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Avec son nouvel album, An Ephemeral World (cliquez pour lire la chronique), notre guitare héro national délaisse les clichés du genre pour s'attaquer à une musique plus construite et plus empreinte d'émotions. Cette démarche, totalement voulue de la part de l'artiste, aura le mérite d'élargir sa fan base tout en contentant ses admirateurs les plus fidèles. C'est dans ce contexte que La Terre Des Immortels a pu s'entretenir avec Patrick Rondat qui, à travers de cette interview, va de nouveau prouver sa légendaire clairvoyance.
Lordlatem : Pourquoi as-tu choisi ce titre pour ton nouvel album, An Ephemeral World ?
Patrick Rondat (guitare+claviers) : Ce n'est pas pour faire chier les gens parce que c'est dur à dire! Il y a d'un côté l'aspect éphémère du monde, le fait que l'être humain par rapport à l'univers ait une vie éphémère et de l'autre le fait que l'on soit dans une vie de plus en plus éphémère que ce soit pour la musique ou l'Art en général. L'environnement le devient aussi. Toutes les nouvelles technologies nous poussent vers une culture du zapping où l'on va d'une chose à l'autre sans jamais aller en profondeur. Le premier titre, Donkeys Island fait directement référence à cela, à tout ce qui est parc d'attractions, tout ce que les gens consomment sans se poser trop de questions.
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Lordlatem : Comment arrives-tu à exprimer un tel concept sans l'aide de textes et par une musique, comme d'habitude, entièrement instrumentale ?
Patrick Rondat : Déjà il y a les titres des morceaux. Certains ont un lien très fort avec la musique qu'ils proposent. Evidemment ce n'est pas comme un texte précis qui te permet d'exprimer une idée. Par exemple Tethys c'est le nom de la mer qui se trouvait à la place de la Mer Méditerranée il y a des millions d'années avant que les continents ne se séparent. Cela fait directement référence, encore une fois, au côté éphémère du monde et nous renvoie au fait que l'homme n'est pas sur terre depuis très longtemps. Je voulais un morceau long avec des passages cool et d'autres un peu plus durs pour faire un lien entre la forme du morceau et l'idée que je voulais développer plutôt que dans le choix des notes.
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Lordlatem : Cherches-tu à jouer une musique lyrique ?
Patrick Rondat : C'est quelque chose qui m'intéresse réellement, notamment par rapport à mon instrument. Ce que j'aime dans la musique instrumentale c'est que la guitare ne se borne pas à un rôle de rythmique ou du solo. Elle a, en effet, un côté orchestral, lyrique et mélodique. C'est une autre approche de l'instrument que j'aime vraiment. J'essaie de prendre mon temps sur les morceaux en mettant des passages planants avec relativement peu de guitare. Il faut qu'il y ait une alternance de moments cool et de moments plus sophistiqués, techniques. L'instrumental n'est pas comme un morceau chanté: un album instrumental ne peut pas être chargé à bloc tout le temps. Ce n'est pas de la musique chantée sans chanteur: c'est une toute autre façon de composer où la guitare ne pourrait pas être remplacée par du chant.
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Lordlatem : Penses-tu être arrivé à jouer une musique totalement personnelle ?
Patrick Rondat : Je l'espère. Evidemment sur An Ephemeral World tu peux trouver des couleurs propres à d'autres gens (je n'ai pas tout inventé (rires)!) mais je ne pense pas qu'il existe beaucoup d'autres albums instrumentaux comme cela. Le truc le plus intéressant en musique est la diversité et maintenant on dirait que dès qu'un courant marche, il faut faire pareil. Regarde Korn ou Dream Theater: dès qu'ils ont eu du succès, des dizaines de groupes semblables sont apparus. Le seul moyen de survivre est de tendre vers quelque chose de personnel que les gens ne peuvent pas trouver ailleurs. Pour moi la plus belle réussite intervient lorsqu'on qualifie le style d'un artiste par son nom. Comme pour Malmsteen par exemple: son style c'est lui (rires)! Que tu aimes ou non n'est pas le problème en fin de compte.
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Lordlatem : Quels sont tes ambitions liées à ta musique ?
Patrick Rondat : Aller encore plus loin dans ma personnalité, approfondir certaines ambiances, aller plus loin dans le progressif sans nécessairement faire du néoclassique... Sur certains soli, on peut toujours faire mieux donc il est impossible de ne pas avoir quelques regrets sur un disque. Mais globalement je n'ai que très peu de doutes sur mon nouvel album; en tout cas bien moins que je n'en ai d'habitude.
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Lordlatem : Tu as souvent dit que le morceau Amphibia est celui qui te correspond le plus. Est-ce toujours le cas ?
Patrick Rondat : Ca reste un des morceaux phares de ce que j'ai fait. Mais honnêtement il y a des chansons de An Ephemeral World que j'aime autant que Amphibia. Donkeys Island ou Tethys sont vraiment des titres que j'apprécie beaucoup. Je m'y retrouve vraiment. Le nouvel album est plus homogène que Amphibia. En effet sur ce dernier il y avait le morceau Amphibia d'un côté, le Vivaldi de l'autre et le reste était plus classique. Sur An Ephemeral World il y a une couleur plus personnelle sur l'ensemble qui correspond plus à ce que j'ai envie de faire. Même au niveau du son je suis assez content du résultat bien que j'ai tout produit seul...
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Lordlatem : Deux petites questions sur ton passé musical, maintenant. Qu'as-tu aimé dans la musique de Jean-Michel Jarre pour aller jouer avec lui ?
Patrick Rondat : Le fait qu'il joue de la musique instrumentale et qu'il rencontre un succès avec ce format. Ce n'est pas facile et vraiment pas très courant. L'orchestration et l'aspect néoclassique de certains titres sont aussi très intéressants. Même si le fond est électronique, le style d'écriture est très néoclassique. Et puis évidemment ses shows sont pour le moins spectaculaires. Il met vraiment bien en scène la musique instrumentale. Et puis jouer à Wembley, ça n'arrive pas tout le temps.
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Lordlatem : Quel autre groupe qu'Elegy aurais-tu aimé rejoindre en tant que lead guitariste ?
Patrick Rondat : Il y en a plein! J'adore plein de groupes. Mais j'aime bien les groupes où il y a une partie un peu atmosphérique genre Porcupine Tree et consorts, à la fois progressifs et avec beaucoup d'atmosphères. J'aime cette alliance de moments violents avec des moments où il n'y a presque rien. Je n'aime pas trop quand la musique est pareille d'un bout à l'autre.
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Lordlatem : Et que penses-tu d'Adagio, dont le guitariste est le parrain de notre site ? Penses-tu avoir influencé son jeu d'une quelconque manière ?
Patrick Rondat : J'aime beaucoup Stéphan Forté, musicalement et humainement. C'est un mec bien, passionné qui plus est. Il a eu envie de faire son groupe et a été au bout. La qualité musicale est évidente aussi bien au niveau de l'excellence des parties de guitare mais aussi au niveau de l'écriture. Je pense qu'Adagio a encore plein de choses à dire. Quand il a commencé à jouer j'ai sans doute dû l'influencer ou lui donner envie de faire des choses. J'ai ouvert certaines portes et quand c'est pour quelqu'un je suis plutôt flatté (rires). Ca fait toujours plaisir.
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Lordlatem : Les musiciens que tu admires aujourd'hui sont-ils toujours les mêmes qu'à tes débuts ?
Patrick Rondat : La musique évolue et moi aussi mais j'aime toujours autant Van Halen ou Di Meola. Ceux qui sont arrivés depuis comme Vai ou Malmsteen sont énormes aussi. J'ai énormément de plaisir à écouter des gens qui jouent bien et qui défendent cette qualité instrumentale. Je suis un fervent défeseur du metal et de la qualité dans le metal que ce soit dans le metal extrême ou dans le metal prog. Si des gens jouent bien en maîtrisant leur instrument, et ce peu importe leur style, ils m'intéresseront. Malgré la difficulté de vivre de la musique, je respecte ces gens qui perpétuent cette tradition sans tenir compte des modes et d'objectifs financiers.
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(interview réalisée le
1er Avril 2004 par -the lord)