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SLAYER
Septembre 2006
 
 
  
JOURNALISTE :
Che-Ro-Kee
 
 
  
INTERVIEW AVEC :
Tom Araya, Jeff Hanneman, Kerry King et Dave Lombardo
Chanteur-Bassite, Guitariste, Guitariste et Batteur
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C’est au terme d’un périple épuisant avec mini ouragans, aéroports fermés, courtes nuits et vols repoussés au menu que nous arrivons enfin au 4 Seasons d’Atlanta où les Slayer au grand complet nous attendent pour une interview. La veille ils se sont produits sur une de leurs premières dates de la tournée Unholy Alliance part II dont le calendrier avait été un brin décalé suite à l’opération de la vésicule biliaire qu’a subie Tom Araya. Hélas, suite aux galères météorologiques énoncées plus haut, nous n'y étions pas, bloqués comme des nazes à l’aéroport de Miami. Nous ne pourrons donc vous en livrer un rapport détaillé comme prévu à la base. Et faute de Slayer en live, c’est sur l’ordi d’un Italien de passage qu’on a regardé les trois buts somptueux des frenchies contre l’Espagne, en stand-by à la porte 32. Enfin, Zidane et ses amis n’ont pas tremblé et c’était déjà ça de pris !

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A nous de ne pas flancher à présent devant les dégaines patibulaires (mais presque) de King et de Hanneman. Lombardo, tête de chat sauvage tout mince et Araya, tout en rondeurs joviales étant comme à l’accoutumée d’un abord plus facile et d’un commerce agréable. Et surtout, sans lunettes de soleil vissées sur le nez ce qui facilite l’approche ! Enfin, accéder au Saint-Graal du thrash metal se mérite. On fera donc avec les lunettes. Et pour détendre un peu l’atmosphère, on jure qu’on ne l’a pas fait exprès mais pile au moment où le groupe rentre dans la pièce alors que l’on achève d’écouter Christ Illusion le nouvel album (cliquez ici pour lire la chronique), nous voilà pris d’un saignement de nez infernal… et assez impressionnant à voir du dehors. On n’est pas plus inquiet que ça, les grosses fatigues du style décalage horaire couplées à la chaleur facilitent chez nous les chutes du Niagara version rubis rouge. Le groupe cependant n’a jamais du voir un journaleux saigner du nez comme ça sur commande à leur entrée. Eh les gars, c’est jamais que du sang, n’allez pas tourner de l’œil non plus ! « C’est en hommage à votre morceau Raining Blood ! » qu’on leur fait taquin, entre deux kleenex. La glace est rompue, on peut y aller. Tellement rompue d’ailleurs que le groupe n’arrêtera pas de plaisanter, se vannant l’un l’autre durant les trois-quarts d’heure d’interview. Ce qui fait que l’on aura parfois un peu l’impression désagréable de ne pas pouvoir aller au fond des choses, les musiciens noyant le poisson par une vanne dès qu’on se fait trop insistant, entre deux rots bien sonores et un dépeçage en règle du sac de cacahouètes et du plateau de cookies mis à leur disposition. Heureusement Kerry King n’a pas perdu sa fameuse langue de pute et saura ça et là en faire bon usage pour vous embarquer vers de nouvelles controverses -amis d’Anthrax et de Megadeth, passez votre chemin-. Messieurs quand vous voulez…

Che-Ro-Kee : Alors comment se passe cette première partie de tournée, apparemment vous faites encore quelques pains à ce que je viens d’entendre ?

Tom Araya (chant+basse) : Qui, nous ? Oh, non, on n’a jamais rien dit de tel.

Kerry King (guitare) : Tu devais être en train de parler à un autre groupe (éclats de rire généraux). Mais trève de plaisanteries, ça se passe plutôt bien et si pour l’instant on ne joue que Cult, pour l’Europe on proposera sûrement quatre extraits de Christ Illusion.

Che-Ro-Kee : Jouerez-vous comme une vraie tête d’affiche ou serez vous en configuration festival soit soixante-quinze minutes de show ?

Tom Araya : En fait ici, nous jouons soixante-dix minutes.

Dave Lombardo (batterie) : Sérieux, moi je veux jouer une heure et demie !

Jeff Hanneman (guitare) : Oui, mais alors là, on a encore une bonne marge de progression, va falloir s’entraîner grave (rires).

Kerry King (guitare) : En fait, comme c’est plus ou moins le même package de groupes qu’aux USA, on devra se contenter de soixante-dix minutes aussi il me semble.

Che-Ro-Kee : Mais ça peut être comme à la Coupe du Monde, commencer calme, sans forcer et monter en gamme après quelques matches. Là vous seriez carrés sur le répertoire et pourriez jouer plus sans soucis ?

Kerry King : Le truc, c’est que nous sommes soumis à des contrats que nous signons avant la tournée et qui nous imposent de passer tant de temps sur scène. En l’occurrence, je crois que ce sera donc soixante-dix, soixante-quinze minutes, grand maximum !

Che-Ro-Kee : Et ce concept « Unholy Alliance» que vous montez pour la seconde fois, n’est-ce pas un peu le successeur façon XXIe siècle du Clash Of Titans d’il y a quinze ans ?

Tom Araya : (rires à l’unisson, ndlr : d’une manière générale, Slayer rit beaucoup en interview…) Héhé, peut être oui.

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Che-Ro-Kee : En plus, ce coup-ci, c’est vous les patrons, pas d’embrouilles avec Megadeth et compagnie…

Dave Lombardo : Mais nous avons toujours été les patrons. Pas d’autre boss que Slayer et nous ne tournons dorénavant plus qu’avec des groupes qui nous conviennent. On évite de se retrouver avec des plans à la Dave Mustaine si possible.

Jeff Hanneman : Et on ne prend que de jeunes groupes, élevés au son de Slayer.

Kerry King : Nous voulons des groupes qui veulent dire quelque chose et pour nous et pour le public. Et si possible c’est bien qu’ils amènent eux-mêmes une partie du public (rires). De plus sur cette affiche, j’avais déjà vu quasi tout le monde à l’œuvre en live. Je continue à voir plein de concerts que ce soit à Anaheim ou à L.A. Des groupes que je veux voir, ou des potes d’autres groupes qui viennent jouer en ville. C’est en sortant souvent que j’ai découvert Children Of Bodom que j’ai ensuite vraiment voulu avoir à l’affiche du « Alliance ».

Che-Ro-Kee : Ok, passons au nouvel album, « Christ Illusion » que l’on a entendu un peu vite fait mais qui me semble le plus abouti depuis « Seasons In The Abyss » en 90. Le morceau d’ouverture « Flesh Storm » est une tuerie. D’une puissance un peu comme si ta tête n’en finissait plus de se faire défoncer à coups de marteaux…

Kerry King : Voilà qui est parfait, c’est ce genre de remarques que je voulais entendre avec ce genre de morceaux !

Che-Ro-Kee : L’album est-il encore en chantier puisque déjà, on peut entendre dessus deux versions de Flesh Storm et qu’en outre l’an passé cous confiez avoir quinze morceaux finalisés ?

Kerry King : Pour Flesh Storm, c’est juste une erreur, il n’y aura qu’une seule version de retenue. Et c’est vrai qu’il nous reste un morceau prêt à sortir, où manque juste la voix de Tom. Moi, j’en ai laissé un de côté car le riff ressemblait trop à celui d’un autre morceau sorti dans l’intervalle. Mais en fait, l’idée c’est de sortir tout cela plus tard dans l’année, sous une forme un peu spéciale, le compteur de Christ Illusion restant lui bloqué sur ses dix morceaux actuels. Trois que j’ai écrits et sept de Jeff. Nous ne sommes pas le genre de groupe à avoir du stock. Le peu que nous avions d’inédits est sorti sur le coffret « Soundtrack For The Apocalypse » en 2004.

Tom Araya : Moi j’ai écrit quelques textes comme d’hab, ce qui tombe bien puisque j’ai toujours préféré les textes à la musique, chose que les deux autres font bien mieux que moi.

Dave Lombardo : Moi aussi j’ai écrit des trucs, mais ils n’en ont pas voulu pour le disque (ndlr : pauvre petit caliméro).

Che-Ro-Kee : J’espère que vous lui ferez honneur live, car les trois précédents ont toujours été réduits à la portion congrue : un ou deux titres joués et basta ! Vous n’en étiez pas fiers à 100% ou quoi ?

Kerry King : Le truc aussi, c’est que nous n'avons encore rien répété avec Dave concernant tous nos albums des 90’s. Il me semble qu’il ne connaît que Stain Of Mind. Et pour le dernier God Send Death et Disciple. En plus, chaque fois que nous nous remettons à tourner, il faut se pencher sur la set list et nous ne voulons pas de morceaux que les gens n’aient jamais vraiment entendu auparavant. D’obscurs titres de fond d’album. Mais nous aimerions en jouer plus du nouveau cette fois-ci.

Che-Ro-Kee : A propos du titre à présent : « Christ Illusion ». Vous voulez dire par là que la religion n’est qu’une sorte d’opium pour les masses ?

Kerry King : C’est probablement une des différentes manières de le définir. Oui, quelque chose comme ça. En fait, Tom a repéré une ligne que j’ai écrite sur le morceau Cult (ndlr : revelation, revolution, I see through your christ illusion) nous l’a suggéré et voilà, la formule s’est retrouvée en titre de notre album… Je n’aimais pas cette formule moi (rires).

Che-Ro-Kee : Au fait, pourquoi Christ Illusion plutôt qu’Allah Illusion ou Bouddha ou que sais-je encore ?

Tom Araya : Certes c’est Kerry qui a écrit le morceau mais pour moi, l’image du Christ à elle seule suffit à représenter la religion dans son ensemble. Et ce titre me semble avoir valeur de commentaire social sur ce qui se passe autour de l’Eglise catholique en ce moment. Mas peu importe qu’il s’agisse du Christ en couverture, c’est plus une image. Car de toutes façons, toutes les religions ont une figure, une icône similaire à celle du Christ. Pour les musulmans c’est Mahomet mais c’est pareil. Donc quand je vois tout ce qui se passe autour des scandales de prêtres pédophiles révélés seulement des années après, quand ces types ont eu tout le temps de faire le mal autour d’eux, protégés par leur hiérarchie, je ne peux que me dire que les croyants se bercent d’illusions. Et ça en faisait donc un bon sujet à commentaires pour nous.

Che-Ro-Kee : En plus, en intitulant l’album « Christ Illusion » plutôt que « Mahomet Illusion », vous aurez certainement moins de fil à retordre avec certains fanatiques ?

Tom Araya : Ouais, ça va nous permettre d’éviter les bombes. D’éviter de se prendre la bombe d’un kamikaze, candidat au martyre (rires généraux). Légalisez l’illusion !

Che-Ro-Kee : Il y aussi ce morceau « Jihad » qui va encore faire couler de l’encre...

Kerry King : Il va nous permettre de rallier les musulmans à notre cause (rires bien gras).

Jeff Hanneman : En fait, au départ c’est un morceau sur le 11 septembre. Mais puisqu’il s’agit de Slayer, c’est forcément le point de vue du méchant. La perspective terroriste en opposition à l’analyse que pourrait en faire une victime. Mais ce n’est un point de vue individuel, je ne mets pas dans la peau de l’un des kamikazes des avions du 11/09. C’est plutôt l’état d’esprit de tout un ensemble de gens.

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Che-Ro-Kee : Donc, il n’y a pas d’attaques personnelles ou directes sur les musulmans en tant que tels, style « je hais les musulmans ! » ? Comme on n’a pas eu les paroles... Avec ce genre de sujet, mieux vaut savoir où on met les pieds.

Jeff Hanneman : Non, non il n’y a rien de tel. C’est vraiment sur ce que je pense qui a pu se passer ce jour là. Et sur ce qui a aussi pu passer par la tête des terroristes. Sans opinions personnelles. Mais ça s’est très mal passé, donc j’ai écrit un truc méchant. Je ne me suis jamais dit, « hum voilà un bon sujet bien controversé », on va encore s’en prendre plein la tête. Chouette !

Tom Araya : Je pense qu’en tant que journalistes vous accordez beaucoup trop d’importance aux paroles de ce titre et que vous le sur-analysez. Pas que toi, hein, tous ! Car tout le monde nous parle de ce morceau en long et en large.

Che-Ro-Kee : C’est possible qu’on soit enclins à toujours vouloir lire entre les lignes. En même temps, c’est un peu pour ça qu’on est payés !

Tom Araya : C’est juste une chanson écrite du point de vue d’un terroriste car écrire « Jihad » de cette manière offrait un angle d’attaque originale et intéressant. Et c’est la raison de son choix. Nous ne l’avons écrite que dans cette optique, et nous nous sommes dits qu’ensuite les journalistes lanceraient une belle controverse pour nous (re-poilade d’enfer).

Che-Ro-Kee : OK. Mais puisqu’on en parle, ne pensez vous pas que d’écrire des paroles aussi extrêmes ne vous a pas empêchés de gagner en notoriété ? C’est comme si vous vous étiez heurtés à un plafond de verre à un moment, vous empêchant de gagner de nouveaux fans, par exemple du fait que vous ne passiez jamais en radio…

Jeff Hanneman : C’est probablement ce qui s’est passé, en partie du moins… (pause, il s’étrangle avec une cacahouète tandis que les autres s’esclaffent) mais je ne changerais rien à notre parcours s’il fallait recommencer. Voilà ce que je voulais dire à ce sujet.

Kerry King : Voilà pourquoi Jeff ne donne pas d’interviews, d’habitude, parce qu’il s’étrangle avec ses trop grosses gorgées de bière.

Che-Ro-Kee : Question habituelle : pourquoi vous être fourré dans cette sorte de plan quinquennal entre « God Hates Us All » et « Christ Illusion » ?

Kerry King : Il semble que tous les niveaux possibles soient impliqués dans ce retard. Pour différentes raisons. Mais nous avons eu bien plus de demandes pour tourner que ce que nous avions envisagé. Des soucis de distribution de notre catalogue par des changements à la tête du groupe. Des retards sur le mix. Bref, nous avions une démo que nous traînions depuis deux ans avec neuf chansons tout à fait potables dessus.

Che-Ro-Kee : Il y a un an, c’était quasi prêt pourtant selon vos dires ?

Kerry King : Ca l’était, mais à ce moment là on pensait que Rick Rubin allait le produire fissa. Et il ne s’est pas vraiment manifesté... Jusqu’au moment où il nous a dit qu’il ne le produirait pas mais qu’il ferait un travail de pré-production, d’où re-attente. Et voilà.

Tom Araya : Mais honnêtement nous ne nous sommes pas retrouvés avec cinq ans de vide discographique par choix, nous espérons éviter de refaire la même chose pour le prochain disque.

Jeff Hanneman : Il nous a fallu en plus passer par des phases de tournées intensives. Nous n'avons pas arrêté jusqu’en décembre 2004. Ensuite nous avons remis ça avec six semaines en Europe l’été dernier et au retour nous étions un peu lessivés, nous n’avions pas prévu un schéma de tournée si intensif. Du coup, nous n'avons pas non plus planifié de nous mettre à enregistrer illico. Il a fallu finir la tournée d’été 2005, et ensuite nous nous sommes dits « OK il est temps se mettre à la besogne ».

Che-Ro-Kee : Il n’y a donc jamais eu de perte d’envie, voire d’idée de split éventuel ?

Kerry King : Les tournées veulent aussi dire « On va beaucoup être sur le dos les uns des autres », donc dès que nous en finissions une, nous n'avions qu’une envie c’était de s’éparpiller un peu, chacun en liberté. Mais ça n’a jamais signifié de tensions dans le groupe ou de split imminent. Juste le ras-le-bol des bus et de l’avion. Nous voulions essayé de vivre normalement pour une fois.

Che-Ro-Kee : Vous étiez vraiment pressés de le sortir ce disque ou est-ce qu’en fait vous ne seriez pas aussi bien à jouer les classiques sans plus rien sortir en studio ?

Tom Araya : Ca marche un peu dans les deux sens. Ca l’attitude et l’attente des fans ont toujours été au rendez-vous sur toutes ces tournées que nous n’arrêtions pas d’enquiller. Mais à force on change quand même les set-lists et c’est vrai qu’avec la sortie de « Christ Illusion » ce sera un peu rafraîchissant pour nous et le public d’avoir de nouveaux trucs à se mettre sous la dent.

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Che-Ro-Kee : Vous avez toujours soutenu que quelle que soit la major avec laquelle Rick Rubin signerait pour distribuer son label American, vous le suivriez ?

Tom Araya : OK, voyons les choses de cette manière, il ne nous a jamais dit : « Non, les gars, c’est fini pour nous. Je ne vous veux plus sur mon label de toute manière ! » Mais sur Christ Illusion, il n’est pas venu une seule fois en studio. Il a l’air bien occupé avec Metallica (silence). De toutes façons, même avant, il se pointait toujours vers la dernière minute pour repasser tout en revue, voir ce que nous pouvions améliorer. En ce sens, il a imprimé sa marque sur chacun de nos disques. Il préfère attendre la fin et tout réécouter avant l’enregistrement pour être sur que les sessions ont bien collé, que le mix est bon. Donc, il n’interfère pas avec nous au moment de l’écriture ou du travail en cours. Il inspecte plutôt le résultat final. Les détails. Et il a le dernier mot.

Che-Ro-Kee : Il vous arrive de vous engueuler sur le son ou d’autres choses ?

Kerry King : S’engueuler ? Mais nous ne le voyons jamais et nous ne lui parlons pas non plus. On aurait bien du mal à s’engueuler ! Je crois que sur God Hates Us All, il n’était pas non plus venu en studio. On ne l’avait vu que pour la fête de lancement de l’album, à Montréal je crois. Est-ce qu’il était vraiment là d’ailleurs…

Dave Lombardo : (se réveillant subitement) Et, est-ce qu’il va y en avoir une cette fois de fête de lancement ?

Jeff Hanneman : Nous pouvons déjà célébrer les vingt ans de Reign In Blood, « bon album, n’est ce pas ? » (rires) Nous allons nous y mettre dès ce soir à coups de cacahuètes et de bons gros cookies comme ceux dont on se goinfre en ce moment. Ca m’a l’air cool comme perspective.

Che-Ro-Kee : Vous rigolez comme des bossus depuis le début de l’interview, pourtant vu de l’extérieur, sur vos photos, les pochettes, on n’irait pas forcément accoler Slayer et grosse déconne. On ne pense pas à vous comme à un groupe mettant l’humour très en avant ? Aussi, auriez-vous pu envisager d’avoir une image plus fun comme Anthrax et son look et ses morceaux un peu « joke », entre leurs plans rap-metal et la reprise des Pistols avec leurs roadies aux chœurs.

Dave Lombardo : J’ai du biscuit concernant Anthrax, enfin plutôt Stormtroopers Of Death dont faisait partie Scott Ian. Ils ont écrit un morceau sur nous, appelé « Douche Crew » (ndlr : équipe de poseurs) où ils prétendaient se foutre de notre gueule. Ca fait "why do you play so fast to be cool. Do you think it will last…"

Kerry King : (l’interrompant) J’ai entendu ce truc il y a des siècles. Ou plutôt, les paroles du morceau m’avaient été rapportées par quelqu’un.

Tom Araya : (narquois) Il me semble bien qu’ils font partie de la « douche crew » eux aussi car pour ce qui est de jouer rapide ils se posent un peu là !

Kerry King : Ce que tu veux savoir en fait, c’est ce que je pense de leur union passée avec Public Enemy et tout le binz. Et bien le truc, c’est qu’Anthrax est devenu une excellente parodie de lui-même. Ce groupe n’a besoin de personne pour se foutre de lui, il y arrive très bien tout seul et c’est pour cela que plus personne n’a rien à foutre d’eux à présent. Au départ tu as une certaine image, des valeurs associées au nom de ton groupe, tu inspires même les guitaristes en herbe. Mais soyons sérieux, quand tu les vois, peux-tu sérieusement envisager qu’un kid avec sa gratte ait envie de ressembler à ce putain de Dan Spitz d’Anthrax !

Dave Lombardo : Et leur chanteur qui portait cette putain de coiffe indienne pleine de plumes en scène.

Che-Ro-Kee : Revenons à Cult un instant, de quoi parle le morceau au juste ?

Tom Araya : Cult parle de… Attends, je me concentre pour trouver une explication différente pour que toi et ton collègue (ndlr : Renaud de Hard ’n Heavy), n’ayez pas les mêmes réponses au mot près (rires). Donc grosso modo, il s’agit de mon interprétation de la religion en elle-même comme étant la chose la plus vénérée sur terre.

Che-Ro-Kee : Dis donc, même plus que le foot !

Kerry King : (d’un débit bien haché) Le foot pue du cul, bande d’enfoirés d’européens. (il explose de rire) Ils vont tous me détester là-bas maintenant ! Pour le foot, il faut voir avec Jeff, c’est lui le docteur balloches (éclats de rire).

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Jeff Hanneman : Oui, il n’y a que moi qui suive un peu les matchs. J’aime la Suède ou l’Allemagne, mais on ne peut pas non plus dire que je sois un assidu. Mais j’aime bien voir un match en passant. (sur ce tout le monde se met finalement à parler foot, tachant de s’y retrouver dans le calendrier de la Coupe du Monde, Kerry finissant par se prononcer pour une victoire de la France, histoire de racheter sa précédente sortie)

Che-Ro-Kee : On entend une voix à la fin de « Jihad » récitant une sorte de discours juste avant que tu ne brailles « Satan », je me demandais si ce n’était pas Bush qui parlait plutôt que toi.

Tom Araya : (tous morts de rire) George W. Bush, non ! C’est moi en fait qui répète des lignes que récitaient Mohamed Atta et ses sbires, le 11 septembre. Elles sont extraites d’un manuel de terrorisme retrouvé dans une valise à l’intérieur de l’avion qu’il commandait. J’avais trouvé ça fort en l’entendant la première fois, et je m’étais mis à noter quelques lignes du discours pour m’en servir après.

Che-Ro-Kee : Vous avez aussi déclaré que le 6/6/6 serait la « fête nationale de Slayer ». Qu’avez-vous fait de spécial en ce beau 6 juin 2006 ?

Tom Araya : J’ai juste écouté du Slayer toute la matinée avant de tondre la pelouse l’après midi. Il fallait que j’écoute mon propre groupe, vu que cette fête nationale n’arrivera qu’une seule fois dans toute l’éternité. Et d’ailleurs ce sont des fans du groupe qui ont eu l’idée de cette « journée Slayer », pas nous. Mais c’est une bonne idée.

Che-Ro-Kee : C’est bien, je vois que ta musique t’inspire, mais sérieux, ce n’était pas l’occasion de faire un truc un peu spécial, un gig secret pour les fans ?

Tom Araya : Oh, on aurait du jouer oui, même lancer la tournée ce soir là, mais comme à ce moment là, je n’avais pas encore récupéré de mon opération à la vésicule biliaire (le 5 mai et six semaines de repos à suivre), toutes les dates ont du être repoussées.

Che-Ro-Kee : Terminons sur votre nom Slayer qui veut dire « tueur » mais ne me semble guère employé en anglais. Contrairement à « kill » que l’on met à toutes les sauces…

Tom Araya : Si, c’est un terme très utilisé, surtout dans les journaux, quoique c’est vrai qu’on emploie plus le verbe slay que le terme slayer. C’est plus littéraire que killer. Quant à slain, on le voit tout le temps puisque ce mot désigne les morts tombés au chant d’honneur.

Jeff Hanneman : Le terme « slayer » était en fait très employé pendant les années 20, 30 et 40, durant la prohibition, la guerre des gangs… Chaque fois qu’un nouveau tueur apparaissait, c’était « le tueur des quartiers sud ».

Che-Ro-Kee : Une petite colle pour finir. Vous savez qu’Head, le guitariste de Korn est subitement devenu chrétien.

Kerry King : Voilà qui est marrant.

Che-Ro-Kee : Songeons un instant que ce dramatique incident se reproduise chez Slayer. Comment réagiraient les trois autres, si mettons Kerry se convertissait subitement au catholicisme et venait vous voir en disant « j’ai trouvé Jésus, vous aussi vous devriez le chercher ! » ?

Tom Araya : Je commencerais par lui demander où est ce qu’il a été traîner pour le trouver (rires).

Kerry King : Avec un tel changement de vie et surtout de style de vie et de pensée je ne vois pas trop comment le « nouveau converti » pourrait supporter la vie au sein de ce groupe (une pause). Je pense surtout que certains musiciens ont parfois du mal à avancer, à se renouveller ; alors pour faire parler d’eux, ils se servent de la religion. Crient partout qu’ils se sont convertis comme Dave Mustaine. Pourtant, c’est bizarre, même depuis il est toujours aussi con. Et il a même saqué Deicide de l’affiche de sa tournée parce qu’ils étaient satanistes. C’est marrant parce qu’il nous a plus ou moins approchés pour tourner ensemble au moment où on mettait sur pied cette tournée « Alliance ». il faut croire que nos textes sataniques à nous, ça ne le dérangeait pas…

Che-Ro-Kee : J’imagine que ça doit dépendre du nombre de ventes. On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu. Aussi, si tu as des textes sataniques mais que tu vends des milliers de disques comme vous le faites, ça va.

Dave Lombardo : Et il paraît que ce naze vire même de sa loge tous ceux qui s’en approchent une bière à la main. Comme il arrêté de boire, c’est régime sec pour tout le monde sur ses tournées, dans le tour bus… Si Dave Mustaine arrête de boire, tout le monde doit arrêter. Plus de picole, plus d’orgie de cookies, même plus le droit de péter.

Jeff Hanneman : Ca me rappelle cette affiche qu’on avait accrochée dans le tour bus dans le temps et qui disait « Attention : zone de pets ! »

Ils sont morts de rire, la bande s’arrête et l’attachée de presse se pointe dans mon radar. Fin de l’interview. Non sans que Dave ne chipe le tout nouveau promo CD ingravable du groupe et que Tom ne se confectionne une solide assiette de cookies histoire de ne pas tomber d’inanition entre la suite presse et sa chambre.

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