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PORCUPINE TREE
13 novembre 2005 
  
JOURNALISTE :
-the lord 
  
INTERVIEW AVEC:
Steven Wilson
Chanteur-Guitariste
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Porcupine Tree a frappé une seconde fois cette année. Avec un concert exceptionnel au Bataclan (cliquez ici pour lire le report), la bande à Steven Wilson a encore une fois marqué les esprits. A croire que ça devient une villaine habitude. Jamais à court de questions pour le maître du progressif touché par la grâce, nous avons encore mis la main sur le lunatique leader de quartette métamorphosé en quintette pour les besoins du live.

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-the lord : Maintenant que tu as plusieurs mois de recul sur Deadwing, est-ce que tu lui vois des défauts que tu n'avais pas remarqués au moment de le sortir?

Steven Wilson (chant+guitare) : Je ne l'ai pas réécouté depuis qu'il est sorti! Evidemment qu'il doit avoir des défauts car les choses peuvent toujours être améliorées mais il n'y a rien qui me mette en boule. A ce stade de notre carrière, nous ne sortons des albums qu'à partir du moment où nous en sommes totalement satisfaits. Nous n'avons pas de pression de la part du label pour tenir des délais. Heureusement, d'ailleurs, car Deadwing nous a pris six ou sept mois à réaliser. Pour en revenir aux défauts, il y a sûrement une ou deux chansons qui sont pas aussi bonnes que les autres mais il m'est très difficile d'être objectif sur ce disque car il est encore très récent. Dans cinq ans, j'aurai un regard critique plus affiné sur Deadwing.

-the lord : Tu parles de chansons plus faibles: il semblerait qu'il y ait eu quelques désaccords au sein du groupe concernant les morceaux à mettre en faces B et ceux à inclure sur l'album. Est-ce que tu regrettes certaines décisions?

Steven Wilson : Oui... (il marque une longue pause) Les deux chansons du single Lazarus sont très bonnes mais je ne sais pas si nous aurions dû les interchanger. C'est dommage que Deadwing n'ait pas pu durer quatre-vingt minutes. C'était vraiment une volonté de ma part de rester sous la barre des soixante minutes. Il a donc fallu faire du tri! Nous n'avions pas beaucoup d'autres possibilités que de laisser de côté ces deux faces B. Il fallait soit Half Light ou Glass Arm Shattering pour finir l'album et il me semblait que cette dernière complétait notre "puzzle" de chansons de manière plus judicieuse. Cela m'est déjà arrivé par le passé d'aimer énormément une chanson mais pour telle ou telle raison elle n'a pas sa place dans l'album car elle ne colle pas à l'ambiance. Jusqu'au tout dernier moment Deadwing se finissait avec Half Light.

Au moment de réaliser le master j'ai compris que Half Light était une façon peu inspirée de terminer ce disque. C'est une très belle chanson que j'adore mais avec ses gammes mineures elle était trop dépressive. Ce n'est pas toujours une question de prendre le meilleur titre, il faut parvenir à créer un tout, un rassemblement de chansons qui s'enchaînent parfaitement, un voyage musicial qui fonctionne. Pour So Called Friend et Open Car je pense que c'est le même cas de figure. Open Car est à mes yeux une excellente chanson mais je sais que certains lui préfèrent So Called Friend. J'encourage les gens à remplacer Open Car et Glass Arm Shattering par les faces B et écouter l'album; je pense alors qu'ils entendront ce que j'ai entendu et comprendront ma décision. La fin de Half Light ne s'arrête pas net alors que Glass Arm Shattering permet de finir sur un sommet. Je ne sentais pas de finir le disque sans quelque chose de grandiose. Glass Arm est certainement une moins bonne chanson mais elle fait plus de sens.

-the lord : Et est-ce que le fait de jouer la plupart des chansons de Deadwing en concert t'ont fait changé d'avis sur leur qualité?

Steven Wilson : Non, pas spécialement. J'adore les jouer, ce sont de très bonnes chansons. Il n'y a que Shallow et Glass Arm Shattering que nous n'apprécions pas vraiment de jouer. Ca n'a rien à voir avec leur qualité mais simplement certaines fonctionnent en concert, d'autres non. Certains morceaux que nous avons enregistrés sont ce que je considère de meilleur mais sur scène ils ne passent pas. Sur l'album In Absentia je pense par exemple à Lips Of Ashes ou Collapse The Light Into Earth. En remontant plus loin, je peux aussi citer Stars Die qui est un titre très populaire que j'ai essayé d'arranger à de multiples reprises pour la scène, sans succès. Pourtant c'est une très bonne chanson.

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-the lord : Parfois, c'est l'inverse, non?

Steven Wilson : Tout à fait! Je peux te citer Mother And Child Divided qui ne nous plaisait pas énormément en studio mais en concert c'est différent. Enfin, ce n'est pas un morceau complètement nul à la base non plus mais il n'était clairement pas assez bon pour figurer sur l'album. D'ailleurs on le retrouvera sur le DVD live à venir l'année prochaine.

-the lord : Est-ce que tu trouves que Porcupine Tree est plus intéressant sur scène ou sur disque?

Steven Wilson : Ce sont deux expériences très différentes, effectivement. (il réfléchit) C'est sans doute plus facile pour toi de répondre que pour moi! Je n'arrive pas à dire ce qui rend les gens fans de Porcupine Tree ou ce qui les attire. Il y a des gens qui sont venus me dire qu'ils avaient entendu le groupe sur disque en aimant moyennement et qu'après un concert ils ont eu la révélation. Je pense qu'il n'y a personne - enfin très peu - qui reparte d'un de nos concerts en étant déçu car nous sommes devenus un très bon groupe de scène. Mais sur un plan personnel, j'ai toujours plus apprécié de faire de la musique en studio en expérimentant avec les sons et on ne retrouve pas toutes ces possibilités en concert. J'adore faire des overdubs, compiler vingt pistes de chant pour obtenir un gros bloc d'harmonies, multiplier les parties de guitare jusqu'à six fois pour faire un son énorme. Le studio permet tout cela alors qu'en concert il n'y a qu'une piste de chant, deux guitares, un clavier, une basse et une batterie. Par conséquent le groupe est plus direct, plus rock 'n' roll. Enfin Porcupine Tree est loin du rock 'n' roll mais j'espère que tu saisis l'idée (rires). J'apprécierai toujours les possibilités de "peindre" en studio. Nous essayons toujours de reproduire au mieux nos albums sur scène, mais il faut systématiquement simplifier les choses. Mais il y a quelque chose de très rock 'n' roll sur scène grâce à l'ambiance que peut dégager le public. Toujours est-il que le travail accompli en studio est celui sur lequel le groupe sera évalué dans cinq, dix, cent ans (rires)! Nous ne serons plus là mais j'espère que les gens nous écouteront encore...

-the lord : Porcupine Tree a huit albums studio à son actif, la majorité de très haute qualité. Pourtant, à chaque tournée le groupe reste bloqué sur une certaine setlist. Pourquoi ne pas varier les plaisirs chaque soir puisque vous avez à disposition nombre de morceaux intéressants? Ne me dis pas que c'est à cause des vidéos car des groupes comme Dream Theater s'en sortent très bien avec le même problème (rires).

Steven Wilson : Non, ce n'est pas à cause de la vidéo. La vraie raison va sûrement sembler débile mais je promets que c'est la vérité. Quand nous faisons un album nous devons mettre les morceaux bout à bout pour qu'ils forment un tout, exactement de la manière dont nous parlions toute à l'heure. Lorsque nous répétions pour cette tournée nous avions vingt-cinq ou trente morceaux et nous commençons toujours une tournée avec la ferme d'intention de changer nos setlists. Mais après trois ou quatre concerts nous en trouvons une qui marche mieux que les autres. Chaque chanson se fond dans la suivante à la perfection. Nous ne voulons plus, à ce moment-là, apporter de changements! C'est honnêtement la vraie raison. Quand nous avons enregistré notre DVD live à Chicago, nous avons joué deux concerts totalement différents pour la première et la seconde soirée. Donc nous savons le faire mais le second concert était moins bon; nous ne le sentions pas, ça ne se tenait pas.

-the lord : N'était-ce pas dû simplement à un manque de répétitions? Changer brutalement de setlist fait forcément perdre ses repères.

Steven Wilson : C'était bien plus que cela. Nous jouions comme lors d'un jour sans, comme lorsque tu es habitué à sortir avec certains amis et que tout d'un coup tu changes: ça semble bizarre. Il faut aussi garder quelque chose de primordial à l'esprit: chaque soir le public est constitué - à dix personnes près environ - de gens qui ne nous verrons qu'une seule fois sur la tournée. Nous voulons donner le meilleur spectacle possible à ces personnes et ne pas penser à faire plaisir à l'infime minorité du public qui nous a déjà vu ailleurs. Et le meilleur concert est celui que nous avons travaillé le plus, celui où nous avons nos automatismes.

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-the lord : Si tu joues pour satisfaire le public, n'as-tu pas peur de devenir un amuseur public qui ne cherche pas avant tout à se faire plaisir?

Steven Wilson : Tu as peut-être trop extrapolé mes propos. Si nous tombons dans ce schéma de répétitions des mêmes concerts c'est parce que cela nous satisfait également. C'est avec la setlist que l'on aura définie que nous obtiendrons le meilleur feeling et la plus grande énergie. On s'en rend compte lorsque le concert devient plus puissant que la somme de chaque morceau pris individuellement. C'est pareil pour les groupes: parfois ils ne sont pas constitués de très bons musiciens mais ensemble ils parviennent à créer quelque chose de très fort. Je pense notamment à Lennon/McCartney. Pour en revenir au sujet, je tiens à préciser que le concert de ce soir est très différent de celui que nous avons fait il y a six mois. Cinquante ou soixante pour cent des morceaux de ce soir n'ont pas été entendus la dernière fois. Nous changeons complètement d'une tournée à l'autre mais au sein d'une tournée nous aimons rester concentrés sur ce qui fonctionne.

-the lord : Tu vas donc avoir un mal fou à choisir les morceaux à mettre sur le DVD live si les deux sets enregistrés étaient complètement différents!

Steven Wilson : Vu que le second concert ne s'est pas très bien passé, je pense que le DVD sera assez proche de ce que nous jouerons ce soir.

-the lord : Dans les bonus de son dernier DVD, Peter Gabriel explique que la notion d'artiste est sur-estimée par les gens "normaux". Il dit que si l'on braquait des passants dans la rue avec un pistolet dont le coup partirait dans un an sous réserve qu'ils créent une oeuvre d'art, on serait sans doute très surpris du nombre de vocations que cela engendrerait! Que penses-tu de cette réflexion?

Steven Wilson : Je suis d'accord à un point près. Il a raison mais je pense qu'il y a une dimension supplémentaire qu'il ne soulève pas. Il part de l'Art dans un aspect totalement créatif et je suis d'accord mais pour être un artiste de nos jours il faut également avoir d'autres talents. Premièrement, il faut être un homme d'affaires, être capable de faire vivre sa carrière et deuxièmement il faut être incroyablement motivé pour percer. On peut bien entendu dire que tout le monde est un artiste potentiel, tout le monde est capable d'écrire un livre ou alors de peindre un tableau mais cela n'en fait pas des artistes pour autant car ils n'ont pas eu la motivation nécessaire pour se faire connaître. Ou alors cela veut dire qu'ils n'ont pas découvert l'artiste en eux, pour rejoindre l'idée de Peter Gabriel. Le problème de nos jours est qu'il y a un nombre phénoménal de gens qui ne sont pas bons, qui ne sont pas des artistes, mais qui étaient motivés à en crever. Madonna est un bon exemple. On ne peut pas dire qu'elle soit une bonne chanteuse, bonne danceuse ou une bonne songwriter. Elle n'est même pas spécialement belle mais elle est très intelligente dans l'orientation de sa carrière. Elle choisit très bien ses collaborateurs musicaux tels que William Orbit ou ceux qui vont lui faire son nouveau look. Elle n'a pas beaucoup de talents mais elle le compense par une motivation hors normes. L'industrie musicale comporte deux profils différents: les vrais artistes qui, souvent, n'ont pas énormément de succès d'un côté et les hommes/femmes d'affaires de l'autre. C'est triste mais c'est la société dans laquelle nous vivons.

-the lord : A quel moment de ta carrière est-ce que tu t'es considéré comme un artiste?

Steven Wilson : Il n'y a pas eu un jour où soudainement je suis devenu un artiste! Je dirais que lorsque j'ai eu le sentiment que la musique allait devenir mon métier, j'ai sans doute changé. C'était vers onze ou douze ans. Je ne dis pas que j'étais un artiste à ce moment-là mais j'ai pris conscience que je pouvais l'être. Est-ce que c'est le jour où j'ai sorti mon premier album? Est-ce le jour où j'ai sorti le premier album dont j'étais content à 100%? Peut-être... En tout cas, In Absentia est sûrement le premier disque où j'étais entièrement satisfait. Je peux difficilement répondre à ta question car il y a eu tellement d'événements qui ont joué un rôle essentiel dans mon développement en tant qu'artiste et même en temps qu'être humain. Peut-être ne le suis-je pas encore tout à fait devenu... Honnêtement, je ne le sais pas.

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-the lord : Tu t'intéresses encore beaucoup à la musique en tant que fan. Quel est à ton avis le genre musical le plus innovant actuellement?

Steven Wilson : (il réfléchit) Je dirais deux scènes. La première est encore la musique électronique. Tous mes albums préférés de l'année sont dans ce style comme ceux de Murcof, de Boards Of Canada - bien qu'il ne soit pas si innovant que cela pour eux - ou encore MIA, LCD Soundsystems... Il y en a tellement. Il y a également une autre scène, à laquelle Porcupine Tree pourrait être rattaché, qui me semble très innovante: les groupes qui viennent du rock, metal, alternatif et qui font presque de la musique progressive. Je pense à The Mars Volta, The Coheaten Cambria, Opeth etc. Le rock est de nouveau très créatif avec ces groupes. Pendant longtemps le rock était standardisé et peu ambitieux; ça change. L'ambition est maintenant primordiale: on tolère de nouveaux les longs soli de guitare, les chorales, les albums-concepts ou les chansons de quinze minutes divisées en cinq parties.

-the lord : Même dans le mainstream il y a des groupes qui s'inscrivent un peu dans cette tendance de "rock presque progressif" avec le dernier Coldplay, par exemple. L'as-tu entendu?

Steven Wilson : Oui, je l'aime bien. Il y a de superbes chansons dessus.

-the lord : Porcupine Tree a bien entendu beaucoup évolué musicalement au cours de sa carrière. En revanche, on parle rarement des paroles. Y vois-tu une certaine évolution? Es-tu fier de ton travail en tant que parolier?

Steven Wilson : Je n'y pense pas vraiment. Au tout début je n'étais pas très confiant en tant que parolier et en tant que chanteur. Pour le premier album, je n'ai même pas écrit les paroles puisque quelqu'un en était entièrement chargé. J'ai beaucoup écrit sur d'autres sujets que moi - le sexe, la guerre, la drogue - pour gagner en confiance. Petit à petit j'ai pris du gallon. Signify fut la pierre angulaire car c'est à partir de là que j'ai commencé à écrire avec le coeur. Lightbulb Sun par la suite allait encore plus loin puisque c'était un album à propos d'une rupture; un album très personnel mais aussi très direct avec une chanson comme Feel So Low. Je trouve toujours difficile d'écrire des paroles et de parler de certains sujets. Je suis content de mes paroles mais je sais pas ce que les gens en pensent. Je me demande même s'ils y attachent la moindre importance.

-the lord : Je pense que la majorité ne s'y intéresse pas mais pour le peu de personnes qui s'y plongent, cela peut avoir un grand impact.

Steven Wilson : Oui, tu as raison. Je m'étais d'ailleurs engueulé avec Mikael d'Opeth car ses paroles ne veulent rien dire. Mais ce n'est pas grave pour lui. Il souhaite juste créer une suite d'images sombres. Je me suis beaucoup intéressé au metal depuis 2001-2002, j'y ai même découvert des choses très créatives, mais les paroles sont toujours futiles. Je n'arrive pas à imaginer un parolier du rang de Bob Dylan ou de Roger Waters dans le metal. Peut-être que le public n'est intéressé par les clichés sataniques à la Ozzy Osbourne, après tout... J'ai l'impression que les femmes sont plus attentives aux textes que les hommes. Ces derniers préfèrent se prendre du bon gros riff et se foutent de savoir que le chanteur va de se faire larguer par sa petite amie (rires).

-the lord : Dernière question: tu es sûrement le type le plus impliqué dans ses interviews que j'ai pu rencontrer à ce jour (et cela à chacune de nos rencontres). Alors, est-ce que tu adores donner des interviews (rires)?

Steven Wilson : Merci du compliment. C'est vrai que j'aime ça. Pour moi c'est comme discutter de musique avec un ami. J'ai toujours été passionné de musique. C'est pour cela que j'ai une playlist sur mon site internet: si je découvre quelque chose de bon je suis obligé de le dire à tout le monde. Sinon, je pense qu'il doit y avoir des artistes qui m'arrivent pas à conceptualiser leur musique et par conséquent ils n'arrivent pas à en parler. Thom Yorke, par exemple, n'est pas très intéressant en interview pourtant j'adore ce qu'il fait. De plus, je ne cherche jamais à cacher quoi que ce soit au public. Parfois, j'en dis même trop sur ma vie personnelle...

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