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Imaginez…
Vous devez absolument faire comprendre l’essence de la musique
gothique à des gens totalement hermétiques à ce style (comme les
parents paniqués d’une dark djeunz à rimmel), ou alors à
quelqu’un qui croit s’y connaître en musique gothique alors
qu’en fait non (la dark djeunz à rimmel en question). Coup du
sort, vous avez oublié votre intégrale Sisters Of Mercy sur un siège
dans le métro! Pas de panique… Mettez les quinze premières
secondes de ce CD et l’affaire est pliée: après l’album en
entier vos interlocuteurs pourront même donner des cours sur le
gothique. Et le lendemain vous pourrez passer à « maintenant,
je vais vous expliquer le brutal-death ». C’est quand même
bien fait.
Lesdites quinze premières secondes du premier
titre avaient déjà pas mal posé la donne avec le son de guitare
et l’enchaînement des accords qui sonnent comme tous les groupes
gothiques de l’univers… Mais quand le chant arrive c’est
l’apothéose. Le chanteur de Tenebre semble s’être donné la
mission de sonner le plus gothique possible, nos amis les rôlistes
l’appeleraient un « élémental de gothique »! Son
timbre hypergrave sonne comme Fernando Ribeiro (Moonspell) un
lendemain de cuite, et l’homme n’a en plus de cesse de maniérer
son chant et de crooner comme une cochonne. Une montée dans les
aigus totalement ratée plus tard et on comprend pourquoi il reste
dans les graves sans arrêt. Cette particularité mise à part, la
musique de Tenebre est tellement clichesque que vous faire un petit
cours sur le gothique en général me semble la manière la plus
appropriée de vous permette d’appréhender le contenu de cet
opus. Et puis j’aime bien faire des cours…
La base du goth est une structure doublement pop:
d’une part une construction couplet-refrain-couplet et de
l’autre un squelette musical composé d’accords enchaînés
derrière des mélodies. Le petit motif à la guitare du premier
titre est immanquable: voilà l’essence du gothique. Les accords
en question sont aussi importants: le gothique est une musique mélancolique
et dépressive, et l’usage de la gamme mineure est donc un impératif.
Une fois cette base définie, ce sont les arrangements et le son général
qui vont définir à quel type de gothique on a affaire. Mettez des
guitares saturées et un chant mélodico-hurlé et vous aurez le
monumental Draconian Times de Paradise Lost. Blindez votre musique
de samples et de sonorités électroniques et vous obtiendrez The
Butterly Effect de Moonspell, l’album de goth/indus par
excellence. Epurez vos chansons jusqu’à un simple duo
voix/guitares, et Darkness And Hope des mêmes Moonspell vous tend
les bras. Tenebre donne dans un goth orienté pop-rock vaguement
heavy par moments, ce qui le place dans la lignée musicale d’un
One Second (Paradise Lost, encore).
Et c’est à peu près tout ce qu’il a à dire
sur ce groupe et cet album. Pour une description des chansons
reportez-vous au paragraphe précédent. C’est simple, chaque
titre d’Hearts Blood est un condensé de clichés goths, une resucée
d’un ou plusieurs plans déjà joués avant par les références
du genre. Le seul élément qui les diffère des autres est la voix
du chanteur tant elle est clichesque et outrancière. Donc Hearts
Blood est une bonne introduction au gothique si vous n’y
connaissez rien, mais c’est aussi un album totalement dénué
d’originalité et de recherche, un album vain. C’est bien joué
et bien produit, mais ce n’est rien de neuf. Cet album n’a donc aucun intérêt et est
à réserver à ceux qui achètent tout ce qui sort dans le style.
Les autres pourront se procurer un des autres albums que je cite
dans cette chronique: ce sont des références du genre, alors
qu’Hearts Blood n’en sera jamais une.
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