| PATH THROUGH THE MIST 7 HOMESONGS (2007) |
LINE UP : Fournier (tout) JP Louveton (guitares) Aret Madilian (percussions+chœurs) |
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| CHANSONS
QUI TUENT : Growing Forest Sinner Mia Fields Of Sun |
CHRONIQUEUR : Flower King (Février 2007) |
NOTE : 13 / 20 |
Il est de ces chroniqueurs rares et précieux qui savent tirer la substantifique moelle de toute œuvre qui en vaille un tant soit peu la peine, et qui savent retranscrire, par de simples mots, les émotions, les sensations qui les ont parcourus tout au long de l’écoute. Mieux encore : ils vous immergent totalement dans l’atmosphère du disque, leurs phrases virevoltent, semblent aller au rythme de la musique. Le résultat est parfois déroutant pour le lecteur qui s’attendait à une chronique plus « technique », mais la maîtrise de l’exercice fait qu’on en ressort toujours satisfait. Ce talent, Sheer-Khan, membre d’un webzine sombre et expérimental, le possède. Seulement, sa plume s’est faite rare aujourd’hui. Car à force de nous faire partager à l’envi sa condition de mélomane, l’homme a désiré passer de l’autre côté du miroir…
… et nous voilà ainsi à l’écoute de ces 7 Homesongs. Titre on ne peut plus modeste, mais pas trompeur : batteur d’origine, notre homme a ici décidé de tout prendre en charge et de mener ce projet sans musiciens additionnels (allez, si, deux... mais qu'importe). Pas de risque alors que sa patte soit trahie et en effet, les auditeurs familiers de ses chroniques ne seront pas dépaysés, tant on retrouve cette obsession pour les musiques du monde de toutes origines, la musique liturgique, mais également des versants beaucoup plus sombres et troubles… rien d’extrême toutefois, le mode d’expression choisi par Fournier se rapproche beaucoup d’une pop aux contours progressifs de par les structures à tiroirs et la longueur moyenne des titres (aux alentours des huit minutes). On pense ici et là à un mélange entre Peter Gabriel et Dead Can Dance, même si plus léger que ces derniers et moins porté sur les mélodies que le précédent.
C’est là d’ailleurs une autre caractéristique de Fournier : à l’instar de sa plume, sa musique est d’abord et avant tout évocatrice, depuis le nom du projet (Path Through The Mist… ça fait tout de même plus voyager l’esprit que Cock And Ball Torture) jusqu’au résultat final. C’est une ambiance que ce disque véhicule, au détriment du reste pourrait-on dire. Il n’y a là pas de pièce épique qui se détache, pas de vertige instrumental à la beauté désarmante… mais il y a une atmosphère qui relie chacun ses titres de ce recueil et qui accroche l’auditeur qui veut bien s’en donner la peine. Cette atmosphère, un célèbre poète français récemment souillé par Obispo la décrirait bien mieux que moi, mais tant pis, je m’y risque : c’est bien celle que suggère la pochette, une forêt mystérieuse, labyrinthe des âmes esseulées qui s’y retrouvent le soir venu pour célébrer on ne sait quelle entité occulte ; mais quand le jour revient, et que le silence se fait, cette forêt, oppressante, devient le miroir des propres malheurs du voyageur égaré ; amour perdu ("Sinner Mia" entre autres), solitude misanthropique ("Sunset Of Mankind") ; quelquefois, pourtant, une brise de vent ou quelque animal furtif nous rappelle aux plaisirs de la vie, car que serait l’ombre sans lumière ? (ce que bien des groupes aux thématiques sombres semblent ne pas avoir compris, au passage…)
Ce voyage intérieur en douceur, vécu et conté par Fournier (à l’accent anglais quelque peu maniéré, dommage) pourra sembler soporifique à certains, mais si vous avez des envies d’évasion tranquille en solitaire à partir du lit de votre chambre, ces chansons-maison sont toutes indiquées.

