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THE DUSKFALL
Août 2005
  
JOURNALISTE :
Cosmic Camel Clash
  
INTERVIEW AVEC :
Antti Lindholm
Guitariste
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Opîniâtres et volontaires, les The Duskfall continuent de proposer des albums de heavy/death à la scandinave qui tiennent plus ou moins la route. Après un Source à la limite de l'affligeant tant l'ombre d'In Flames était prégnante sur le combo, The Duskfall est revenu avec un Lifetime Supply Of Guilt (cliquez ici pour lire la chronique) plus violent et moins bâclé qui réussit à se défaire un peu plus de cette tutelle. Cet entretien est en tout cas un bon exposé des difficultés qu'un groupe peut rencontrer pour composer et enregistrer ses albums, aussi honnête et motivé soit-il. Tous ceux qui fantasment encore sur les "metal stars" et leur mode de vie si parfait peuvent lire ce qui suit avec intérêt... Attention, désillusion au programme!

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Cosmic Camel Clash : Bien, ceci étant la première interview que ton groupe nous accorde, j'ai bien peur que tu doives nous faire l'habituel retour sur ses origines...

Antti Lindholm (guitare) : Nous avons commencé en 1999 sous le nom Soul Ash. Nous avons enregistré quelques démos à l'époque mais sans vraiment sortir quoi que ce soit. Avant cela encore existait le groupe Gates Of Ishtar dans lequel nous jouions une musique plus typée black mélodique. Nous avons eu tellement de problèmes dans ces groupes que nous avions décidé de nous séparer, et j'ai quitté la scène musicale pendant six mois... Je n'ai rapidement plus supporté de n'avoir rien à faire chez moi car je voulais jouer de la musique, d'où la création de The Duskfall. Nous avons sorti deux CDs sur un label grec, et ensuite nous avons commencé à avoir de gros problème de line-up à partir de 2001. Notre dernier album est en fait le premier sur lequel la formation est stable, avec cinq types vraiment motivés pour jouer dans le groupe.

Cosmic Camel Clash : Mais dis-moi donc, sur la photo promo du groupe vous n'êtes que quatre!

Antti Lindholm : Oui, le fait est que le dernier arrivé, Marco (basse), n'était pas encore avec nous pour l'enregistrement, donc les parties de basse ont été enregistrées par l'autre guitariste Hante. Nous avons joués quelques concerts en Autriche il y a deux semaines en ouverture de Slayer et d'Anthrax, ainsi qu'un festival en Slovénie. Ça a été notre première "mini tournée" avec Marco à la basse et cela nous a décidé à la prendre comme membre permanent. C'est un mec très cool, tant au niveau personnel que musical.

Cosmic Camel Clash : Alors attends car je m'y perds. J'ai découvert le groupe avec Source, qui a changé dans le line-up entre cet album et le dernier?

Antti Lindholm : Nous avons d'abord perdu le guitariste Joachim car nous ne pouvions plus travailler ensemble, l'ambiance entre nous était devenue pourrie. Puis notre bassiste est parti, il est aujourd'hui devenu ingénieur du son en studio et prof de musique à l'école. Nous étions tous décidés à mettre le paquet, à nous investir à 100 voire 110% dans ce groupe pour qu'il mène quelque part... De plus, notre ancien bassiste voulait que nous devenions plus techniques rythmiquement à la manière de Meshuggah ou System Of A Down. Comme ça ne collait pas il a décidé de reporter son investissement sur ses autres projets. Notre chanteur a déniché notre nouveau guitariste dans un autre groupe finlandais, et ça a très bien collé. Nous vivons dans une petite ville du nord de la Finlande et il est très difficile de trouver du personnel. Il faut d'abord trouver un musicien qui écoute ce style de métal et en joue lui-même, puis il faut qu'il ait un niveau de jeu équivalent à celui des autres membres, et pour finir il faut que ce soit un type sympa avec lequel partir en tournée deux semaines sera possible sans que ça finisse en guerre.

Cosmic Camel Clash : Après tous ces soucis tu sembles assez confiant dans le line-up actuel...

Antti Lindholm : Quand je me suis lancé avec Gates Of Ishtar j'ai décidé que quitte à faire de la musique j'allais m'y investir vraiment à fond. Et je me suis retrouvé avec des types qui pensaient que c'était cool d'être dans un groupe de métal, de jouer un jour par mois... Je ne peux pas m'investir avec des gens qui répondent "non, je vais voir un film avec ma copine" quand je les appelle pour répéter. Si c'est important pour eux ok, mais dans ce cas qu'ils quittent le groupe! Il y a toujours au moins une ou deux personnes dévouées et ambitieuses, mais c'est quasiment impossible de rassembler tout un groupe de gens qui partagent cette vision des choses. Je ne demande pas grand-chose, juste que les gens soient là, qu'ils jouent et soient concentrés sur le groupe et pas sur autre chose pendant les répétitions, et qu'ils n'appellent pas la veille des show pour dire "je ne viendrai pas, j'ai autre chose à faire"!

Cosmic Camel Clash : Tu viens d'utiliser le mot "ambition". Comment définirais-tu tes ambitions et celles du groupe?

Antti Lindholm : Notre ambition n'est pas de vendre des millions d'albums ou de nous rendre aux concerts en Limousine. Mais je reçois parfois des mails de gens du Brésil, d'Allemagne ou de France qui me disent "quand j'écoute cette chanson, je me sens vraiment mieux, elle m'a aidé à traverser des temps difficiles". Créer un lien avec des gens que je n'ai jamais rencontrés à travers la musique est incroyable. Il me semble que c'est propre à la musique, je ne suis pas sûr qu'il y ait tant de gens qui reçoivent des mails de ce type par rapport aux films qu'ils ont réalisés, par exemple. Créer ce lien avec les gens, et ensuite aller jouer devant ces gens, voilà ce qui me porte. Je m'en fous de jouer devant dix ou cinq mille personnes tant qu'ils passent un bon moment et qu'ils apprécient les chansons.

Cosmic Camel Clash : J'imagine que tu as également comme ambition de vivre de ta musique?

Antti Lindholm : Oui, bien sûr. Je ne sais pas si ce sera possible avec uniquement The Duskfall, mais je connais plusieurs personnes qui ont un groupe et plusieurs side-projects pour s'en sortir. Si tu enregistres un album par an et que tu ne fais qu'une tournée et quelques festivals, cela ne mène nulle part. Les seuls groupes que je connais qui peuvent vivre de leur musique en suivant ce schéma sont des formations comme In Flames ou Soilwork car ils passent de six à huit mois par ans sur la route. Mais ils jouent depuis très longtemps et ont pu construire leur fan-base. Je regrette que nous n'ayons pas commencé à décoller plus tôt, que nous n'ayions pas eu ce contrat avec Nuclear Blast alors que nous avions vingt ans... Mais bien évidemment mon ambition principale reste de réussir à atteindre ce stade et de me lever le matin, boire mon café, prendre ma guitare et jouer! C'est mon rêve.

Cosmic Camel Clash : Vous n'aviez pas de bassiste pour l'album, le nouveau guitariste venait d'arriver... Quel a été l'impact de cette situation sur le processus de création des chansons et y a-t-il donc une chance pour que la basse prenne un rôle plus important pour le prochain album?

Antti Lindholm : Nous avons de la chance dans le groupe, car nous avons toujours fonctionné de la même façon: Oskar (batterie) et moi écrivons les chansons ensemble. Pour Source c'était 70% moi et 30% lui, et aujourd'hui nous travaillons sur une base de 50-50. Et notre nouveau guitariste est plus impliqué dans l'écriture des chansons que tous ses prédécesseurs! Quand il est arrivé il avait de très bonnes idées que nous avons pu utiliser tout de suite. L'absence de bassiste lors de ses sessions explique que les parties de basse soient assez simples et directes sur le dernier album car nous n'avons pas pu les travailler.

Cosmic Camel Clash : Quand tu écoutes les deux derniers albums, quelles différences te sautent aux oreilles, en tant que musicien?

Antti Lindholm : Pour être honnête je dois dire que Source à vraiment été un travail réalisé dans l'urgence. Nous enregistrions fin août et chacun avait différentes choses à faire durant l'été... Donc nous avons passé très peu de temps à répéter. Toute la phase de construction collective des morceaux manquait à Source, donc Lifetime Supply Of Guilt est plus "complet" d'après moi, plus pensé. Il est également plus agressif et plus rapide bien sûr, plus heavy. Ça n'a pas été un processus conscient ou une décision prise entre nous car nous n'avons pas communiqué durant notre processus de composition individuel: à aucun moment l'un de nous n'a demandé aux autres "au fait, quel genre de riffs as-tu écrit pour le nouvel album?". J'ai écrit de moi-même des riffs plus thrash et plus méchants, et quand j'ai finalement contacté Oskar il avait fait pareil! J'imagine que c'est parce qu'inconsciemment aucun d'entre nous ne voulait refaire un Source. Et dès les premières séances de répétitions il nous est apparu clairement que cet album allait être le plus violent de notre histoire.

Cosmic Camel Clash : Une question concernant le chant: la différence principale entre The Duskfall et les autres groupes de heavy/death scandinave est l'absence de chant clair. Est-ce un choix conscient du groupe, ou de votre chanteur?

Antti Lindholm : J'aime vraiment la voix de Kyle (chant) car il la contrôle parfaitement: il peut faire du growl aigu à la Tomas Lindberg (At The Gates, Lock Up, ex-The Crown) comme des hurlements plus graves comme Johann de The Crown. Pour moi, il est meilleur qu'il axe sa modulation entre les différents types de growl et tire son épingle du jeu avec ça plutôt que de faire du chant clair. J'aime beaucoup moi-même certains des groupes qui alternent growl et parties chantées, mais pour nous je trouve qu'il est plus intéressant de garder les hurlements sur les refrains tout en essayant de rester catchy et groovy quand même. Donc oui, c'est conscient... Il s'agit de conserver une certaine simplicité: nous n'avons pas de nappes de claviers omniprésentes, d'effets ou de samples dans notre son car nous tenons à ce que nos concerts soient humains, organiques. Nous voulons que la musique jouée sur scène vienne des musiciens et pas d'un séquenceur.

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