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Il y
a toujours un ou deux promos qui pour une raison inconnue ne nous
emballent pas, et qu'on garde de côté en se disant qu'on finira
bien par les chroniquer un jour. Et on ne les écoute pas. Et on a
bien tort. Car cet album de Taint, formation dont je n'avais jamais
entendu parler, dépiaute assez sévèrement et tourne en boucle
dans mon lecteur depuis une bonne semaine. The Ruin Of Nova Roma
donne dans un hard rock/stoner/metal réjouissant, massif et varié,
du genre qui vous décoiffe tout en jouant sur votre corde sensible.Taint, c'est d'abord un son. Et quel son! La
production de cet opus est énorme, une véritable masse grasse et
lourde qui se déverse sur l'auditeur de toute sa hauteur. La basse
est servie par un des plus gros sons que j'ai entendus pour cet
instrument depuis Motörhead, c'est un ronflement métallique écrasant
et pachydermique, miam. La guitare est grasse et délicieusement
rock 'n' roll, tandis que la batterie claire et puissante vient
parachever le tout. Il est assez incroyable à l'écoute de cet
album de se rendre compte que ce mur sonore est produit en tout est
pour tout par un power-trio, et que la guitare n'est que sur une
seule piste… Inutile de doubler les guitares quand on a une
basse comme ça! Quant au chant, sa prise est excellente et le bon
Jimbo se débrouille plus que bien dans sa partie. Son côté
"crié" rappelle parfois le Kurt Cobain des débuts, et
l'agressivité de son timbre (qui peut être parfois à la limite du
hardcore) comme la sincérité qui se dégage de ses lignes compense
largement sa justesse parfois relative… Après tout c'est du heavy
rock, pas du speed symphonique. C'est bien beau d'avoir un son de fou, encore
faut-il que les compos suivent. Et là, pas de souci: Taint assure.
Le début de l'album se décline en titres heavy/stoner très
directs dans lesquels Jimbo se pose immédiatement en guitariste
inspiré au jeu très personnel. L'homme a peut-être tendance à
explorer un peu trop la gamme blues mineure dans ses leads, son héritage
se situe pile à la croisée de Sabbath et Led Zep et son jeu est à
la fois heavy et dégoulinant de feeling. L'homme enchaîne les
riffs bluesy et terriblement énergiques qui se lient aux lignes de
Chris West comme par magie: en effet la basse assure à la fois une
rythmique en béton armé et un rôle mélodique certain dans ses
contrepoints avec la guitare. Mais Taint dévoile son identité après
ces premiers titres "simples": les quatre titres suivants
vont flirter avec les six, les sept voire les dix minutes! La démarche
change totalement, et on découvre en Taint un groupe soudainement
ambitieux. Ces plages longues renferment chacune leur lot
d'ambiances, de violence et de mélodie, et le succès est souvent
au rendez-vous. Le feeling bluesy du début de The Idol/The Memory
est délicat et fin, alors que les riffs qui suivent sont éléphantesques…
Le chant de Jimbo est aussi assez violent par
endroits. Amaranthine est une chanson réellement impressionnante:
la mélodie cristalline et hypnotique d'entrée rappelle le Placebo
de Without You I'm Nothing en encore plus inspiré, alors qu'un
Chris West en état de grâce nous offre une ligne de basse comme on
en entend trop rarement, en harmonie totale avec la guitare. La
guest féminine au chant complète ce tableau à haute teneur émotionnelle,
et quand Jimbo vient au final poser ses cris c'est un vrai point
d'orgue. Sans aucun doute le chef d'oeuvre de l'album. En conclusion, Taint est une petite révélation
dans sa partie. Ces gens sont des musiciens plus qu'honorables, qui
arrivent à s'imposer d'une manière aussi crédible dans l'envoi de
bois version rock seventies sévèrement burné que dans la mélodie
à feeling. Le principal reproche que l'on pourra faire à cette
galette est sa tendance exagérée à la répétition: Taint aime à
faire tourner ses riffs en boucle, et le morceau-titre de l'album
tape ainsi dans un doom cyclique qui cassera le crâne à beaucoup
de monde. De la même manière, I'm Going To Kill Henry Ford aurait
pu être allégée de plusieurs minutes sans que cela ne soit préjudiciable
au tout. Il n'empêche qu'au final The Ruin Of Nova Roma est un
album sacrément bien fichu qui renferme un bon nombre de moments
d'exceptions: Taint possède l'art de la note qui tue, de la rupture
de ton sans perte d'identité et de l'ambiance qui emporte. Un véritable
talent, en d'autres termes.
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