N.R.M.
TRY CARAPACHI (2001)
LINE-UP :
Liavon Volski (guitare+chant)
Pit Paulau (guitare)
Juras Laukou (basse+chœurs)
Aleh Dziemidovitch (batterie+chœurs)
NRM Try carapachi 2001
CHANSONS QUI TUENT :
My zyvem niakiepska
Bamzy
Try Carapachi
CHRONIQUEUR :
Alexis K.V.
(Mai 2007)
NOTE :
14 / 20

« Enregistré dans une cave biélorusse ». C'est cette tournure plutôt imagée qu'avait utilisée un chroniqueur de la presse spécialisée française pour dire, en somme, « un album au son pourrave ». C'était aux alentours de 2001 et l'album en question n'avait pas de très grand rapport avec cette petite république de l'ex-URSS. C'est peut-être à cause de ce retard dans le domaine de la qualité de la prise sonore que les membres de N.R.M. ont décidé de s'exiler, et tant qu'à faire, ils se sont aussi inventé une terre d'accueil : la République Indépendante du Rêve — Niezalezna Republika Mroja.

Non seulement le manque de moyens d'enregistrement se fait moins sentir dans cette sympathique petite contrée, mais elle ouvre de plus des perspectives nouvelles, difficlement envisageables dans une patrie où les autorités peuvent à tout moment vous rappeler que « liberté artistique » rime avec « incident politique ». Malheureusement, la Biélorussie continue à contester le droit de la N.R.M. à l'indépendance, les frontières entre les deux pays sont donc un peu floues, voire carrément perméables. Les quatre citoyens de la république autoproclamée n'ont donc pas d'autre choix que de ruser — un habile détournement de l'iconographie soviétique en guise de pochette, et un titre éponyme qui choisit les « Trois tortues » 1 (“Try carapachy”) comme symbole d'un marasme social et d'un obscurantisme politique qu'il est de bon ton de passer sous silence.

Liavon et sa bande vivent en autarcie artistique depuis assez longtemps pour comprendre que tout format musical plus ou moins proche du rock est bon à prendre, du moment qu'il permet d'appuyer le propos tenu par le texte. On peut considérer que N.R.M. est un héritier de la génération grunge et de son principe fondateur — « un coup j'suis gentil, un coup j'm'énerve » — l'album devient donc un kaleïdoscope qui s'ouvre sur le folk metal cynique de “My zyvem niakiepska” 2 et s'achève par la ballade “Hudsavet” 3 en passant par les relents santaniens de “Dzed Maroz” 4 ou le mélange hardcore/dub de “Bamzy” 5. Les textes sont à l'avenant : tantôt poétiques, tantôt attaquant les problèmes de front. Cet éclectisme est ambivalent : même si N.R.M. fait tout son possible pour faire passer en douceur les sautes d'humeur entre les titres ou à l'intérieur même des compositions, l'album souffre de quelques ratés qui sont quasiment inévitables quand on se met à jouer au caméléon.

On regrettera ainsi les parties de hardcore lourdingues et peu convaincantes qui plombent le couplet funky de “Maintalnasc”, ou l'idée de base mal exploitée d'un “Katlet-matlet” à l'orientale, deux titres qui forment un creux assez désagréable en plein milieu d'album, plus, en fin de course, un “Dastala” qui est juste ennuyeux de bout en bout. La voix de Liavon Volski et son style vocal par moments un peu trop nonchalant peuvent aussi constituer un obstacle pour qui voudrait se lancer à corps perdu dans le rock indépendant biélorusse. Malgré cela, Try carapachi propose assez de matière pour tout mélomane éclectique, sans même que ce dernier ne se sente obligé de s'immerger entièrement dans l'univers du groupe. Alors vous pouvez simplement oublier tout ce que votre fidèle serviteur vient d'écrire, et vous rendre au consulat le plus proche du N.R.M. demander l'asile politique.


1. Il s'agit d'une allusion à d'anciennes croyances selon lesquelles la terre, plate, reposerait sur les dos de trois immenses baleines, et faisant également écho aux trois baleines-piliers de la Russie tzariste : l'orthodoxie, l'autocratie et l'ethnicité.
2. “On vit pas trop mal”
3. “Conseil artistique”
4. “Père Noël”
5. “Les clodos”

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