-the lord : Vous arrivez à la fin de la
tournée européenne. Quelles sont tes impressions sur celle-ci?
Gavin Harrison (batterie) : La tournée s'est
très bien passée. Evidemment nous étions déjà venus en Europe
mais jamais dans de si grandes salles avec autant de monde chaque
soir. Nous
vendons plus de disques et plus de produits dérivés que jamais.
Un sentiment très positif ressort de l'ensemble de cette tournée, donc. En ce qui concerne la
musique, tout se passe très bien également. Nous jouons
énormément de morceaux du dernier album avec d'autres titres
assez récents notamment d'In Absentia et de Lightbulb Sun.
-the lord : Comme tu es le petit dernier
à avoir intégré le line-up de Porcupine Tree, peux-tu me donner
les impressions que tu avais sur le groupe avant que tu ne le rejoignes?
Gavin Harrison
: Je ne connaissais pas leur
musique, seulement leur nom car j'étais un ami de Richard (Barbieri,
claviers).
C'est d'ailleurs grâce à lui que j'ai intégré finalement le groupe. Il me
tenait au courant des albums qu'il faisait avec Porcupine Tree et
il m'en jouait quelques extraits. Ca sonnait pas mal mais je
n'avais jamais poussé la curiosité plus loin. En 2000, je suis allé
voir un de leurs concerts à Londres en tant qu'ami et ça m'a
plu. Par la suite le groupe m'a invité pour enregister In
Absentia car leur précédent batteur les avait quitté au moment
de rentrer en studio. J'étais batteur de session au départ quand
nous nous sommes retrouvés à New York. Comme tout s'est bien
passé entre nous, ils m'ont demandé de les rejoindre
officiellement dans le line-up et j'ai accepté.
-the lord : Lorsque tu t'es plongé dans
les anciens albums de Porcupine Tree, qu'en as-tu pensé?
Gavin Harrison
: Ils montrent la progression d'un
groupe sur une période de dix ans. Chaque disque est unique et
sonne de manière très différente. Ce groupe est une entité en
évolution perpétuelle. Mais je dois t'avouer que je n'ai jamais
trop écouté les anciens albums, je me suis surtout concentré
sur In Absentia puis sur Deadwing (note de -the lord: Richard
Barbieri arrive à ce moment).
-the lord : Au moment où Steven Wilson
vous a présenté ses idées pour Deadwing, à quoi vous
attendiez-vous?
Gavin Harrison
: Steven n'a pas tout écrit pour
cet album donc nous avions déjà une petite idée sur la
question. Nous avons beaucoup écrit dans mon studio et chez moi.
Certains de ces morceaux ne figurent pas sur l'album sorti dans le
commerce mais ont atterri sur l'édition limitée ou sur le single
Lazarus. Il me semble même qu'il y a encore deux chansons que
personne n'a entendu. En tout il y a donc treize ou quatorze
titres, un truc dans le genre.
Richard
Barbieri (claviers) : Il y a également
Revenant que j'ai écrit et qui sert de musique d'intro au concert
de la tournée. Durant ces sessions, nous avions davantage
l'impression d'être dans un groupe que par le passé. C'était
déjà quelque peu le cas sur In Absentia mais c'est encore plus
clair maintenant. Steven (Wilson, chant et guitare) demeure le directeur
musical du groupe et c'est lui qui trouve le concept ou
l'orientation générale ainsi que les paroles de chaque album. Globalement je
suis très satisfait de la manière dont nous avons travaillé sur
Deadwing.
Nous avons réussi à aller assez vite et à fonctionner en
équipe tout en conversant le son propre à Porcupine Tree. C'est
généralement là que Steven intervient le plus: il sait
exactement quand quelque chose peut ou ne peut pas figurer sur un
album de Porcupine Tree.
Gavin Harrison
: Nous avons presque tout utilisé
de ce que nous avions écrit. Seule une chanson a été écartée.
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-the lord : Oui, mais toutes ne figurent
pas sur l'album. Comment décidez-vous des morceaux à inclure sur l'album final car tout le monde n'est pas
un fan ultime qui achète les éditions limitées, les singles,
les DVD-A etc?
Richard
Barbieri : Nous nous demandons tout d'abord si
en tant qu'artistes nous sommes prêts à exposer tous ces titres.
Ensuite nous votons.
Gavin Harrison
: Tous ceux qui ont eu le plus de
votes figurent sur l'album. Il n'y a eu des litiges que sur trois
morceaux.
Richard
Barbieri
: Colin (Edwin), Gavin et
moi-même ne voulions pas inclure Christen sur le disque malgré
l'enthousiasme de la maison de disques et de Steven. A l'inverse
nous voulions voir So Called Friend sur Deadwing à la place
d'Open Car mais finalement il figure sur un single en tant que face B sur
Lazarus.
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-the lord : Richard, comme tu es dans le
groupe depuis de nombreuses années, quel est ton sentiment sur
son évolution?
Richard
Barbieri
: Porcupine Tree a énormément
changé particulièrement lorsque Gavin est arrivé. Il n'est pas
la cause de ce changement puisque cette transformation avait déjà été
enclenchée. C'est davantage lié au fait qu'à ce moment une
grosse maison de disques s'est intéressée à nous. Avant cela,
nous étions vraiment un groupe underground qui lentement se
constituait une fanbase au fil des tournées. Nous n'avions pas
spécialement d'aide de la part des médias ou de la presse.
C'était dur car il y avait certains albums, ou certains morceaux,
qui méritaient selon nous d'attirer leur attention. En 2001,
tout a changé soudainement. Les grand public a pris conscience de notre
musique. Avec Deadwing ce changement est encore plus palpable.
Partout où nous nous produisons c'est plus ou moins complet et
nous enchaînons les interviews.
-the lord : Le fait d'être signé sur une
grosse maison de disques a-t-il obligé le groupe à faire des
compromis musicaux?
Richard
Barbieri : Non. Steven avait très peur de
cela mais en fin de compte cela n'a pas été un problème du
tout. De toute manière Porcupine Tree a généralement deux ou
trois morceaux sur chaque album qui pourraient passer à la radio.
Deadwing ne déroge pas à la règle que ce soit en termes de pop
ou de rock. Cela n'est pas le résultat d'une quelconque pression
extérieure, nous avons toujours fonctionné ainsi. Nous avons
toujours aimé faire des arrangements pour ce type de chansons et
essayer d'aboutir à la chanson pop "idéale". C'est une
sorte d'obsession chez Steven. S'il y a un seul changement à
retenir dans
notre musique, je dirais qu'elle est devenue plus aventureuse.
-the lord : Sur Deadwing vous pouvez
compter sur le soutien de deux guests de luxe (Mikael Akerfeldt et
Andrian Belew). Qu'apportent-ils selon vous à la musique?
Richard
Barbieri
: Je vois leurs apparitions plus
comme de petits rôles qu'autre chose. Ils n'ont fait que des soli
et je ne pense pas que cela ait apporté quelque chose de vraiment
différent au résultat final. Ils sonnent simplement de manière
différente de ce que Steven aurait pu faire.
Gavin Harrison
: Ce sont deux guitaristes dont les
jeux n'ont rien à voir avec celui de Steven. J'adore le touché mélodique de Mikael Akerfeldt. Adrian Belew est pour sa part
très chaotique dans son style. Au niveau des sons je trouve que
ce que joue Belew est assez proche de ce que propose Richard.
C'est un domaine où ces deux musiciens sont excellents.
D'ailleurs je suis persuadé que sur l'album des gens ont confondu
ce que jouait Adrian Belew avec ce que jouait Richard et vice
versa.
Richard
Barbieri
: Oui, c'est aussi le cas sur
l'album de Talking Heads, Remain In Light où l'on ne sait pas
trop qui fait quoi entre Belew et Eno.
-the lord : Le fait que le son soit devenu
plus metal depuis In Absentia est-il seulement lié au fait que
Steven collabore étroitement avec Opeth?
Richard
Barbieri : Oui. Il a tendance à se faire
influencer de façon directe par de nombreux styles musicaux et le
moins que l'on puisse dire est qu'il est devenu un très gros fan
d'Opeth. Il y a donc un goût d'Opeth qui plane sur Porcupine Tree
maintenant mais je n'irai pas jusqu'à dire que c'est un disque de
metal! Il n'y a que des évocations de ce style. C'est la
démarche habituelle du groupe: nous prenons ce qui nous plaît
dans de nombreux genres musicaux mais aucun d'entre eux n'éclipse
les autres sur un album en entier. Ce n'est pas comme du Nine Inch
Nails ou du Meshuggah qui ne changent pas leur formule du début
à la fin. L'auditeur sait à quoi s'attendre. Dans le cas de
Meshuggah, ces mecs et leur public sont à bloc dans leur trip.
Ils ont tous les mêmes goûts musicaux, les mêmes intérêts,
c'est un concept en soi si l'on veut. La force ou la faiblesse, ou
peut-être même les deux, de Porcupine Tree est de plonger dans d'autres
courants. Nous nous y intéressons et nous aimons les utiliser
sans les porter en étendard. C'est une certaine force...
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-the lord : Depuis vos débuts, chaque
album fusionne effectivement différents styles. Mais à partir de
Signify à chaque nouvelle influence qui se fait sentir, une
ancienne disparaît comme le psychédélisme ou l'électro.
Pensez-vous parfois à les réincorporer?
Richard
Barbieri : Oui, si nous entendons de nouvelles
influences de ces styles qui nous plaisent et qui pourraient
fonctionner dans Porcupine Tree. Tout dépend de la façon dont
nous percevons les choses en tant que musiciens, ce que nous
aimons à un moment précis, ce que nous voulons essayer etc.
Généralement, Porcupine Tree sort ses albums par
"paire" en termes de style. Donc je ne sais pas vraiment
ce qu'il va se passer maintenant mais j'ai hâte de le découvrir.
La grosse erreur que l'on veut éviter est de continuer
délibérément dans la veine metal sous prétexte que depuis que nous le faisons
nous sommes plus populaire qu'avant. Ne faisons surtout pas un
album de metal pur jus!
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-the lord : Est-ce que parfois vous avez
du mal à réaliser que vous jouez ce que propose Porcupine Tree
tant vos background sont éclectiques?
Gavin Harrison
: Tout à fait! Je viens du jazz et
je n'aurais jamais pensé faire de la "double bass" ou
du metal il y a vingt-cinq ans. Mais j'apprécie cela, je ne suis
pas un snob de la musique. Si l'on s'en donne la paine on peut
trouver de bonnes choses dans tous les styles.
Richard
Barbieri : Les artistes que j'aime ne sont pas
forcément des influences de ce que je fais. C'est avant tout
l'émotion
qui me guide dans mon jeu. Et puis il y a les
side projects qui permettent de toucher à d'autres genres
musicaux que ceux que nous pratiquons habituellement (note de -the
lord: à ce moment précis, Steven Wilson arrive dans la pièce
où nous faisons l'interview, s'en suit un délire footballistique
entre lui et Richard. Steven arrive comme un remplaçant de luxe
alors que Richard se vante d'avoir maintenu un score nul et vierge
contre moi... Une fois que tout le monde s'est calmé, Steven me
demande de quoi nous parlions).
-the lord : Nous allions parler des side
projects et de leur importance (ou non) pour les membres du
groupe...
Steven
Wilson (chant+guitare) : D'accord. Pour ma part je trouve
qu'il est très mauvais de travailler tout le temps avec les
mêmes musiciens. Le fait que les quatre membres de Porcupine Tree
bossent avec des musiciens différents sur des styles différents
parfois dans d'autres pays permettent au groupe de rester
créatif. Le meilleur exemple que je puisse donner à ce propos
est lorsque je collabore avec Opeth. La musique de Porcupine Tree
est depuis devenue plus musclée et plus heavy ce qui est une
bonne chose selon moi. Il est donc essentiel pour nous de
diversifier nos expériences.
-the lord : Tes side projects sont
particulièrement variés. Est-ce qu'ils ont tous pour vocation
d'être des succès, sinon commerciaux au moins critiques, ou
sont-ils davantage une manière égoïste d'exprimer ta
créativité dans certains styles musicaux et ainsi te recharger
pour tes priorités comme Porcupine Tree ou No-Man?
Steven
Wilson
: Tu sais, je me fous complètement
de ce que peuvent dire les journalistes ou même les fans à
propos de mon travail. Je crois qu'un artiste ne joue de la
musique que pour se faire plaisir à lui-même. Si tu fais de la
musique pour les autres, tu deviens un amuseur publique. J'essaie
donc de faire de la musique principalement pour moi, je ne me
considère pas comme une forme de divertissement. Pour te donner
un exemple, pour certains de mes projets je n'envoie même pas de
disques promo à la presse. Si quelqu'un veut les écouter ou écrire un
article dessus, il faut qu'il les achète. Je me fous de ce qu'on
peut penser (rires). Ne le prends pas comme une attaque
personnelle mais
les opinions des journalistes ne m'affectent pas car il ne s'agit
ni plus ni moins que d'un avis. J'essaie de ne pas lire les chroniques sur mes
albums, bonnes ou mauvaises, car elles peuvent me brider. A mon
sens, il faut seulement se focaliser sur ses objectifs dans la
musique, sur ce qui est satisfaisant, ce qui ne l'est pas etc.
Mais il ne faut jamais considérer ce que des personnes
extérieures attendent d'un groupe ou d'une personne. A ce
moment-là, autant être Britney Spears, devenir un spectacle
vivant et ne répondre qu'aux attentes du public. Je ne crois pas
que Picasso peignait pour faire plaisir à quelqu'un d'autre que
lui-même. C'est pour cela qu'il était un véritable artiste.
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-the lord : As-tu déjà eu peur de perdre
ton inspiration?
Steven
Wilson
: Absolument. Tout le temps. Je
pense que la plupart des compositeurs ont constamment peur d'avoir
écrit leur dernière bonne chanson. Il y a une superbe chanson
qui s'appelle In The End et qui parle de ce problème. Je trouve
qu'avec le temps il devient de plus en plus dur de rester
inspiré. En ce qui me concerne c'est tout à fait vrai car plus
je sors de choses, plus je limite mes options futures et par
conséquent j'ai de plus en plus peur de me répéter.
C'est
pour cela qu'il faut à tout prix trouver des moyens pour
préserver son inspiration. Deadwing a donc été plus difficile
à écrire que In Absentia qui lui-même a été plus dur a
composé que Lightbulb Sun qui lui-même etc etc. Heureusement
dans la vie je reste très curieux de tout ce qui peut se faire,
j'aime toujours tenter de nouvelles expériences, écouter de la nouvelle
musique... Il y aura toujours quelque chose qui me fascinera et me
poussera à écrire.
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-the lord : Le fait que tu sortes tant
d'albums dans de multiples projets est-il une façon de te
rassurer, de te dire qu'effectivement tu es capable d'écrire des
choses sans te répéter?
Steven
Wilson
: Non, pas vraiment. Tous ces
projets existent tout simplement parce qu'il s'agit à chaque
façon de différents styles musicaux. Je n'ai peur que lorsqu'il
s'agit de la composition, que je vais sécher et ne pas pouvoir
écrire de bonnes chansons. Pour les trucs plus abstraits et
instrumentaux comme Bass Communion, je ne ressens pas le même
genre de peur. Ce n'est pas réellement du songwriting. Le travail
de composition est une sorte d'exutoire pour moi. J'écris
généralement lorsque je suis dans un état d'esprit très
négatif. Et cela n'est pas toujours possible; quelquefois, des
mois durant je ne suis pas dans cet état d'esprit. C'est alors
que je me dis que j'ai perdu la main. Généralement trois ou
quatre mois après avoir été en panne sèche, il y a une sorte
de déclic.
Pour
Deadwing, ce fut le morceau-titre. Une fois que je le tenais, je
savais que le coeur de l'album avait été dévoilé. Ce morceau
est la clef qui fait comprendre le reste du disque. Les morceaux suivants sont venus
rapidement mais je peux te promettre que pendant quatre mois je ne
trouvais rien, en tout cas rien qui me procure une certaine forme
d'émotion. Cela me rendait complètement fou. Lorsque j'avais
écrit Deadwing je ne tenais plus en place (rires). Je
disais hystériquement à tout le monde que c'était très bon et
je n'arrêtais pas de leur jouer ce titre. Comme je n'ai eu que
des réponses positives, je savais que j'avais trouvé la bonne
voie.
-the lord : Quand tu écris un morceau,
comment décides-tu par le biais de quel groupe tu vas le
commercialiser? Par exemple, lorsque j'entends les chansons de
Cover Version, certaines de Blackfield ou Lazarus sur Deadwing, je
me dis que tout cela aurait pu s'interchanger...
Steven
Wilson
: Lazarus a été inspiré du même film
que tous les autres morceaux de Deadwing. C'est donc pour cela
qu'il a atterri sur l'album. Les titres de Cover Version sont
spéciaux car ce sont des... reprises (rires). Le concept
de cette série est de surprendre les gens en enregistrant des
reprises auxquelles personne ne s'attend et leur donner mon son en
les jouant avec mon style. Je pense que j'ai un certain type de
son que l'on peut entendre dans ces morceaux ou chez Blackfield
mais ça n'a jamais été un problème pour moi de décider par
quel groupe ou projet sortir mes chansons car j'ai toujours un
concept clairement défini pour chacun d'entre eux. Pour Porcupine
Tree, Deadwing est basé autour d'un scénario de film. Evidemment
tu as tout à fait raison quand tu dis que Lazarus aurait pu
figurer sur l'album de Blackfield. De la même manière, le
morceau Blackfield aurait pu être sur un disque de Porcupine
Tree... C'est plus une question de circonstances et de savoir avec
qui je suis en train de travailler à un moment donné. Mais
honnêtement je trouve que tu as choisi des exceptions. La plupart
des chansons ont toutes une et une seule destination. Les Cover
Versions sont indéplaçables car je n'imagine ni Blackfield ni
Porcupine Tree faire une reprise et l'inclure sur un album. Mais
je suis d'accord pour Lazarus, il s'agit véritablement de
l'exception qui confirme la règle.
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