| SLEEPPERS SIGNALS FROM ELEMENTS (2006) |
LINE UP : Mamu (chant+guitare) Laurent (basse) Rapha (guitare) Fred (batterie) |
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| CHANSONS
QUI TUENT : Thrills Blacklisted Don’T |
CHRONIQUEUR : Dr Gonzo (Juillet 2007) |
NOTE : 13,5 / 20 |
Injuste, voila ce qui caractérise le cruel anonymat auquel est relégué Sleeppers. Français adeptes d’un rock bruitiste et nerveux, ils en sont à leur cinquième album et représentent une scène gauloise capable d’officier avec sincérité, refusant les concessions putassières de nombre de leur collègues. Et pour une fois qu’un tel groupe chante en anglais, franchement que demande le peuple…
Pour commencer à sec, directement avec les choses qui fâchent, le peuple pourrait demander : une véritable identité peut-être ? Parce qu’autant sur le papier qu’en pratique, Signals from Elements, ça fonctionne au poil. C’est sombre, nerveux, ça crie, ça ne sous-mixe pas sa section rythmique ô combien importante, bref, c’est un bon groupe de rock qui fait du bruit bien comme il faut. Seulement, alors qu’on se surprend à tapoter du pied en rythme, autant que possible, et que la tête commence irrémédiablement à hocher d’avant en arrière fendant l’espace d’un arc de cercle des plus harmonieux, on se dit subitement « mais c’est pas mal ça, ça me fait penser à [insert group name here] ».
C’est tout le drame de cet album fort sympathique, je dirais même plus, accrocheur. Le groupe possède un vrai son, sous-terrain et organique, sait composer ; la musique décolle pas de problème à ce niveau là. La basse se fraie un chemin à travers un marécage de distorsion et de larsen, égale à une guitare tour à tour rythmique et soliste, et tout ce merveilleux petit monde est guidé par une batterie qui n’est pas sans rappeler celle de Danny Carey. Ah, voila qu’on touche le cœur du problème. Sortir un tel album plusieurs années après les chef d’œuvres que sont Aenima et Lateralus de vous-savez-qui me parait être un exercice un peu vain.
Bien sûr, il serait malhonnête de réduire Sleeppers à la pâle copie de Tool que la voix ou encore certains arrangements de guitares peuvent parfois laisser augurer (Flagrant sur des titres comme "Don’t" ou "Blacklisted", tous deux très réussis au demeurant). On retrouve aussi une forte influence pré-grunge, à grand coups de Melvins, Jesus Lizard, et autres noiseries fondatrices. Pour les plus jeunes, pensez premier album de Placebo (leur chanson "Slaves" qu’ils parviennent à saupoudrer d’un soupçon de stoner), In Utero, entre autres, et on commence à chauffer.
Entre sensation de réchauffé et l’excitation de voir un groupe français capable de pondre des titres aussi efficaces bien que proches de la citation parfois (souvent), on ne sait que penser de tout cela. Aux mauvais points s’ajoute de façon plus anecdotique le manque de variété du chant qui reste dans son registre de cris rauques (à noter la présence de Reuno de Lofofora sur "Ruines"), mais rien qui ne gâche l’album dans son ensemble. Le vrai défaut est bien de ne pas pouvoir apprécier un morceau pour ce qu’il est, sans se dire irrémédiablement « cool, on dirait machin ».
Notons pour finir sur une note encourageante quelques beaux morceaux de bravoure comme "Thrill", véritable épopée reptilienne bruitiste, et "Landscape" qui parvient à brasser de nombreuses influences pour aboutir à quelque chose de neuf. Au passage on oubliera volontairement la dernière piste, tentative trip hop avariée faussement dans le coup –Besson n’en aurait pas voulu pour Le Cinquième Elément- qui ternit l’enchaînement exemplaire des derniers morceaux de l’album.

