|
"Terre
Neuve" en latin, et pourtant Terra Nova n'a de neuf que le nom.
Les piliers du AOR à la néerlandaise sont de retour, six ans après
leur troisième effort Make My Day, et perpétuent, à l'issue d'un
split inattendu et une reformation inéspérée, dans leur style daté
mais non désagréable. C'est donc un hard-rock extrêmement mélodique
qui se cache derrière cette jolie pochette romantique, une musique
qui a littéralement sauté la transition radicale qu'était la décennie
des 1990s; car nous voilà replongés au plein coeur des eighties,
quand Bon Jovi, Toto, Journey et consorts squattaient à tour de rôle
les premières places du Top 50.
Il n'est donc guère surprenant d'apprendre que
les frères Hendrix (Fred au chant, Ron au clavier) ont fait leurs
armes dans une multitude de combos directement issus de cette
mouvance. Parmi ceux-ci, seul Terra Nova a percé. Le trio de base,
comprenant Gesuino Derosas à la guitare, s'est associé sous la
demande du label Frontiers à deux musiciens additionnels pour
composer et enregistrer ce Escape. A entendre le résultat, on
pourrait jurer que les frangins ont été placés en état de cryogénisation
avancée au début des 1990s: que l'on parle interprétation ou
production, tout nous ramène, et le groupe s'en amuse, comme le
laisse supposer la chanson du même titre, "Back In The
Eighties". Ca démarre ainsi avec un "Long Live Rock' n'
Roll" (non, ça n'est pas une reprise de Rainbow ...), énergique
et entraînant, aux guitares gentillettes et aux choeurs FM.
"Rock Bottom" est du même acabit, peut-être un chouia
plus rapide, et les claviers de Fred mêlés à la voix maîtrisée
de Fred y font irrémédiablement penser au Bon Jovi de la période
Runaway, soit vers 1984. Il est agréable de constater que le groupe
ne sombre pas dans le mid-tempo lourdingue entre deux ballades: les
titres hard sont assez incisifs et virulents. Reste que la
production les fait sonner comme de la pop, mais c'est le style qui
veut ça ...
"Hold The Line" (non, ça n'est pas une
reprise de Toto ...) trompe son monde en commençant comme une
ballade piano / voix, mais le titre s'emballe rapidement pour donner
une envolée rock très mélodique et convaincante.
"Escape" est sans doute le morceau le plus rapide, et fait
valoir un bien joli duel claviers / guitares, pendant lequel Ron
Hendrix semble prendre plaisir à expérimenter des sons saugrenus
sur sa bécane. Le bougre s'adonne aussi parfois à l'orgue Hammond
("War On War") et démontre ses qualités de pianiste lors
des ballades "Heaven Knows" et "You Are The
One", qui bien que ultra one-eyed jack - on croirait du Bryan
Adams .. - sont bien interprétées. Moins conventionnelle est
"Yesterday" (non, ça n'est pas une reprise des
Beatles...), ce qui lui donne une saveur particulière. Tout cela
est malgré tout un poil trop facile. Autre morceau
"atypique", "Lonely Is The Night" s'emballe sur
un riff de clavier inattendu lors des couplets. Le refrain, lui, est
en, revanche des plus classiques. Mais ce genre d'expérimentation
est toujours plus payant qu'un énième rock FM sans surprise comme
"Sole Survivor" ou "Part Of The Game".
L'impression d'entendre toujours le même riff est assez frustrante,
et Terra Nova n'échappe pas à cet écueil. L'inconvénient du
genre est indéniablement qu'il ne laisse que très peu de place à
la créativité.
Cela dit, les qualités requises sont bel et bien
présentes: une voix mi-écorchée mi-pop très performante, des
soli réussis bien que courts et peu nombreux, et des mélodies qui
trottent dans la tête un bon moment. L'ensemble est irrégulier,
s'essouflant surtout lors de la deuxième moitié du disque. Mais
les nostalgiques tiennent là un fort beau vestige du passé, de
quoi rassasier leurs oreilles mélancoliques d'un peu de douceur, de
quoi oublier qu'un groupe de rebelles nommé Nirvana a en son temps
sonné le glas de leur style musical préféré. Celui-ci a survécu,
même s'il y a laissé bien des plumes et perdu en crédibilité.
Death-metalleux s'abstenir.
RETOUR
A L'INDEX
|