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Oh lala le beau
guerrier que voilà... Paragon est un groupe qui cumule les clichés,
et l'artwork suit naturellement la même tendance. Vous aurez deviné,
ô lecteur malicieux, qu'il s'agira dans cette chronique de
heavy-metal, pur et dur, sans fioritures, et qui ne plaisante pas,
nom d'une double hache en acier trempé. Que cela ne nous empêche
pas de rire malgré tout, car les Allemands ont bien du mal avec ce
Revenge à susciter autre chose que de la moquerie (bête et méchante
elle aussi, cela va de soi)... Mettons-nous au niveau car il y a du
boulot. Cela ne nous arrive pas si fréquemment après tout...
Avouez qu'il eût été dommage de s'abstenir avec l'arrivée d'un
tel joyau. Pour ce grand moment musical qu'est Revenge, et pour me
donner une bonne raison de me défouler sur mon clavier, messieurs
de Paragon, je vous adresse mes plus sincères remerciements. Ainsi
qu'un peu de condoléances au passage.
Que dire, par où commencer? Le syndrome de la
page blanche est d'autant plus frustrant lorsqu'il y a tant à dire.
Peut-être en disant que le mix et le mastering de Revenge ont été
l'oeuvre de Piet Sielck, un personnage qui devient omniprésent dans
le paysage métallique outre-Rhin: ami d'enfance de Monsieur Kai
Hansen (Gamma Ray), il a longtemps été derrière les manettes de
Blind Guardian (entre autres), avant de monter son propre groupe,
Iron Savior. Ce n'est donc pas un petit bleu, et il fournit là
encore un travail de qualité. Le problème, c'est qu'il semble
avoir énormément de mal à concevoir en terme de rythmique autre
chose que ce qu'il propose avec Iron Savior - qui soit dit en
passant a commencé à s'essouffler plus que méchamment après
seulement deux albums - et c'est donc un son de guitare strictement
identique que l'on retrouve dans chacun des projets auxquels il est
mêlé: Iron Savior, Persuader, Paragon... Ca commence à faire
beaucoup pour un seul homme.
Cela dit, il est parfois peu regrettable que la
personnalité du producteur prenne le pas sur celle du groupe. Qui
en l'occurrence, n'en a pas. Paragon n'est rien de plus qu'un copier
/ coller de piètre qualité de Manowar et Judas Priest, deux
influences à tout moment bien perceptibles. La voix d’Andreas
Babuschkin, bien que plus rocailleuse, rappelle celle de la vieille
sorcière Rob Halford, mais en oublie malheureusement le talent
quant à l'élaboration des lignes vocales. Seuls quelques refrains
sont bien sentis, agrémentés de choeurs guerriers barbares, mais là
encore totalement conformistes: "Traitor",
"Impaler", "The Battle Rages On". Il faut dire
qu'accompagnant les riffs de Martin Christian et de « Gunman »,
d'un niveau de banalité rarement atteint, il est difficile de faire
des étincelles. La plupart sont bourrins et insipides
("Assassins", "The Art Of War",
"Revenge"...), et lorsque Paragon s'essaie - enfin! - à
un autre registre, comme l'introduction en arpèges de l'épico-héroïco-ridiculissime
"Masters Of The Seas", ou bien le rythme lent et
oppressant de "Beyond The Veil", l'essai est loin d'être
concluant. Rarement me fut donnée l'occasion de constater chez un
groupe une telle absence d'âme. Certes, comme chez beaucoup
d'autres combos évoluant dans le même style,les musiciens sont
loin d'être de fins techniciens; mais ici le manque de feeling est
diablement, fichtrement, tristement cruel. On se demande bien ce qui
a pu intéresser Piet Sielck... Peut-être a t’il décelé un
potentiel latent chez Paragon? Mais alors pour l'instant il est bien
caché.
Piet Sielck co-signe d'ailleurs avec le groupe un
titre, la power-ballade "Empire Of The Lost", qui n'amène
pas vraiment d'eau au moulin. Le chant est juste mais tombe complètement
à côté de la plaque en matière d'expressivité. Un timbre sans
relief, néfaste par ailleurs à l'ensemble de l'album, et pas
uniquement à ce morceau qui en souffre tout de même particulièrement.
Reste une reprise, fort bien exécutée, du "The Gods Made
Heavy Metal" de ceux que l'on peut sans crainte imaginer être
les modèles de Paragon, à savoir les guerriers sans concession de
Manowar; et si l'on parle de ridicule et de clichés, les maîtres
ne sont pas loin d'être dépassés. Paragon n'a pas peur du
grotesque et s'y complaît. Et même si tout cela est volontaire, du
moins peut-on l'espérer, c'est très certainement ce genre de
formations qui jette le discrédit, en terme de crédibilité, sur
un style musical qui a vraisemblablement autre chose, plus, et mieux
à dire. Le "true heavy-metal" n'a décidément pas grand
chose de "true". A part son absence totale d'intérêt. RETOUR
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