Cosmic Camel Clash
: Pour commencer, tu m'as confié plus tôt dans la
journée être très impatient de voir Soulfly en live pour la
première fois aujourd'hui. Le concert est fini, qu'en as-tu pensé?
Andre
Matos (chant) : Je suis profondément impressionné. Je ne
peux pas vraiment te dire si c'est bon ou mauvais, c'est juste
puissant. C'est une énergie très étrange qui se dégage de la
scène. Je pense que Max est un homme très spécial, avec une
aura unique. L'énergie qu'il dégage est assez sombre, très
lourde, et je pense qu'elle peut être bonne pour certaines
personnes, être ce dont on a besoin à un moment donné… Mais
j'ai l'impression qu'elle peut aussi te déprimer très fortement
à cause de ce côté massif et dense. Il faut avoir un estomac très
solide pour l'encaisser!
Cosmic Camel Clash
: En effet, nous t'avons toujours connu comme un
musicien officiant dans le métal très mélodique. Comment considères-tu
la frange plus dure de la scène?
Andre
Matos : J'aime bien! J'aime vraiment écouter des types de
musique très différents qui ensuite m'inspirent quand je compose
ma propre musique. Dans le black j'aime beaucoup Dimmu Borgir,
Cradle Of Filth (depuis les premiers albums), et Emperor est un très
bon groupe. Le death est quelque chose de plus spécial mais il y
a aussi de bons groupes comme les brésiliens de Krisiun que
j'apprécie beaucoup. Et évidemment il y a le thrash… J'aime
beaucoup cette nouvelle vague de thrash mélodique comme Soilwork
ou Nevermore. J'aime ce style, je le trouve très inventif et très
frais. Et j'aime aussi des trucs bizarres comme Rammstein, qui est
un de mes groupes préférés de tous les temps! Même si les gens
ne s'imaginent pas que je puisse écouter ce genre de musique,
j'aime beaucoup cette scène…
Cosmic Camel Clash
: Si on prend les groupes brésiliens majeurs actuels
comme Angra, Shaaman, Sepultura ou Soulfly, on s'aperçoit qu'ils
ont tous en commun de mettre cette identité brésilienne très en
avant dans leur musique. Pourquoi est-ce si important d'après
toi?
Andre
Matos : C'est une question d'identité. Les Brésiliens sont
des gens très musicaux à la base. A peine né tu sais déjà
jouer des percussions! Ca fait partie de notre culture et personne
ne peut vraiment y échapper : nous vivons avec de la musique dans
les oreilles en permanence. Il y a cette forme de groove, de swing
que seuls les Brésiliens possèdent dans ce genre de musique,
alors que d'autres cultures donneront aux gens la maîtrise
d'autres formes de musique. Et ça nous mène à ce que je voulais
évoquer… Pourquoi faire les choses comme ça? Parce que je
crois profondément que nous ne sommes pas capables de faire du métal
"traditionnel" aussi bien que les groupes européens!
Ils sont plus disciplinés du fait de leur culture. Vous avez
cette mentalité "martiale" qui provient de l'histoire
spécifique de l'Europe, et le métal est historiquement une réinterprétation
de la musique médiévale européenne. Je suis convaincu que les
groupes européens sont imbattables dans leur partie. Des groupes
comme Iron Maiden, Judas Priest ou même Helloween font ce qu'ils
font de la meilleure façon possible, en particulier parce qu'ils
sont très précis. C'est ça qui est impossible pour les Brésiliens,
car nous sommes un peu cinglés! Ca appartient à notre mentalité,
notre musicalité… Donc la seule façon de s'en sortir pour un
groupe brésilien est de ne pas essayer de copier les groupes
européens et de faire sa sauce à sa façon pour apporter quelque
chose de nouveau à la scène.
Cosmic Camel Clash
: Quelle est donc ton opinion sur Tuatha De Danaan,
groupe brésilien qui met en avant des éléments folkloriques
celtiques et non pas sud-américains dans sa musique? Leur démarche
a-t-elle du sens pour toi?
Andre
Matos : Oui, car si on regarde le marché brésilien ils
font quelque chose de très original. Pratiquement tous les
groupes brésiliens s'inscrivent dans le créneau
"ethnique" ouvert par Sepultura et Angra, et Tuatha De
Danaan a débarqué avec quelque chose de fondamentalement différent
de tout le reste. Si tu me demandes aujourd'hui quel est le groupe
brésilien le plus intéressant je te répondrai Tuatha De Danaan,
même si leurs racines brésiliennes ne sont pas clairement
perceptibles dans leur musique. Il est clair que leur passion de
la musique et de la culture celtique est sincère, ils la vivent
au quotidien.
Cosmic Camel Clash
: Bien, après ces considérations générales il est
temps de parler de toi! Peux-tu nous dire où en est Shaaman
aujourd'hui? Le groupe ne donne plus de nouvelles…
Andre
Matos : Shaaman est actuellement en break et chacun des
membres se consacre à ses projets solo. Nous avons travaillé
sans interruption durant sept ans, et il fallait nous arrêter
pour ne pas gâcher nos relations au sein du groupe. Pas que nous
soyons fâchés, mais nous avions atteint un point où les choses
ne fonctionnaient plus à 100%. Nous avons décidé ensemble de
faire une pause et de voir ce que le futur nous apporterait, si le
groupe allait se remonter ou non…
Cosmic Camel Clash
: Ce break pourrait donc être permanent?
Andre
Matos : Tout break peut être permanent! Quand ta copine te
dit "faisons un break", tu sais ce que ça veut dire…
Ca peut refonctionner ou pas. Personnellement j'ai un bon
sentiment par rapport à tout ce que nous avons fait ensemble. Je
pense que nous avons accompli notre "mission" si je puis
dire. Si nous devions refaire de la musique avec Shaaman il
faudrait que ce soit aussi bon que ce que nous avons fait
auparavant. Si ce n'est pas le cas, si nous ne sentons pas une
atmosphère propice à un nouveau travail en commun, alors il
vaudra mieux passer à autre chose. En tout cas je n'ai pas
vraiment envie de remonter à nouveau un groupe, je ne pense pas
que je me lancerais dans une quatrième formation. Il y a bien
d'autres façons de rester vivant musicalement et de continuer à
faire ce que je sais faire, et une chose est sûre c'est que je
promets que je ne vais pas m'arrêter là! Vous entendrez à
nouveau parler de moi bientôt!
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Cosmic Camel Clash
: Il y a donc un projet solo qui arrive…
Andre
Matos : Pour l'instant il existe surtout à l'état de
rumeur! Beaucoup de gens me posent des questions sur un album
solo, et pour être honnête je n'ai jamais fait de projet solo
avant, surtout en métal. Il y a bien eu le side-project Virgo
avec Sascha Paeth, mais il ne s'agissait pas vraiment de métal,
c'était plutôt orienté rock mainstream. Ca a été une bonne
expérience, et Virgo nous a appris beaucoup de choses dont
certaines ont été bénéfiques pour ma carrière : j'ai pu
développé d'autres aspects de ma personnalité, y compris
certains applicables dans le métal. Donc si un projet solo doit
voir le jour sous le nom André Matos ce sera forcément un disque
de métal, et il devra mélanger toutes les facettes que j'ai pu
dévoiler au cours de ma carrière.
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Cosmic Camel Clash
: Cela fait des aspects très différents les uns des
autres… Viper et Shaaman n'ont pas grand-chose à voir par
exemple! Comment tout mélanger?
Andre
Matos : Ca devrait se faire naturellement, car je pense que
ces différentes composantes sont encore en moi. J'adore le fait
que certaines personnes m'aient demandé de jouer du Viper en
concert, et j'ai beaucoup aimé rejoindre les membres de Viper sur
scène à quelques occasions… (à ce moment l'interview cesse
car un adolescent nous interrompt pour demander qui est André
mais ne le connaît pas de toutes façons. André discute
gentiment avec lui quelques minutes puis nous reprenons.)
Cosmic Camel Clash
: As-tu une idée des musiciens qui pourraient jouer
sur ce projet solo? Devons-nous nous attendre aux habitués tels
Sacha Paeth ou Tobias Sammett?
Andre
Matos : Rien n'est réellement fixé pour le moment, et je
dois d'abord travailler sur l'idée elle-même. Dans l'éventualité
de la sortie d'un projet solo je recruterais bien évidemment les
meilleurs musiciens possibles… Mais je n'engagerais pas des gens
situés aussi loin que ceux que tu évoques. J'aurais besoin d'une
base solide, des gens que j'aurais sous la main pour travailler régulièrement
comme un réel groupe. Cela signifie que je recruterai sûrement
les meilleurs musiciens disponibles au Brésil.
Cosmic Camel Clash
: On sait que quand tu as rejoint Viper tu n'as pas été
recruté pour ta voix mais à cause du fait que tu ressemblais à
Bruce Dickinson à l'époque. Quand as-tu donc pris conscience de
ton potentiel en tant que chanteur?
Andre
Matos : Quand Bruce Dickinson est venu me rejoindre sur scène
lors du concert d'Angra au Zénith! Je plaisante… Je lui ai dit
à cette occasion qu'il était mon influence principale et il y a
d'ailleurs cette anecdote amusante concernant notre âge…
Cosmic Camel Clash
: Oui, l'histoire des vingt-sept ans…
Andre
Matos : (rires) Ok, tu la connais déja! (ndCCC :
André a raconté à de multiples reprises à la presse que quand
il a pu voir Iron Maiden pour la première fois sur scène Bruce
avait vingt-sept ans, alors qu'il avait lui-même vingt-sept ans
quand ce dernier l'a rejoint sur scène au Zénith). Bref,
j'ai mis du temps à avoir réellement confiance en mes capacités
vocales. Je dirais que je n'ai été sûr de moi qu'à partir du
milieu de ma carrière. Je me posais toujours la question suivante
: suis-je seulement un clone de mes idoles? Il a fallu que je me
forge une identité vocale propre, ce qui est vraiment difficile.
Je ne saurais pas te dire quand et comment c'est arrivé mais
aujourd'hui je sais que j'ai mon propre style, ma propre voix. Si
quelqu'un écoute ma musique il dira tout de suite "c'est
André qui chante", et je pense que c'est le but ultime
à atteindre pour un chanteur. C'est plus important que d'être
techniquement bon ou mauvais, le principal est de se créer une
identité forte, c'est ce après quoi tout le monde court. Je suis
donc vraiment heureux aujourd'hui d'y être parvenu après toutes
ces années, et de ne plus être considéré simplement comme un
clone de Bruce Dickinson ou Rob Halford.
Cosmic Camel Clash
: En parlant de Rob Halford, tu as surpris tout le
monde à l'époque de l'EP d'Angra Freedom Call en dévoilant ton
chant agressif sur la reprise de Painkiller. Pourquoi n'as-tu
jamais utilisé cet aspect de ta voix dans Angra alors même que
tu l'as fait ensuite dans Shaaman?
Andre
Matos : Ca vient du son du groupe. Quand nous jouions
Painkiller avec Angra, le groupe sonnait automatiquement plus
heavy et le chant se devait de suivre cette orientation. Ce type
de chant ne fonctionnerait pas sur Carolina IV! Angra était un
groupe très technique et ne sonnait pas tellement heavy donc le
chant agressif ne pouvait pas coller. Painkiller était la toute
première fois car la musique le demandait, et avec Shaaman
l'histoire est différente car l'orientation musicale est différente.
Le groupe s'articule autour d'une seule guitare et il y a ce
feeling à la Black Sabbath avec également des influences thrash
plus présentes. Ce n'est pas quelque chose que j'ai décidé seul
: j'ai expérimenté, tout le monde m'a dit que ça collait mieux
comme ça et on m'a donné ma chance.
Cosmic Camel Clash
: C'est amusant que tu dises que les vocaux agressifs
ne collaient pas avec le style d'Angra car ils s'y sont mis
depuis!
Andre
Matos : (visiblement surpris) Ah bon?
Cosmic Camel Clash
: En admettant que tu aies écouté Temple Of Shadows
évidemment…
Andre
Matos : Ah non, je n'ai écouté que Rebirth et bon… (fait
la moue) Si leur chanteur chante de manière plus agressive
aujourd'hui c'est peut-être qu'il aime la manière dont je
chante… Merci à lui si c'est le cas…
Cosmic Camel Clash
: (enchaînant rapidement car l'atmosphère devient
tendue) Dernière question : au vu des bouleversements dans la
scène métal ces dernières années, que reste-t-il à faire
artistiquement dans ce genre selon toi?
Andre
Matos : Si je savais ça, je serais millionnaire (rires)!
C'est bien ce qui est fantastique dans le métal : il ne meurt
jamais, il se recycle en permanence, et on voit débarquer des
groupes comme Soulfly par exemple avec des influences toutes
neuves. Des groupes très intéressant comme Soilwork incarnent
ainsi pour moi le renouveau du métal, et d'un autre côté les
monstres sacrés du genre continuent à faire de la bonne musique,
comme Scorpions que nous avons vus avant-hier… Et ça fonctionne
toujours, car le métal ne mourra jamais! J'ai confiance quand je
dis ça, et je continuerai à faire du métal car c'est ma plus
grande passion depuis que je suis adolescent. Je n'abandonnerai
jamais, je pense continuer à faire partie de la scène, et je
pense qu'elle continuera à grandir et à se développer. Il y a
tant de jeunes qui arrivent aux concerts et se mettent à s'intéresser
aux groupes, au passé des musiciens, à leurs influences… Il y
a eu tant de gens qui ont affirmé au cours des années que le métal
était mort et ça s'est toujours révélé faux, donc je ne crois
plus en ce mensonge!
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