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Le thrash
éthnique de Soulfly avait culminé l'an dernier avec un Prophecy
vraiment réussi. Il faut croire que Max Cavalera est dans une très
bonne période d'inspiration car son successeur est encore meilleur
et encore plus varié! Dark Ages allie comme jamais puissance,
agressivité et expérimentation. Et à l'instar des voyages
effectués par Max pour mettre en boîte l'opus enregistré entre
Serbie, France,
Turquie, Etats-Unis et Russie, Dark Ages regorge d'influences
diverses reliées entre elles par le chant dévastateur du
Brésilien. De plus, les sonorités très thrash eighties sont de
façon étonnantes très présentes en particulier sur d'excellents
passages instrumentaux (I And I, Carved Inside, Corrosion Creeps). Il n'en fallait pas
plus pour obtenir possiblement le plus abouti des albums de la
carrière de Max Cavalera, rien que ça.
Il faut dire que
presque tout ici respire le travail minutieux. Que ce soient les parties
atmosphériques de I And I ou de Frontlines, les percussions omniprésentes sur tout
l'album et qui arrivent à leur paroxysme sur Innerspirit et Soulfly
V, le riff supersonique de
Carved Inside, le rock planant de Soulfly V ou les paroles brutes de
Frontlines ainsi que de Fuel The Hate, tous les
ingrédients sont dosés avec parcimonie et ne lassent jamais
l'auditeur. Dans ce contexte, même des chansons plus simples comme
Frontlines, Molotov ou Arise Again parviennent à nous marquer.
Celles-ci sont complètement apocalyptiques, menées de mains de
maître par un chef d'orchestre qui intègre aussi bien les notions
de mélodies que de chaos dans ses compositions. Frontlines
symbolise cela à merveille grâce à des couplets compacts et
denses alors que le refrain est plus aéré et libérateur.
On pense
alors à des groupes tels que Biohazard mais la touche Cavalera
apporte énormément de personnalité en particulier dans le domaine
du chant. Depuis la formation de Soulfly, certains n'ont pas adopté
le changement vocal de Max mais il faut bien admettre qu'en 2005, le
chanteur n'a jamais été aussi efficace dans son registre. Alors
bien entendu, il y a quelques baisses de régime sur Dark Ages comme
lors du mid tempo Bleak, bien trop prévisible et sans relief pour
devenir addictif. Stay Strong, avec le fils de Max au chant, est le
seul raté total avec cette ambiance néo-hardcore complètement
insipide et dénuée de sens. Corrosion Creeps et, dans une moindre
mesure, Innerspirit traînent un peu la patte
et perdent en intensité alors que leurs bases musicales sont tout
ce qu'il y a de plus solides.
Innerspirit voit pourtant un duo inattendu entre Cavalera et
l'artiste serbe Coyote qui sévit au chant et au trombone sur cette
ballade expérimentale.
Malgré cela, du côté des expérimentations, on préférera
nettement Riotstarter qui sonne comme du Prodigy industrialo-tribal
ou le dépouillé Soulfly V. Vous l'aurez compris, il y a de tout
sur Dark Ages. Cette variété n'est pourtant pas la dernière des
qualités de l'album. Il capture à merveille toutes les composantes
(spiritualité, colère, ouverture d'esprit et agressivité) de
l'univers unique d'un artiste trop souvent catalogué comme
"celui qui s'est barré de Sepultura". A l'écoute de ce
superbe album -sans doute un poil trop long- on n'aura jamais été
aussi content qu'il lâche l'affaire.
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