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A l'image de la
pochette bleutée et très épurée de ce second album, la musique
des Queens Of The Stone Age, grande descendante des défunts Kyuss,
se simplifie en remontant dans son histoire: autant "Lullabies
To Paralyze", par son côté psychédélique/bordélique/progressif
assumé fait péter des sensations inédites et foncièrement
avant-gardistes, autant "Songs For The Deaf" joue carrément
de son aspect à fond rentre-dedans et très lourd, autant
"Rated R" (qu'il porte bien son nom, vu les textes,
contenant ce qu'il faut de clichés sex, drugs and rock 'n' roll)
surprend par sa relative simplicité et surtout ce n'est pas du
metal, comme se complaisent à classer les disquaires, chez qui on
retrouve régulièrement le groupe en train de s'acoquiner avec des
groupes de néo-metal!
Ce rock-là est lourd, mais "Rated R" joue souvent la
carte rock popisante, idéale pour s'imprégner de ces fameuses
"Desert sessions" du même esprit dérangé à la tête du
groupe et retrouver l'ambiance du Sud Américain. Les mélodies sont
donc le vecteur principal d'émotions ("In The Fade",
magnifique ballade rock au riff principal génialissime et
l'acoustique aux relents tribaux "I Think I've Lost My Headache"), très simples, enjouées pour la plupart (là où
"Lullabies..." se démarque totalement), et surtout doté
de constructions à mille lieues de la complexité des deux derniers
albums. A part "Better Living Through Chemistry", morceau
très étrange breaké à mort, le riff hantant plus que démontrant,
et "Monsters In The Parasol", saturé à foison et le
refrain en contre-temps, le reste de l'album se démarque
sensiblement de ses pairs par sa trop évidente "simplicité".
Ici, la section rythmique (tout particulièrement la batterie) est
épurée ("Leg Of Lamb", joué en décalage, n'en reste
pas moins évident de facilité), Nick Oliveri et ses frasques au
chant et à la basse ne montrent le bout de leur nez que lors de
deux morceaux très courts, sensés participer à la transition
entre deux morceaux plutôt que jouer le rôle d'un morceau à part
entière: "Quick And To The Pointless" et "Lightning
Song", défouloirs calés en fin de disque, démontrent que le
groupe peut aussi faire du gros lourd, mais quitte à être
lourdingue aussi... Cela s'arrangera nettement par la suite.
Et tout le problème est là: à force d'écouter "Songs For The
Deaf" et "Lullabies To Paralyze" en boucle,
"Rated R" a perdu de sa superbe. A l'époque de sa sortie,
il avait fait sensation, mais ici, le punch, les riffs entêtants et
le son si graisseux font de trop rares apparitions. "Rated
R" nous fait le coup du soufflé qui retombe en plein milieu:
la première partie est très honorable (l'enchaînement
"Monsters..."/"Better Living..." est à ce titre
classieux), bien que n'atteignant pas des standards tels que
"First It Giveth", "Go With The Flow" ou encore
"Someone's In The Wolf" et la seconde est bien plus
anodine, malgré un regain de puissance avec les deux morceaux bien
bourrins d'Oliveri, complètement à côté de la plaque
malheureusement.
Cet album reste globalement bon, mais ne tient pas
longtemps après l'écoute. Bon, il y en aura toujours pour trouver
un intêret plus conséquent à ce disque, mais je trouve que les
deux albums suivants se détachent tout particulièrement dans une
discographie sensée, qui évolue comme le bon vin, quitte à décevoir
les fans de la première heure. A acheter, par curiosité, pour se
faire une idée du relatif fossé qui sépare ce disque avec
"Songs For The Deaf", autant en termes de production que
d'écriture et de technique.
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