-the
lord : Vous semblez crier sur tous les toits que It's Never Been Like That
est un nouveau départ pour vous. Pourtant même s'il est
différent des deux précédents albums, je trouve que c'est
surtout la production qui le démarque du reste. Le disque est
plus brut, moins clinique, plus direct et donc du coup un peu
moins pop mais en ne considérant que la musique on a clairement
affaire au même groupe. Tu es d'accord ?
Deck d'Arcy
(basse) :
Oui, c'est vrai. Nous avons toujours aimé les
"chansons" mais ce coup-ci nous ne nous sommes pas du
tout concentrés sur les détails. Au contraire, nous avons joué
tout en live et laissé des imperfections. Nous sommes arrivés en
studio sans avoir rien écrit : nous jammions avec des guitares et
des claviers dans une pièce du studio et à côté nous avions un
endroit où nous pouvions tout enregistrer. La démarche était
donc hyper spontanée ; c'est ce qui est vraiment nouveau puisque
jusqu'alors il n'était pas rare que nous partions dans des idées
totalement abstraites. D'habitude nous étions plus dans la
"bidouille" bien que je déteste ce mot.
-the
lord : Comment expliques-tu cette réaction ? Un raz le
bol des précédents albums ?
Deck d'Arcy :
Le premier album possédait des morceaux tous extrêmement
différents les uns des autres. Il y avait de la country, du
hip-hop, de la disco, etc. Aujourd'hui nous voulons tout
simplement davantage homogénéiser ce que nous jouons. De plus,
nous tournons beaucoup et nous voulions des morceaux taillés pour
la scène car les arrangements des précédents, au fil des
concerts, avaient évolué en ce sens.
-the
lord : Bien que je trouve que It's Never Been Like That
soit votre meilleur album, je trouve dommage d'avoir fait une
production aussi seventies. Du coup, on n'oublie un peu que
ce disque sort en 2006 ; il ne sonne pas comme de la musique de
2006...
Deck d'Arcy :
Tu veux dire qu'il sonne comme un disque de 2010 (rires) ?
En fait, le son ce coup-ci on s'en foutait. Par le passé,
c'était une obsession. Là, seule la sincérité des morceaux
comptait à nos yeux. Je ne sais pas si on refera la même chose
à l'avenir. Nous avons des périodes. Malgré le fait que je sois
d'accord avec ce que tu as dit, c'est amusant de voir que pour
beaucoup de monde Phoenix a toujours joué une musique datée et
typée années 70 voire 80. Pour ces gens-là, It's Never Been Like That
serait presque un disque de l'ère du temps. Je comprends d'une
certaine manière ce point de vue là aussi mais la vérité est
que nous n'avons cherché à faire un disque ni du futur ni du
passé, juste un disque comme ça.
-the
lord : A une ou deux exceptions près, It's Never Been Like That
ne compte que des tubes potentiels... Ce n'est pas très courant !
Deck d'Arcy :
Je prends ça comme un chouette compliment car nous avons toujours
aimé les morceaux qui tiennent bien la route. Nos références
sont à trouver parmi les songwriters et nous essayons de
leur faire honneur à travers notre musique. Perso, je suis un
gros fan de Nick Drake ou Van Morrisson. Il y a des influences
très larges dans le groupe des Stooges pour le côté cool au
Velvet Underground pour le côté artistique. Nous avons aussi de
fortes influences soul mais qui ne transparaissent pas beaucoup
sur cet album. Alphabetical au contraire était un disque de
blacks. Nous avons tendance à extrapoler du fait que nous soyons
les compositeurs et instrumentalistes : Alphebtical est presque du
hip hop pour nous alors que la majorité des gens il s'agit
simplement de pop.
-the
lord : Est-ce que tu as l'impression de ne pas avoir la
reconnaissance que vous méritez en France ? Il y a beaucoup de
gens qui ne savent même pas que Phoenix est un groupe
français...
Deck d'Arcy :
Je peux les comprendre car nous ne faisons pas tout pour prouver
que nous sommes français. Nous sommes assez discrets : pas
timides mais nous ne passons pas notre temps à nous afficher en
public. Pour la reconnaissance que l'on mértite, c'est assez
subjectif... Il y a clairement d'autres pays où c'est plus
évident pour nous. A la fin des années 90 quand la scène
électro française a percé à l'étranger avec Daft Punk puis
Air et consorts, cela a ouvert de nombreuses portes pour tout le
monde, nous y compris. A l'étranger notre musique est
généralement mieux perçue car en France il y a toujours des
apriori négatifs sur nos origines "banlieue du sud
ouest". Bon tout ça c'est vrai vu que nous sommes de
Versailles (rires) ! Mais l'image de jeunesse dorée qu'on
nous colle à la peau est fausse. Nous sommes issus d'un milieu
normal et victimes d'un stéréotype. Aux Etats-Unis venir d'un
endroit comme Versailles est plutôt cool. Pourtant ce n'est en
réalité ni bien ni mal... De plus, peu de gens le savant mais
Versailles est un vrai ghetto psychologique. Le taux de suicide
est vraiment élevé ; ce n'est pas une ville facile. Nous avons
fait de la musique clairement parce que c'est une ville nulle (rires).
-the
lord : Et enfin dernière question : as-tu quelques
affinités avec la scène metal ?
Deck d'Arcy :
J'adore System Of A Down. J'aime aussi Queens Of The Stone Age et
le groupe de Dave Grohl, Foo Fighters, mais je ne sais pas si
c'est vraiment du metal. Je ne suis pas un gros pointu sur cette
scène car je n'ai jamais vraiment su cerner le "truc",
la limite précise entre hard, metal ou rock. Je suis peut-être
trop vieux, maintenant (rires). Ma soeur qui a dix-huit ans
est à fond là-dedans. Généralement, j'apprécie le boulot de
Rick Rubin même s'il ne fait pas que du metal. Sinon j'aime assez
AC/DC.
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