Cosmic Camel Clash
: Quand
on écoute Gore Baby Gore, il semble que la recherche de transe
directe et hypnotique des albums précédents a laissé la place
à autre chose… Vos influences auraient-elles évolué?
Vx69
(chant+programmation) :
Nous sommes revenus à nos influences les plus basiques, comme le
gros rock des Stooges, Pink Floyd pour moi, des trucs que nous écoutions
quand nous étions ados et que nous n'avions jamais fait ressortir
dans notre musique, ou du moins pas autant. Nous n'avions pas
envie de refaire un album bourrin de plus : ça aurait été jouer
la facilité mais nous avions envie de nous faire plaisir donc
nous avons ce petit concentré des musique que nous aimons bien,
une sorte d'hommage.
Cosmic Camel Clash
: Mais ces influences que vous aviez depuis le début,
pourquoi ne pas les avoir intégrés à votre musique pendant tout
ce temps?
Vx69
:
Il y a des trucs que nous faisions au départ qui n'avaint rien à
voir avec ce que nous faisons actuellement. Nous n'avions pas un
son électronique au début, puis petit à petit nous avons évolué,
oublié certaines racines… Et là elles sont revenues en force.
Il y a aussi des trucs que nous n'avions pas osé faire avant.
Nous avions un peu essayé sur l'album précédent de composer de
"vraies" chansons avec couplets et refrains, une écriture
pop en somme. Sur Gore Baby Gore nous avons continué sur cette
voie, alors qu'avant nous n'osions pas vraiment : on écoutait à
la base The Cure, Nick Cave, Bauhaus, Pink Floyd, Leonard Cohen…
On se sent évidemment un peu petit face à ce genre d'artiste,
donc on n'osait pas se lancer dans ce type de démarche. Là nous
avons pris de la bouteille, dans tous les sens du terme (rires),
donc nous nous sentons un peu plus capables de raconter des
histoires en chanson. Des histoires de drogues qui finissent mal,
de cul qui finissent mal, de science-fiction…
Cosmic Camel Clash
: Pas de gore? Comment vous est donc venu ce titre, fort
cool au demeurant?
Vx69 :
Le mot cool est parfait car ce titre est venu d'un jeu de mot. En
fait ça vient des premiers mots qu'on entend dans Faster,
Pussycat! Kill! Kill! de Russ Meyer qui sont "Go, baby,
go!" que nous avons déformés en "Gore, baby,
gore!". Et s'il y a un film cool, c'est bien Faster Pussycat.
Donc c'est une référence au cinéma un peu décalé. Quand au
gore, la pochette le reflète bien : elle est sexy, la baby, mais
attention à ce qu'elle laisser derrière elle…
Cosmic Camel Clash
: Il semble que vous avez tenu à intercaler des temps de
respiration sur l'album pour laisser les ambiances s'installer…
Vx69
:
Jusqu'ici nous avions tendance à toujours vouloir en mettre plein
la gueule, à ne pas laisser respirer les gens… Pour ce dernier
album ça nous a paru plus logique de laisser des temps de relâchement,
et pas via des plages ambiant de trente secondes. Vraiment entrer
dans le trip "on se repose, on met le casque, sit back and
relax" et après ça repart. Par contre sur scène ils n'y
sont pas.
Cosmic Camel Clash
: Comment s'est passée la collaboration avec Candice d'Eths
sur Dead White Skin?
Vx69
:
D'un côté purement pratique, c'est parce qu'on se connaît
depuis très longtemps et qu'on avait envie de lui proposer
quelque chose. Après, ça n'a pas été un démarche du style "bon,
sur quel morceau on la met?", il était évident pour
nous que c'était ce morceau qui devait accueillir sa voix. Ce
morceau raconte une histoire pas du tout rigolote, et quand il
s'agit de raconter des histoires pas rigolotes Candice est une référence.
Ca permettait aussi de donner un côté féminin au morceau, mais
aussi beaucoup plus dur que tout ce que nous aurions pu faire par
nous-mêmes, même en s'égosillant à mort. Nous savions que
Candice allait apporter une noirceur supplémentaire au morceau,
ce côté presque black-metal.
Cosmic Camel Clash
: On a toujours parlé de vous dans la presse spécialisée
hard-rock. Pensez-vous que ce lien avec le metal se justifie
encore aujourd'hui?
Vx69
:
Nous ne nous sommes en effet jamais considérés comme un groupe
de metal, mais quand on voit tout ce qu'on trouve dans la scène…
Tool est considéré comme du metal, ce qui est finalement assez
discutable. Je suis un très gros fan de Motörhead qui pour moi
n'est pas du metal. J'ai découvert Primus en lisant Hard-Rock à
l'époque, et ce n'est pas du metal tel qu'on l'imagine (rires)!
Idem pour Therapy?, dans l'esprit c'est tout sauf du metal mais il
y avait le son. Dans les années 90 à un moment donné tout le
monde s'est mis au son de guitare metal, nous les premiers. Nous
avons écouté Metallica ou Slayer mais fondamentalement, nous
venons plus du rock, même si on a mis des solos hard-rock sur
notre dernier disque, ce qui est une nouveauté. Le solo à la
Guns nous ne l'avons pas joué nous-même… ce n'est pas que nous
n'aurions pas pu, mais nous n'aurions pas eu l'idée je pense (rires)!
Non, l'étiquette qui nous convient le mieux est cyberpunk.
Cosmic Camel Clash
: Did0u des Sidilarsen, avec qui vous avez fait une
interview croisée dernièrement, m'a confié que le public de ce
genre de musique electro-rock-indus, etc. était très varié en général…
Vx69 :
Oui. Il n'y pas de fan-type de Punish Yourself. Nous avons une
bonne grosse vague de gothiques et assimilés, mais ça représente
au grand maximum 50% du public sauf que eux on les remarque (rires)!
Sinon on voit des chevelus, des crêteux, des gens dont on ne sait
pas ce qu'ils écoutent, sans look particulier… Nous avons un
forum très actif, et quand on voit nos fans discuter entre eux de
ce qu'ils écoutent c'est assez fascinant de constater que
certains ont des backgrounds complètement différents. Et ça
fait plaisir : je suis content quand des gens se mettent à
discuter musique et découvrent des trucs grâce à nous. De la même
manière, quand en interview on cite un ou deux groupes bien
cultes, si ça donne au lecteur la curiosité de les découvrir ça
aura au moins servi à quelque chose… L'exemple le plus typique
c'est Iggy Pop, que nous citons très souvent et les gens nous répondent
"c'est qui?"
Cosmic Camel Clash
: Au vu de votre réputation, penses-tu qu'il y a des gens
qui viennent vous voir uniquement pour le côté visuel, sans
particulièrement apprécier la musique?
Vx69
:
Nous savons très bien que nous avons construit notre réputation
live là-dessus, et on l'a recherché. Je serais de mauvaise foi
en disant "non non, ils viennent pour la musique", on
voit bien sur la tête de certains membres du public qu'ils sont
venus pour voir un spectacle. D'ailleurs certains viennent nous
dire ensuite qu'ils n'écouteraient jamais ce genre de truc chez
eux mais qu'en concert ils adorent.
Cosmic Camel Clash
: Et les peintures, alors, ça vient d'où?
Vx69 :
Bon, il faut savoir une chose, c'est que nous sommes des clubbers.
Des clubbers du genre lose, les derniers, ceux qu'on balaie dehors
à la fermeture (rires). D'ailleurs à Toulouse on pouvait
être à la fois punk et clubber, ce qui aidait bien. A force de
traîner dans des boîtes de nuits, nous avons fini par voler tous
les néons noirs d'une boîte qui allait fermer. Nous avions fait
ça sur un coup de tête, et nous nous sommes dit que nous allions
utiliser ça pour les concerts. Alors nous nous sommes dessinés
dessus au Stabilo Boss, et là nous nous sommes rendus compte que
nous avions trouvé une putain d'enculée d'idée visuelle. C'est
l'histoire des peintures : trouver quelque chose qui rendre bien
sous lumière ultraviolette.
Cosmic Camel Clash
: Pour finir, est-ce que l'émergence et l'importance
grandissante des webzines est quelque chose qui vous touche?
Vx69
:
Je trouve que c'est très bien. Tout ce qui permet de faire de
l'agitation, du bruit, de la communication sur la musique et les
arts en général est bon de toutes façons. Bien entendu il y a
des abus, l'explosion est telle qu'on se retrouve avec des
webzines lus uniquement par ceux qui les écrivent, c'est un peu
dommage, mais le tri se fait tout seul. C'est une forme
d'information libre, car les webzines ne sont absolument pas tenus
par l'argent et la publicité. Comme dans la plupart des cas il
s'agit de passionnés, ça permet d'avoir une information qui a
aucun moment ne doit passer par le filtre du responsable pub, des
discussions du genre "voyons, il n'ont acheté d'encart
donc on ne les chroniquera pas". Ce genre de pratique était
coutumier de la presse papier mais ça s'est calmé, en partie à
cause de cette concurrence.
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