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Pour
ce troisième brûlot, Pagan's Mind n'a pas révolutionné son
style. C'est toujours un metal progressif énergique que nous
servent les Norvégiens, au sein duquel on retrouve tous les éléments
déjà apprécis sur Infinity Divine et Celestial Entrance, éléments
qui deviennent de plus en plus caractéristiques et qui permettent
au groupe de largement sortir de la masse. Le départ du guitariste
rythmique Thorstein Aaby ne semble pas avoir perturbé les
musiciens, qui mettent toujours en avant un songwriting original et
une qualité d'interprétation assez impressionnante. Déçus par le
dernier Dream Theater? Lisez donc ce qui suit...
Pagan's Mind, pour Enigmatic: Calling, est
parvenu à rendre sa musique plus directe, plus catchy et plus
accessible, sans pour autant la simplifier à outrance. Joli tour de
force. Cela est peut-être imputable au gratteux Jörn Viggo
Lofstad, qui suite au départ de son collègue Aaby a choisi de réorienter
son jeu vers un metal plus épuré. Mais ses riffs galopants
("Enigmatic Mission", "Resurrection") ou épileptiques
("Celestial Calling") et ses soli rappellent que l'on a
bien affaire à un fin technicien. Tout comme ses camarades. Autre
changement notable: Pagan's Mind, d'une façon générale, a
ralenti le tempo, et les passages speed - parfois à la limite de
l'extrême - sont ainsi d'autant mis en valeur. Toutefois Stian
Kristoffersen, derrière ses fûts, fait toujours des merveilles
avec ses baguettes, même si sa double grosse caisse est moins mise
à l'épreuve! Les changements de rythmes sont toujours légion, et
la section rythmique qu'il compose avec le bassiste Steinar Krokmo
s'avère fichtrement solide et concise. Cela est particulièrement
audible sur "Resurrection", "Entrance To
Infinity" ou l'instrumental "Coming Home", aux coups
de caisse claire si percutants.
Les claviers, eux, expérimentent un peu moins
qu'auparavant, et font ressortir en ce sens l'une des influences
majeures du groupe, à savoir Dream Theater. Loin du plagiat
cependant, les interventions de Ronny Tegner contribuent pour
beaucoup à l'agencement du son de Pagan's Mind, qui peut désormais
se targuer d'avoir un style propre, unique, immédiatement
identifiable. Les improbables couplets piano / voix en suite de
l'introduction très heavy de "Supremacy, Our Kind",
l'interlude plein de mélancolie "Appearance", ou encore
les multiples breaks ambiants jouissent ainsi du doigté très précis
et très juste de Tegner. Seuls ses soli, fort maîtrisés au
demeurant, n'appellent pas à une créativité débordante; sans
doute les conséquences de cet attachement plus direct aux
influences du groupe. Nils K. Rue, de son côté, a rendu son chant
plus dramatique, hystérique parfois (les lignes vocales de
"Taken" ne vous font-elles pas penser à Mercyful Fate?),
mais toujours très mélodique et admirablement original, lui aussi.
On sent que les harmonies ont été particulièrement travaillées.
Tant mieux car le chant est réellement un point fort du groupe.
Il est difficile en vérité d'objecter quoique
ce soit au combo, qui confirme avec cet album tous les espoirs placés
en lui. Naturellement, dans la continuité des deux premiers albums,
il faut un certain temps d'adaptation et quelques écoutes
attentives pour bien démêler les idées - nombreuses - des
musiciens et s'apercevoir de leur talent. La production signée Jörn
Viggo Lofstad est irréprochable elle aussi, et on n'en attendait
pas moins d'un groupe de cette qualité. On attend désormais
l'album fédérateur, celui qui imposera Pagan's Mind en chef de
file du metal progressif moderne. Nul doute qu'il arrivera bientôt.
En attendant, délectez-vous de ce petit bijou de technicité et de
mélodie qui ne vous lassera pas de sitôt, j'en gagerais.
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