A
nous de ne pas flancher à présent devant les dégaines
patibulaires (mais presque) de King et de Hanneman. Lombardo,
tête de chat sauvage tout mince et Araya, tout en rondeurs
joviales étant comme à l’accoutumée d’un abord plus facile
et d’un commerce agréable. Et surtout, sans lunettes de
soleil vissées sur le nez ce qui facilite l’approche !
Enfin, accéder au Saint-Graal du thrash metal se mérite. On fera
donc avec les lunettes. Et pour détendre un peu l’atmosphère,
on jure qu’on ne l’a pas fait exprès mais pile au moment où
le groupe rentre dans la pièce alors que l’on achève d’écouter
Christ Illusion le nouvel album (cliquez ici pour lire la
chronique), nous voilà pris d’un
saignement de nez infernal… et assez impressionnant à voir du
dehors. On n’est pas plus inquiet que ça, les grosses fatigues
du style décalage horaire couplées à la chaleur facilitent chez
nous les chutes du Niagara version rubis rouge. Le groupe
cependant n’a jamais du voir un journaleux saigner du nez comme
ça sur commande à leur entrée. Eh les gars, c’est jamais que
du sang, n’allez pas tourner de l’œil non plus !
« C’est en hommage à votre morceau Raining Blood ! »
qu’on leur fait taquin, entre deux kleenex. La glace est rompue,
on peut y aller. Tellement rompue d’ailleurs que le groupe
n’arrêtera pas de plaisanter, se vannant l’un l’autre
durant les trois-quarts d’heure d’interview. Ce qui fait que l’on aura
parfois un peu l’impression désagréable de ne pas pouvoir
aller au fond des choses, les musiciens noyant le poisson par une
vanne dès qu’on se fait trop insistant, entre deux rots bien
sonores et un dépeçage en règle du sac de cacahouètes et du
plateau de cookies mis à leur disposition. Heureusement Kerry
King n’a pas perdu sa fameuse langue de pute et saura ça et là
en faire bon usage pour vous embarquer vers de nouvelles
controverses -amis d’Anthrax et de Megadeth, passez votre
chemin-. Messieurs quand vous voulez…
Che-Ro-Kee
: Alors comment se passe cette première partie de tournée,
apparemment vous faites encore quelques pains à ce que je viens
d’entendre ?
Tom
Araya (chant+basse) : Qui, nous ? Oh, non, on n’a
jamais rien dit de tel.
Kerry King
(guitare) : Tu devais être en train de parler à un
autre groupe (éclats de rire généraux). Mais trève de
plaisanteries, ça se passe plutôt bien et si pour l’instant on
ne joue que Cult, pour l’Europe on proposera sûrement quatre
extraits de Christ Illusion.
Che-Ro-Kee
: Jouerez-vous comme une vraie tête d’affiche ou serez
vous en configuration festival soit soixante-quinze minutes de
show ?
Tom
Araya
: En fait ici, nous jouons soixante-dix minutes.
Dave Lombardo
(batterie) : Sérieux, moi je veux jouer une heure et
demie !
Jeff
Hanneman (guitare) : Oui, mais alors là, on a encore une
bonne marge de progression, va falloir s’entraîner grave (rires).
Kerry King
(guitare)
: En fait, comme c’est plus ou moins le même package
de groupes qu’aux USA, on devra se contenter de soixante-dix
minutes aussi il me semble.
Che-Ro-Kee
: Mais ça peut être comme à la Coupe du Monde,
commencer calme, sans forcer et monter en gamme après quelques
matches. Là vous seriez carrés sur le répertoire et pourriez
jouer plus sans soucis ?
Kerry King
: Le truc, c’est que nous sommes soumis à des contrats
que nous signons avant la tournée et qui nous imposent de passer
tant de temps sur scène. En l’occurrence, je crois que ce sera
donc soixante-dix, soixante-quinze minutes, grand maximum !
Che-Ro-Kee
: Et ce concept « Unholy Alliance» que vous montez
pour la seconde fois, n’est-ce pas un peu le successeur façon
XXIe siècle du Clash Of Titans d’il y a quinze ans ?
Tom
Araya
: (rires à l’unisson, ndlr : d’une manière
générale, Slayer rit beaucoup en interview…) Héhé, peut
être oui.
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Che-Ro-Kee
: En plus, ce coup-ci, c’est vous les patrons, pas
d’embrouilles avec Megadeth et compagnie…
Dave Lombardo :
Mais nous avons toujours été les patrons. Pas d’autre boss que
Slayer et nous ne tournons dorénavant plus qu’avec des groupes
qui nous conviennent. On évite de se retrouver avec des plans à
la Dave Mustaine si possible.
Jeff
Hanneman
: Et on ne prend que de jeunes groupes, élevés au son
de Slayer.
Kerry King
: Nous voulons des groupes qui veulent dire quelque chose et
pour nous et pour le public. Et si possible c’est bien qu’ils
amènent eux-mêmes une partie du public (rires). De plus
sur cette affiche, j’avais déjà vu quasi tout le monde à l’œuvre
en live. Je continue à voir plein de concerts que ce soit à
Anaheim ou à L.A. Des groupes que je veux voir, ou des potes
d’autres groupes qui viennent jouer en ville. C’est en sortant
souvent que j’ai découvert Children Of Bodom que j’ai ensuite
vraiment voulu avoir à l’affiche du « Alliance ».
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Che-Ro-Kee
: Ok, passons au nouvel album, « Christ Illusion »
que l’on a entendu un peu vite fait mais qui me semble le plus
abouti depuis « Seasons In The Abyss » en 90. Le
morceau d’ouverture « Flesh Storm » est une tuerie.
D’une puissance un peu comme si ta tête n’en finissait plus
de se faire défoncer à coups de marteaux…
Kerry King
: Voilà qui est parfait, c’est ce genre de remarques
que je voulais entendre avec ce genre de morceaux !
Che-Ro-Kee
: L’album est-il encore en chantier puisque déjà, on
peut entendre dessus deux versions de Flesh Storm et qu’en outre
l’an passé cous confiez avoir quinze morceaux finalisés ?
Kerry King
: Pour Flesh Storm, c’est juste une erreur, il n’y
aura qu’une seule version de retenue. Et c’est vrai qu’il
nous reste un morceau prêt à sortir, où manque juste la voix de
Tom. Moi, j’en ai laissé un de côté car le riff ressemblait
trop à celui d’un autre morceau sorti dans l’intervalle. Mais
en fait, l’idée c’est de sortir tout cela plus tard dans
l’année, sous une forme un peu spéciale, le compteur de Christ
Illusion restant lui bloqué sur ses dix morceaux actuels. Trois
que j’ai écrits et sept de Jeff. Nous ne sommes pas le genre de
groupe à avoir du stock. Le peu que nous avions d’inédits est
sorti sur le coffret « Soundtrack For The Apocalypse »
en 2004.
Tom
Araya
: Moi j’ai écrit quelques textes comme d’hab, ce qui
tombe bien puisque j’ai toujours préféré les textes à la
musique, chose que les deux autres font bien mieux que moi.
Dave Lombardo
: Moi aussi j’ai écrit des trucs, mais ils n’en ont
pas voulu pour le disque (ndlr : pauvre petit caliméro).
Che-Ro-Kee
: J’espère que vous lui ferez honneur live, car les
trois précédents ont toujours été réduits à la portion
congrue : un ou deux titres joués et basta ! Vous
n’en étiez pas fiers à 100% ou quoi ?
Kerry King
: Le truc aussi, c’est que nous n'avons encore rien répété
avec Dave concernant tous nos albums des 90’s. Il me semble
qu’il ne connaît que Stain Of Mind. Et pour le dernier God Send
Death et Disciple. En plus, chaque fois que nous nous remettons à
tourner, il faut se pencher sur la set list et nous ne voulons pas
de morceaux que les gens n’aient jamais vraiment entendu
auparavant. D’obscurs titres de fond d’album. Mais nous aimerions
en jouer plus du nouveau cette fois-ci.
Che-Ro-Kee
: A propos du titre à présent : « Christ
Illusion ». Vous voulez dire par là que la religion n’est
qu’une sorte d’opium pour les masses ?
Kerry King
: C’est probablement une des différentes manières de
le définir. Oui, quelque chose comme ça. En fait, Tom a repéré
une ligne que j’ai écrite sur le morceau Cult (ndlr :
revelation, revolution, I see through your christ illusion)
nous l’a suggéré et voilà, la formule s’est retrouvée en
titre de notre album… Je n’aimais pas cette formule moi (rires).
Che-Ro-Kee
: Au fait, pourquoi Christ Illusion plutôt qu’Allah
Illusion ou Bouddha ou que sais-je encore ?
Tom
Araya
: Certes c’est Kerry qui a écrit le morceau mais pour
moi, l’image du Christ à elle seule suffit à représenter la
religion dans son ensemble. Et ce titre me semble avoir valeur de
commentaire social sur ce qui se passe autour de l’Eglise
catholique en ce moment. Mas peu importe qu’il s’agisse du
Christ en couverture, c’est plus une image. Car de toutes façons,
toutes les religions ont une figure, une icône similaire à celle
du Christ. Pour les musulmans c’est Mahomet mais c’est pareil.
Donc quand je vois tout ce qui se passe autour des scandales de prêtres
pédophiles révélés seulement des années après, quand ces
types ont eu tout le temps de faire le mal autour d’eux, protégés
par leur hiérarchie, je ne peux que me dire que les croyants se
bercent d’illusions. Et ça en faisait donc un bon sujet à
commentaires pour nous.
Che-Ro-Kee
: En plus, en intitulant l’album « Christ
Illusion » plutôt que « Mahomet Illusion »,
vous aurez certainement moins de fil à retordre avec certains
fanatiques ?
Tom
Araya
: Ouais, ça va nous permettre d’éviter les bombes.
D’éviter de se prendre la bombe d’un kamikaze, candidat au
martyre (rires généraux). Légalisez l’illusion !
Che-Ro-Kee
: Il y aussi ce morceau « Jihad » qui va
encore faire couler de l’encre...
Kerry King
: Il va nous permettre de rallier les musulmans à notre
cause (rires bien gras).
Jeff
Hanneman
: En fait, au départ c’est un morceau sur le 11
septembre. Mais puisqu’il s’agit de Slayer, c’est forcément
le point de vue du méchant. La perspective terroriste en
opposition à l’analyse que pourrait en faire une victime. Mais
ce n’est un point de vue individuel, je ne mets pas dans la peau
de l’un des kamikazes des avions du 11/09. C’est plutôt l’état
d’esprit de tout un ensemble de gens.
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Che-Ro-Kee
: Donc, il n’y a pas d’attaques personnelles ou
directes sur les musulmans en tant que tels, style « je
hais les musulmans ! » ? Comme on n’a pas eu les
paroles... Avec ce genre de sujet, mieux vaut savoir où on met
les pieds.
Jeff
Hanneman
: Non, non il n’y a rien de tel. C’est vraiment sur
ce que je pense qui a pu se passer ce jour là. Et sur ce qui a
aussi pu passer par la tête des terroristes. Sans opinions
personnelles. Mais ça s’est très mal passé, donc j’ai
écrit un truc méchant. Je ne me suis jamais dit, « hum
voilà un bon sujet bien controversé », on va encore s’en
prendre plein la tête. Chouette !
Tom
Araya :
Je pense qu’en tant que journalistes vous accordez beaucoup trop
d’importance aux paroles de ce titre et que vous le
sur-analysez. Pas que toi, hein, tous ! Car tout le monde
nous parle de ce morceau en long et en large.
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Che-Ro-Kee
: C’est possible qu’on soit enclins à toujours
vouloir lire entre les lignes. En même temps, c’est un peu pour
ça qu’on est payés !
Tom
Araya
: C’est juste une chanson écrite du point de vue
d’un terroriste car écrire « Jihad » de cette manière
offrait un angle d’attaque originale et intéressant. Et c’est
la raison de son choix. Nous ne l’avons écrite que dans cette
optique, et nous nous sommes dits qu’ensuite les journalistes
lanceraient une belle controverse pour nous (re-poilade
d’enfer).
Che-Ro-Kee
: OK. Mais puisqu’on en parle, ne pensez vous pas que
d’écrire des paroles aussi extrêmes ne vous a pas empêchés
de gagner en notoriété ? C’est comme si vous vous étiez
heurtés à un plafond de verre à un moment, vous empêchant de
gagner de nouveaux fans, par exemple du fait que vous ne passiez
jamais en radio…
Jeff
Hanneman
: C’est probablement ce qui s’est passé, en partie
du moins… (pause, il s’étrangle avec une cacahouète
tandis que les autres s’esclaffent) mais je ne changerais
rien à notre parcours s’il fallait recommencer. Voilà ce que
je voulais dire à ce sujet.
Kerry King
: Voilà pourquoi Jeff ne donne pas d’interviews,
d’habitude, parce qu’il s’étrangle avec ses trop grosses
gorgées de bière.
Che-Ro-Kee
: Question habituelle : pourquoi vous être fourré
dans cette sorte de plan quinquennal entre « God Hates Us All »
et « Christ Illusion » ?
Kerry King
: Il semble que tous les niveaux possibles soient impliqués
dans ce retard. Pour différentes raisons. Mais nous avons eu bien
plus de demandes pour tourner que ce que nous avions envisagé.
Des soucis de distribution de notre catalogue par des changements
à la tête du groupe. Des retards sur le mix. Bref, nous avions
une démo que nous traînions depuis deux ans avec neuf chansons
tout à fait potables dessus.
Che-Ro-Kee
: Il y a un an, c’était quasi prêt pourtant selon vos
dires ?
Kerry King
: Ca l’était, mais à ce moment là on pensait que
Rick Rubin allait le produire fissa. Et il ne s’est pas vraiment
manifesté... Jusqu’au moment où il nous a dit qu’il ne le
produirait pas mais qu’il ferait un travail de pré-production,
d’où re-attente. Et voilà.
Tom
Araya
: Mais honnêtement nous ne nous sommes pas retrouvés
avec cinq ans de vide discographique par choix, nous espérons éviter
de refaire la même chose pour le prochain disque.
Jeff
Hanneman
: Il nous a fallu en plus passer par des phases de tournées
intensives. Nous n'avons pas arrêté jusqu’en décembre 2004.
Ensuite nous avons remis ça avec six semaines en Europe l’été
dernier et au retour nous étions un peu lessivés, nous n’avions
pas prévu un schéma de tournée si intensif. Du coup, nous
n'avons pas non plus planifié de nous mettre à enregistrer
illico. Il a fallu finir la tournée d’été 2005, et ensuite
nous nous sommes dits « OK il est temps se mettre à la
besogne ».
Che-Ro-Kee
: Il n’y a donc jamais eu de perte d’envie, voire
d’idée de split éventuel ?
Kerry King
: Les tournées veulent aussi dire « On va
beaucoup être sur le dos les uns des autres », donc dès
que nous en finissions une, nous n'avions qu’une envie c’était
de s’éparpiller un peu, chacun en liberté. Mais ça n’a
jamais signifié de tensions dans le groupe ou de split imminent.
Juste le ras-le-bol des bus et de l’avion. Nous voulions essayé
de vivre normalement pour une fois.
Che-Ro-Kee
: Vous étiez vraiment pressés de le sortir ce disque ou
est-ce qu’en fait vous ne seriez pas aussi bien à jouer les
classiques sans plus rien sortir en studio ?
Tom
Araya
: Ca marche un peu dans les deux sens. Ca l’attitude et
l’attente des fans ont toujours été au rendez-vous sur toutes
ces tournées que nous n’arrêtions pas d’enquiller. Mais à
force on change quand même les set-lists et c’est vrai
qu’avec la sortie de « Christ Illusion » ce sera un
peu rafraîchissant pour nous et le public d’avoir de nouveaux
trucs à se mettre sous la dent.
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Che-Ro-Kee
: Vous avez toujours soutenu que quelle que soit la major
avec laquelle Rick Rubin signerait pour distribuer son label
American, vous le suivriez ?
Tom
Araya
: OK, voyons les choses de cette manière, il ne nous a
jamais dit : « Non, les gars, c’est fini pour
nous. Je ne vous veux plus sur mon label de toute manière ! »
Mais sur Christ Illusion, il n’est pas venu une seule fois en
studio. Il a l’air bien occupé avec Metallica (silence).
De toutes façons, même avant, il se pointait toujours vers la
dernière minute pour repasser tout en revue, voir ce que nous
pouvions améliorer. En ce sens, il a imprimé sa marque sur
chacun de nos disques. Il préfère attendre la fin et tout réécouter
avant l’enregistrement pour être sur que les sessions ont bien
collé, que le mix est bon. Donc, il n’interfère pas avec nous
au moment de l’écriture ou du travail en cours. Il inspecte
plutôt le résultat final. Les détails. Et il a le dernier mot.
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Che-Ro-Kee
: Il vous arrive de vous engueuler sur le son ou
d’autres choses ?
Kerry King
: S’engueuler ? Mais nous ne le voyons jamais et
nous ne lui parlons pas non plus. On aurait bien du mal à
s’engueuler ! Je crois que sur God Hates Us All, il n’était
pas non plus venu en studio. On ne l’avait vu que pour la fête
de lancement de l’album, à Montréal je crois. Est-ce qu’il
était vraiment là d’ailleurs…
Dave Lombardo
: (se réveillant subitement) Et, est-ce qu’il
va y en avoir une cette fois de fête de lancement ?
Jeff
Hanneman
: Nous pouvons déjà célébrer les vingt ans de Reign In
Blood, « bon album, n’est ce pas ? » (rires)
Nous allons nous y mettre dès ce soir à coups de cacahuètes et
de bons gros cookies comme ceux dont on se goinfre en ce moment.
Ca m’a l’air cool comme perspective.
Che-Ro-Kee
: Vous rigolez comme des bossus depuis le début de
l’interview, pourtant vu de l’extérieur, sur vos photos, les
pochettes, on n’irait pas forcément accoler Slayer et grosse déconne.
On ne pense pas à vous comme à un groupe mettant l’humour très
en avant ? Aussi, auriez-vous pu envisager d’avoir une
image plus fun comme Anthrax et son look et ses morceaux un peu
« joke », entre leurs plans rap-metal et la reprise
des Pistols avec leurs roadies aux chœurs.
Dave Lombardo
: J’ai du biscuit concernant Anthrax, enfin plutôt
Stormtroopers Of Death dont faisait partie Scott Ian. Ils ont écrit
un morceau sur nous, appelé « Douche Crew » (ndlr :
équipe de poseurs) où ils prétendaient se foutre de notre
gueule. Ca fait "why do you play so fast to be cool. Do
you think it will last…"
Kerry King
: (l’interrompant) J’ai entendu ce truc il y a
des siècles. Ou plutôt, les paroles du morceau m’avaient été
rapportées par quelqu’un.
Tom
Araya
: (narquois) Il me semble bien qu’ils font
partie de la « douche crew » eux aussi car pour ce qui
est de jouer rapide ils se posent un peu là !
Kerry King
: Ce que tu veux savoir en fait, c’est ce que je pense
de leur union passée avec Public Enemy et tout le binz. Et bien
le truc, c’est qu’Anthrax est devenu une excellente parodie de
lui-même. Ce groupe n’a besoin de personne pour se foutre de
lui, il y arrive très bien tout seul et c’est pour cela que
plus personne n’a rien à foutre d’eux à présent. Au départ
tu as une certaine image, des valeurs associées au nom de ton
groupe, tu inspires même les guitaristes en herbe. Mais soyons sérieux,
quand tu les vois, peux-tu sérieusement envisager qu’un kid
avec sa gratte ait envie de ressembler à ce putain de Dan Spitz
d’Anthrax !
Dave Lombardo
: Et leur chanteur qui portait cette putain de coiffe
indienne pleine de plumes en scène.
Che-Ro-Kee
: Revenons à Cult un instant, de quoi parle le morceau
au juste ?
Tom
Araya
: Cult parle de… Attends, je me concentre pour trouver
une explication différente pour que toi et ton collègue (ndlr :
Renaud de Hard ’n Heavy), n’ayez pas les mêmes réponses
au mot près (rires). Donc grosso modo, il s’agit de mon
interprétation de la religion en elle-même comme étant la chose
la plus vénérée sur terre.
Che-Ro-Kee
: Dis donc, même plus que le foot !
Kerry King
: (d’un débit bien haché) Le foot pue du cul,
bande d’enfoirés d’européens. (il explose de rire) Ils
vont tous me détester là-bas maintenant ! Pour le foot, il
faut voir avec Jeff, c’est lui le docteur balloches (éclats
de rire).
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Jeff
Hanneman
: Oui, il n’y a que moi qui suive un peu les matchs.
J’aime la Suède ou l’Allemagne, mais on ne peut pas non plus
dire que je sois un assidu. Mais j’aime bien voir un match en
passant. (sur ce tout le monde se met finalement à parler
foot, tachant de s’y retrouver dans le calendrier de la Coupe du
Monde, Kerry finissant par se prononcer pour une victoire de la
France, histoire de racheter sa précédente sortie)
Che-Ro-Kee
: On entend une voix à la fin de « Jihad » récitant
une sorte de discours juste avant que tu ne brailles « Satan »,
je me demandais si ce n’était pas Bush qui parlait plutôt que
toi.
Tom
Araya
: (tous morts de rire) George W. Bush, non !
C’est moi en fait qui répète des lignes que récitaient
Mohamed Atta et ses sbires, le 11 septembre. Elles sont extraites
d’un manuel de terrorisme retrouvé dans une valise à l’intérieur
de l’avion qu’il commandait. J’avais trouvé ça fort en
l’entendant la première fois, et je m’étais mis à noter
quelques lignes du discours pour m’en servir après.
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Che-Ro-Kee
: Vous avez aussi déclaré que le 6/6/6 serait la
« fête nationale de Slayer ». Qu’avez-vous fait de
spécial en ce beau 6 juin 2006 ?
Tom
Araya
: J’ai juste écouté du Slayer toute la matinée avant
de tondre la pelouse l’après midi. Il fallait que j’écoute
mon propre groupe, vu que cette fête nationale n’arrivera
qu’une seule fois dans toute l’éternité. Et d’ailleurs ce
sont des fans du groupe qui ont eu l’idée de cette
« journée Slayer », pas nous. Mais c’est une bonne
idée.
Che-Ro-Kee
: C’est bien, je vois que ta musique t’inspire, mais
sérieux, ce n’était pas l’occasion de faire un truc un peu
spécial, un gig secret pour les fans ?
Tom
Araya
: Oh, on aurait du jouer oui, même lancer la tournée ce
soir là, mais comme à ce moment là, je n’avais pas encore
récupéré de mon opération à la vésicule biliaire (le 5 mai
et six semaines de repos à suivre), toutes les dates ont du être
repoussées.
Che-Ro-Kee
: Terminons sur votre nom Slayer qui veut dire « tueur »
mais ne me semble guère employé en anglais. Contrairement à
« kill » que l’on met à toutes les sauces…
Tom
Araya
: Si, c’est un terme très utilisé, surtout dans les
journaux, quoique c’est vrai qu’on emploie plus le verbe slay
que le terme slayer. C’est plus littéraire que killer.
Quant à slain, on le voit tout le temps puisque ce mot désigne
les morts tombés au chant d’honneur.
Jeff
Hanneman
: Le terme « slayer » était en fait très
employé pendant les années 20, 30 et 40, durant la prohibition,
la guerre des gangs… Chaque fois qu’un nouveau tueur
apparaissait, c’était « le tueur des quartiers sud ».
Che-Ro-Kee
: Une petite colle pour finir. Vous savez qu’Head, le
guitariste de Korn est subitement devenu chrétien.
Kerry King
: Voilà qui est marrant.
Che-Ro-Kee
: Songeons un instant que ce dramatique incident se
reproduise chez Slayer. Comment réagiraient les trois autres, si
mettons Kerry se convertissait subitement au catholicisme et
venait vous voir en disant « j’ai trouvé Jésus, vous
aussi vous devriez le chercher ! » ?
Tom
Araya
: Je commencerais par lui demander où est ce qu’il a
été traîner pour le trouver (rires).
Kerry King
: Avec un tel changement de vie et surtout de style de
vie et de pensée je ne vois pas trop comment le « nouveau
converti » pourrait supporter la vie au sein de ce groupe (une
pause). Je pense surtout que certains musiciens ont parfois du
mal à avancer, à se renouveller ; alors pour faire parler
d’eux, ils se servent de la religion. Crient partout qu’ils se
sont convertis comme Dave Mustaine. Pourtant, c’est bizarre, même
depuis il est toujours aussi con. Et il a même saqué Deicide de
l’affiche de sa tournée parce qu’ils étaient satanistes.
C’est marrant parce qu’il nous a plus ou moins approchés pour
tourner ensemble au moment où on mettait sur pied cette tournée
« Alliance ». il faut croire que nos textes sataniques
à nous, ça ne le dérangeait pas…
Che-Ro-Kee
: J’imagine que ça doit dépendre du nombre de ventes.
On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu. Aussi, si tu as
des textes sataniques mais que tu vends des milliers de disques
comme vous le faites, ça va.
Dave Lombardo
: Et il paraît que ce naze vire même de sa loge tous
ceux qui s’en approchent une bière à la main. Comme il arrêté
de boire, c’est régime sec pour tout le monde sur ses tournées,
dans le tour bus… Si Dave Mustaine arrête de boire, tout le
monde doit arrêter. Plus de picole, plus d’orgie de cookies, même
plus le droit de péter.
Jeff
Hanneman
: Ca me rappelle cette affiche qu’on avait accrochée
dans le tour bus dans le temps et qui disait « Attention :
zone de pets ! »
Ils
sont morts de rire, la bande s’arrête et l’attachée de
presse se pointe dans mon radar. Fin de l’interview. Non sans
que Dave ne chipe le tout nouveau promo CD ingravable du groupe et
que Tom ne se confectionne une solide assiette de cookies histoire
de ne pas tomber d’inanition entre la suite presse et sa
chambre.
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