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"Pop-rock belle
à pleurer": voilà l'étiquette sous laquelle cet album s'était
fait chroniquer par Hard-Rock Magazine à l'époque de sa sortie.
Pour quelqu'un qui avait découvert Paradise Lost avec One Second
(comme moi), l'évolution pop-new wave de Host n'avait rien de
sacrilège ou de scandaleux. Depuis, les années ont passé, j'ai découvert
Draconian Times, Icon et consorts... Et Host reste encore
aujourd'hui un délice, une démonstration de science de la
composition doublée d'un manifeste d'indépendance totale. Ça fait
beaucoup pour une seule galette... Et ça justifie la note.
L'étiquette apposée par Lageat and Co. reste la
meilleure valable pour ce joyau: point de métal ici. Point du tout
même: si One Second conservait via quelques titres un peu énervés
comme Soul Courageous ou Blood Of Another un vague lien avec le
genre, ici c'est fini, mort de chez mort, over. Host est un album de
pop-rock axé ambiances et arrangements, un album sans guitare
saturée, sans double pédale, sans rien qui puisse faire deviner à
un auditeur lambda que le groupe qu'il écoute a été un groupe de
metal goth. Le son est sans ambigüité à ce sujet: le tout sonne
extrêmement synthétique, bardé d'effets et de claviers. Les
effets sur la batterie sont légions, et Morris pourrait très bien
passer pour une boîte à rythmes pour qui n'a pas l'oreille. La
basse -souvent saturée et/ou flangée- est très à l'avant,
Edmonson portant la structure des morceaux à bout de bras. Pour les
guitares on passe par tous les sons possibles et imaginables, grosse
rythmiques heavy exceptées bien sûr. Tout ça donne un son
totalement dénué de méchanceté, froid, contemplatif, et surtout
très complexe.
Car oui, le son des compos sur cet album est
d'une complexité inhabituelle pour le groupe. One Second avait
changé la donne en insérant des passages trip-hop ou electro dans
la musique du groupe: Host enfonce le clou et ne nous présente que
des chansons extrêmement touffues du fait des multiples couches
d'arrangements. C'est à n'en plus finir: les lignes mélodiques se
superposent sans arrêt. Par exemple le refrain du superbe Harbour
compile la ligne de basse, un chœur féminin, deux mélodies de
guitares différentes et deux nappes de claviers... Et ce n'est
qu'un exemple parmi d'autres, car toutes les compos sont ainsi des
perles d'ambiance construites à force d'arrangements aussi subtils
que classieux.
J'ai parlé de chœur féminin: en effet, Holmes
s'est associé à une choriste pour les deux-tiers des chansons, et
la donzelle a une voix qui se marie tellement bien à la sienne
qu'il est parfois dur de les différencier. L'effet est terrible, et
les compos en sortent vraiment renforcées. Elle intervient surtout
sur les refrains qui sont absolument tous imparables, inspirés et
que l'on ne peut plus oublier une fois entendus. Les compos, bien
que suivant une structure pop couplet/bridge/refrain -caractéristique
constante du groupe- ne sont pas du tout répétitives, car chacune
distille une ambiance spécifique et forte. Les couplets d'Ordinary
Days et leur feeling science-fiction n'ont rien à voir avec les
superbes violons et violoncelles mélancoliques d'It's Too Late,
compo dépressive par excellence. Les morceaux catchy, Behind The
Grey, Ordinary et Host sont également différents de par leur
feeling, ainsi que les très electro Wreck et Permanent Solution.
Point commun: la beauté pure. C'est quand même bien fait!
Conclusion: cet album est absolument
incontournable pour tout fan de pop-rock, qu'il aime Paradise Lost
ou pas. Si la presse spécialisée n'avait pas bloqué sur le nom et
la passé du groupe elle aurait célébré ce bijou, largement à la
hauteur des références du genre telles que Radiohead. Le feeling
de chacun des membres est exacerbé à l'extrême, les lignes de
chant de Holmes répondant aux instrumentations de Mackintosh comme
par magie. Morris est bluffant d'aisance dans un registre
pop/dance/electro qu'il maîtrise aussi bien que le bourrinage métal,
et chaque titre renferme des pépites de mélodie géniale. Fans de
métal à l'esprit ouvert, dirigez-vous également vers ce CD: vous
y découvrirez que le style du groupe peut s'adapter à n'importe
quel son. Car comme dit dans la chronique de One Second, la mélodie est
un merveilleux mystère: on ne l'analyse pas ou peu, c'est juste
beau ou pas. Ici, c'est superbe. A posséder.
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