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Raphaël - Live au Zénith (Paris)
19 juin 2006
par -the lord
Raphaël

Quand on ne connaît strictement rien aux règles du rugby et que par un étrange concours de circonstances on se retrouve au Stade De France en train de regarder un match du Tournoi Des Six Nations, on ne passe généralement pas inaperçu de ses voisins spécialistes. Certes, on peut se cacher derrière un visage maquillé aux couleurs du quinze national et participer à l'enthousiasme (ou au mécontentement) général sans bien comprendre les enjeux mais les quelques millièmes de seconde séparant ses propres réactions de celles de ses voisins sont un peu l'équivalent d'un panneau lumineux "je n'y connais rien et je n'assume pas" sur son front. Désormais, je compatirai quand je croiserai des gens en détresse sur les sièges de nos stades.

Car lors du concert de Raphaël, je jouais le rôle du newbie. Non pas que mon visage n'était pas bleu-blanc-rouge, mais simplement parce que les règles qui faisaient réagir le public m'apparaissaient comme un rite étrange que même Robert Langdon aidé par Sophie Neveu n'aurait pas su comprendre. A ma gauche : deux filles qui passent tout le concert à souffler des bulles en se lamentant dès que l'une d'entre elles éclate tout en se demandant si Raphaël apprécie leurs offrandes savonneuses. A ma droite : une fille qui lors de l'interprétation de Schengen s'est totalement métamorphosée et rentrée dans une transe tribale. Devant moi : des filles qui réagissent à la moindre évocation amoureuse de Raphaël par des "wiiiiiiih" stridents et aux allusions sexuelles par des "waaaaaah" surpuissants, symbole de leur orgasme vécu par projection. Derrière moi : des filles qui, entre les morceaux, se demandent ce que je fais à noter sur un parchemin égyptien des mots-clés comme "Straight To Hell", "je suis un professionnel maintenant", "David Bowie", "guitariste malien", "mouches bloquées dans un double vitrage", "concert enregistré", "pantalon déchiré"...

Lâché en milieu hostile, j'ai donc appliqué la première règle de survie à la lettre : écouter le concert. Et là même si on peut reprocher au guitariste de crâner car il arrive à s'enquiller un solo de trois notes en en faisant que deux fausses notes, des textes d'un vide insondable et de bien trop nombreuses ballades pas originales pour un sou, on ne peut que s'incliner devant la nouvelle coqueluche de la variété française. Chant impeccable, présence scénique rodée, chansons se fondant parfaitement avec les anecdotes du timide chanteur, hits à la pelle (Caravane, Sur La Route, Ne Partons Pas Fâchés) et une caution artistique apportée par deux très bonnes reprises de The Clash et David Bowie (Straight To Hell et The Man Who Sold The World) ainsi que quelques morceaux plus recherchés (Funambule, Petite Annonce et son texte pour une fois bien senti) : les ingrédients sont là pour passer une très bonne soirée et M. Haroche démontre que sa musique se vit en concert bien plus qu'elle ne s'écoute sur disque.


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