qu’on
avait pratiquement plus aucune nouvelle de sa tête pensante, Dan
Treacy, le groupe revient en 2006 avec un nouvel album, My Dark
Places.Comprendre la musique exercée par TVP est un
sacré exercice, surtout pour quelqu’un comme moi qui (je
l’avoue), ne connaissait rien du groupe avant d’entendre cette
« chose ». Imaginez-vous un mélange mod-cabaret-freakbeat arrosé
de ce qu’il faut de jazz et de chansons (au sens noble du terme),
donnez-lui une construction avant tout rythmique, touillez quelques
mesures du Velvet Underground ou de Lydia Lunch et ajoutez une bonne
pincée de Nick (une dose de Drake pour une dose de Cave). Vous
obtenez une potion miraculeuse, un truc avec une identité très
profonde mais un manque de cohérence incontournable. Largement
arrosé d’un des pires chanteurs que la terre ait portée (au
niveau purement technique, entendons-nous bien), on ne peut pas dire
que la mayonnaise prenne. Ou en tout cas pas du premier coup. C’est d’autant plus énervant que certains
morceaux passent largement le cap du « bizarre mais intéressant »,
avec en première ligne un Ex-Girlfriend Club extrêmement inspiré,
construit comme une progression morbide ou Treacy se révèle
excellent storyteller, l’apport du piano et des percussions
n’ont rien à envier à Nick Cave ou Gainsbourg dans ce registre.
Mais malheureusement, les choses retombent toujours, et quand Knock
It All Down tente la même formule en fin d’album, on est retombé
depuis déjà une dizaine de titres. Le thème du gâchis est récurrent
chez cet homme; nous le prouve un All the Young Children On
Crack qui part d’une bonne idée mais sombre vite dans
l’exercice roupillon, les instruments semblent aussi motivés
qu’un aï durant l’heure de la sieste, et le bâillement
contamine vite l’auditeur… Pareillement, les morceaux pop-rock sont assez
banals, Velvet Underground ou My Dark Places s’écoutent sans
pour autant marquer; et parfois cela devient même franchement
laid, comme chez She Can Stop Traffic qui voit Treacy perdre carrément
le rythme; ou chez Special Chair, où sa copine de gémissements,
Victoria Yeulet, tente par tous les moyens d’enlaidir au maximum
un morceau qui démarre plutôt correctement. Pourquoi tenter de
formuler de telles horreurs pratiques quand la sauce simplissime de
You Kept Me Waiting Too Long (boîte à rythme et basse en fuzz)
fait mouche? Probablement qu’être écoutable n’est pas
assez « artistique » pour le public de TVP. S’il y avait une chose
à sauver, ce serait certainement la plume de Treacy qui, sans être
l’admirable poète qu’on voudrait bien nous fourguer, reste un
écrivain inspiré, ce qu’il faut d’halluciné, avec une
personnalité et une identité qu’on ne peut par contre pas
remettre en cause. A réécouter My Dark Places, un vilain sentiment
de frustration se fait sentir, car le meilleur côtoie tellement le
pire qu’on ne peut s’empêcher de se demander ce que cela aurait
été si une force supplémentaire avait été donnée pour la
forme. Le fond (textes, ambiance) est très riche, et il est bête
de se retrouver à donner un aussi mauvais jugement parce que la
forme (la musique) ne suit définitivement pas. Les bonnes idées ne
font pas la bonne musique, l’harmonie est toute aussi importante
que le reste, et il ne suffit pas d’être un héros/visionnaire/psychopathe
pour composer quelque chose de brillant. Il faut aussi avoir le sens
de la demi-mesure. Un disque raté par pêché d’orgueil. Vraiment
dommage…
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