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L'album
précédent Sexplosive Locomotive a catapulté au devant de la scène
les Punish Yourself, déjà repérés depuis un moment pour cause
de concerts réputés monstrueux et inoubliables. Il faut dire que
l'approche live visuelle du groupe est de celles qui marquent: les
membres jouent quasi-nus derrière des grilles de chantier et le
corps recouvert de peintures fluo qui ressortent encore plus sous
la lumière ultraviolette, cette ambiance
"stroboscopique" convenant particulièrement bien au
cyber-punk-indus-techno-trance pratiqué. Ce Gore Baby Gore à
l'excellente pochette était donc assez attendu au tournant…Le style cartoon de la pochette tranche avec
les tableaux abstraits des albums précédents, ce qui signifie généralement
un changement musical. Et effectivement on sent que la part de
violence punk a fortement décru, Gore Baby Gore se posant fort
logiquement en "album de la maturité" comme on dit. Ce
cliché de journaliste musical signifie en général une
canalisation de l'énergie créatrice et la mise en avant des
talents de composition, et Come On Come On est bien représentatif
de cette tendance. Le titre d'ouverture est en effet assez soigné,
l'énergie du tempo et du chant décadent et ultracorrosif se
trouvant joliment compensée par les arrangements et les effets
ambiancés. C'est en toute logique un tube que le groupe nous
pond-là, et c'est là ce qu'on trouvera de meilleur sur Gore Baby
Gore: un certain nombre de compos indus qui assument leur côté
catchy à outrance et qui se gravent directement dans la mémoire
de l'auditeur dès la première écoute. Des compos comme Mothra
Lady et Gun vont quant à elles chercher du côté des dancefloors
et sont donc également dotées de cet aspect "pop" qui
pourra accrocher à peu près n'importe qui sensible aux sons
synthétiques et non allergique aux guitares. A côté des tubes en question, on trouve également
une petite part de titres résolument expérimentaux: Dexedrine
Ritual et ses explorations sonores, Sister Apocalypse et son tempo
lent, ses cuivres sous LSD et son refrain Mansonien, Voodoo Virus
(featuring Jean Luc De Meyer de Front 242) qui se pose en compo
cyclique et hypnotique tablant sur une montée perpétuelle… pas
mal, mais tout ça reste bien en arrière face à cette avalanche
de "singles" qui constitue le reste de l'album. Et le
problème qui se pose rapidement, c'est que les titres les plus
catchy déjà mentionnés sont indubitablement efficaces, mais
qu'ils puent Marylin Manson à plein nez. Les meilleurs exemples
sont probablement Las Vegas 2060's au rythme sautillant imparable mais
déjà entendu chez le Révérend des dizaines de fois et le
chant hurlé dans les aigus qu'on retrouve sur tant de refrains
est une autre référence constante à celui qui semble avoir
marqué de son influence toute une scène électro-indus qui a bien
du mal à s'en dépêtrer depuis. Gore Baby Gore est finalement bien paradoxal:
il est gorgé de compos instantanément jouissives et de bonnes idées,
mais les meilleurs morceaux sont également les moins originaux et
les plus pompés Manson. C'est sympa, ça fera sans aucun doute
bouger les gens en soirée et en concert, mais ça ne passe pas l'épreuve
de l'écoute calme et attentive pour cause d'influences trop présentes.
Il reste les compos expérimentales, intéressantes mais trop
sous-représentées sur l'album et qui tournent quand même
parfois (mais rarement) à l'exploration stérile de forme.. Cet
album qui sera sûrement très apprécié par les fans du groupe
et donnera vraisemblablement lieu à de mémorables moments live
garde donc pour moi le cul entre deux chaises, même s'il est révélateur
d'un talent certain. Punish Yourself reste donc encore aujourd'hui
un groupe plus intéressant sur scène que sur disque, mais on
notera tout de même que la migration est en route, et on les
encouragera à perséverer dans leur quête de musicalité tout en
les enjoignant à se libérer du carcan Mansionien qui les dessert
pour l'instant plus qu'autre chose.
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