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MUSE
Juin 2006
  
JOURNALISTE :
-the lord
  
INTERVIEW AVEC :
Dominic Howard et Chris Wolstenholme
Batteur et Bassiste
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Quatrième volet de la discographie de Muse, Black Holes And Revelations en est son élément le plus ambitieux et surprenant. Prépoduit en partie en France, cet album confirme que le trio sait se réinventer avec succès en incorporant des idées très variées et inédites. C’est dans une chambre d’un grand hôtel parisien que Chris Wolstenholme ainsi que Dominic Howard sont revenus pour nous sur nos questions les plus pressantes à propos du nouveau-né.
(note de -the lord : les interviews avec Chris et Dominic ont été réalisées simultanément, d'où l'absence de réactivité entre les participants)

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-the lord : Les chansons présentes sur chacun des albums de Muse sont toujours assez différentes et possèdent leur propre identité. C'est plus vrai que jamais sur Black Holes And Revelations qui accorde beaucoup d’importance à ne jamais se répéter et repousser les limites des genres auxquels il se frotte…. Du coup votre démarche ressemble par moments à celle d'un groupe progressif. Etes-vous d'accord avec cela et est-ce que vous le prenez comme un compliment ?

Chris Wolstenholme (basse) : Je ne sais pas trop. Qu’est-ce que le progressif, après tout ? Pour moi l’enchaînement logique de ce mot est sûrement Pink Floyd ou Yes. Donc je ne pense que Muse soit vraiment progressif. De plus le progressif est synonyme de technicité et de démonstration technique opérée par chacun des membres d’un groupe sur leur instrument. Je ne trouve pas que notre musique soit spécialement technique. Je crois que nos chansons sont plus portées sur l’émotion que ce qui se fait habituellement dans la musique progressive. Bien entendu, par moments nos chansons peuvent avoir quelques aspects techniques mais cela reste très limité. Je tiens à dire que je ne suis pas non plus un spécialiste du rock progressif. J’écoutais beaucoup l’incroyable Dark Side Of The Moon de Pink Floyd, notamment durant la composition et l’enregistrement du nouvel album, mais je ne connais pas bien le reste de leur discographie. Et je ne sais même pas s’ils sont progressifs. En fait, je ne sais pas ce que ça veut dire (rires) !

Dominic Howard (batterie) : Oui, je le prends comme un compliment. Mais qu'est-ce que la progression dans la musique (rires) ? Nous essayons toujours de faire des choses différentes dans le cadre que nous nous sommes définis. Sur Black Holes And Revelations, nous coupons un peu les ponts avec ce que nous avons fait par le passé. Pour moi, c'est un nouveau départ car chaque chanson a été prise une nouvelle opportunité. Nous n'avons eu aucune contrainte. Du coup, nous obtenons énormément de couleurs différentes. Le disque est assez bizarre en même temps...

-the lord : Comment ça ?

Dominic Howard : Il est emprient d'un sentiment bizarre car nous n'étions jamais sûrs de la démarche à adopter pour faire sonner ce disque comme un effort collectif. C'était le défi. Au final, ça sonne indéniablement comme du Muse mais c'est aussi la musique la plus variée et aventureuse que nous ayons écrite jusqu'à présent. Nous voulions montrer le groupe sous toutes ses coutures pour une fois. Nous avons accentué le côté orchestral de la musique avec des influences de musiques de films (Ennio Morricone) et des musiques orientales. Nous cherchons toujours à élargir notre palette de styles et cette fois-ci ça s'est fait notamment en écoutant des radios orientales sur Internet mais aussi en bidouillant à l'extrême sur des synthés et à essayer de comprendre leur fonctionnement ! C'était presque une démarche studieuse, comme si nous étions à l'école en train d'apprendre la physique (rires). Nous avons toujours eu une approche assez scientifique de la musique mais cette fois-ci nous avons été très loin dans cette voie.

-the lord : Du coup l'album a un caractère assez dansant...

Dominic Howard : Oui, c'est vrai. C'est agréable car cela donne un aspect à notre musique totalement inédit.

-the lord : Tu penses que le groupe arrivera encore à surprendre les gens après ce disque car j'ai l'impression que vous avez abattu beaucoup de cartes d'un coup... Il y a onze chansons et en ce qui me concerne je pense que chacune d'entre elles constituerait un bon point de départ pour un nouvel album...

Dominic Howard : Oui, je suis d'accord. Mais dans chacun des styles approchés, je suis certain que nous pouvons aller encore plus loin. Il y a certains trucs comme sur Supermassive Black Hole et toutes nos influencees R 'n' B qui doivent encore mûrir. Et même si nous voulons avoir une base R 'n' B, le son sera toujours heavy. J'apprécie l'inverse avec A Soldier's Poem, un morceau très intime, simple et presque jazzy. Nous avons utilisé de vieux instruments pour ce titre et en avons profité pour jouer des reprises et c'était amusant. J'aimerais faire un album de jazz (rires) ! Du coup, nous pourrions vraiment mettre l'attention sur le piano. En effet, notre musique est tellement chargée qu'il nous est parfois difficile de faire assez de place pour le piano. Black Holes And Revelations est d'ailleurs bien plus orienté vers la guitare que vers les claviers. Les seules chansons qui étaient portées par le piano n'ont pas été retenues, finalement.

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-the lord : Matt Bellamy est connu pour écrire la majorité de la musique. Néanmoins le groupe est généralement crédité dans son ensemble. Quel est ton rôle exact dans le processus d’écriture et quelles sont tes marges de manœuvre ?

Chris Wolstenholme : L’idée de base - la grille d’accords et les mélodies - vient toujours de Matt. Je crois qu’une petite partie des morceaux sont terminés avant même que Dom et moi les ayons entendus. Il nous faut simplement apprendre à les jouer. La majorité des chansons se construisent en revanche lorsque nous les travaillons tous les trois ensemble à partir des idées de Matt. Dom et moi apportons souvent du groove dans ce que propose Matt. Parfois cela peut changer complètement l’idée initiale. Les chansons ne prennent véritablement vie qu’une fois que nous leur apportons notre grain de sel. N’importe quelle chanson peut se résumer à quelques accords et à une mélodie : les arrangements jouent donc un rôle primordial et c’est là que j’interviens le plus. Veut-on présenter un morceau en acoustique ? Veut-on le faire sonner comme du heavy metal ? Du jazz ? Nous pouvons tout faire à partir de ce qui est écrit à la base et il nous appartient à tous les trois d’avoir des avis sur la tournure à prendre afin d’optimiser chaque morceau. C’est assez difficile parfois car certains morceaux pourraient fonctionner de trois ou quatre manières complètement différentes. La décision la plus dure à prendre est souvent de choisir quelle version d’un morceau il nous faut présenter au public. Chaque version est souvent aussi bonne que les autres mais pour des raisons différentes. Il faut pourtant choisir en fonction de la teneur globale de l’album.

-the lord : D’où l’intérêt de présenter ces versions alternatives en concert…

Chris Wolstenholme : Exactement. Nous avons l’habitude de le faire et cela ne va pas changer avec ce nouvel album. En effet, certaines chansons seront totalement impossibles à reproduire à l’identique en live. Nous avons toujours considéré la scène comme quelque chose à part, par conséquent nous ne proposons pas nos chansons de la même manière. En tant que spectateur, je veux qu’un concert ait un côté spontané et surprenant qu’on ne trouve pas sur un album studio. Il faut des improvisations et pas seulement un playback du disque ! Autant rester chez soi si c’est pour se taper l’album à l’identique (rires) !

-the lord : En écoutant Black Holes And Revelations, j'ai pensé à plusieurs artistes et/ou groupes. Je vais t'en citer quelques-uns et tu vas me dire si tu es d'accord et ton avis sur leur musique... Ennio Morricone.

Dominic Howard : Tout à fait d'accord. Knights Of Cydonia est pleine de références à lui. Matt Bellamy vit en Italie et s'est vraiment penché sur la musique d'Ennio ainsi que sur la musique folklorique locale. Cette dernière est très inspirée de la culture nord africaine voire le Moyen-Orient. Ces idées nous ont revigoré et à l'écoute de Knights Of Cydonia, on voit les mêmes images que celles des films de Sergio Lione. C'est un morceau très cinématique.

-the lord : Prince.

Dominic Howard : Je vois ce que tu veux dire ! Prince est cool et nous influence surtout en ce qui concerne la production. Par moments, le chant se rapproche de son style car il y a beaucoup de rythme et de groove. La production de ses albums est complètement folle : très sèche et n'accordant pas beaucoup d'importance à la batterie mais laissant tous les autres instruments respirer.

-the lord : Franz Ferdinand, pour le style rock un peu dansant...

Dominic Howard : J'aime beaucoup ce groupe et ce qu'il a apporté au rock en lui incorporant beaucoup de beats de dance et en rendant cette formule populaire. C'est un groupe très influent : il n'y a qu'à écouter le nombre de formations qui sonnent exactement comme eux en Angleterre ! Je suis sûr qu'ils se marrent bien en voyant le nombre de personnes qui les plagie sans scrupule (rires). Pour ma part, je trouve que les sons sur cet album relèvent plus de la musique électro que de Franz Ferdinand.

-the lord : Led Zeppelin.

Dominic Howard : Oui, j'aime ce groupe. Il n'y a des masses de riffs bluesy sur Black Holes And Revelations mais sur Supermassive Black Hole, il y a une certaine ressemblance. Je pense tout de même que leur influence sur nous était plus claire par le passé que sur Black Holes And Revelations.

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-the lord : Le dernier groupe n'est pas une influence mais un combo que vous semblez de plus en plus influencer : Dream Theater.

Dominic Howard : (rires) Le groupe du batteur ? Il s'appelle Mike Portnoy, non ? Je ne connais pas leur musique mais je pense tout de même que leur groupe est nettement plus technique sur le nôtre même si certaines chansons de Black Holes And Revelations sont assez complexes. Il y a peut-être quelques parallèles dans la complexité...

-the lord : Es-tu au courant que Mike Portnoy parle souvent de vous et l'apport de votre musique dans la sienne ?

Dominic Howard : (il explose de rire) Vraiment ? J'adore Dream Theater maintenant (rires) ! Je n'aurais jamais pensé influencé un groupe comme ça car de mon point de vue Dream Theater est constitué de "génies bizarres" et je ne vois pas trop ce que nous avons à voir là-dedans.

-the lord : Black Holes And Revelations incorpore donc vraiment beaucoup d’influences. Certaines d’entre elles sont même assez rares chez des groupes de rock (Prince, Ennio Morricone etc). Est-ce que tout cela est vraiment une démarche naturelle ou est-ce que vous recherchez à tout prix l’originalité pour ne pas vous répéter ?

Chris Wolstenholme : Oui, c’est vraiment un but que nous cherchons à atteindre à chaque fois. Je pense que s’essayer à de nouvelles sonorités est un des aspects les plus excitants de la création musicale. Nous savons déjà que nous sommes bons lorsque nous faisons du rock alors pourquoi ne pas essayer autre chose ? C’est toujours un défi que de jouer quelque chose qui ne nous vient pas naturellement et c’est lorsque nous allons au bout de ces idées-là que nous sommes réellement fiers de notre musique. La dernière chanson du nouvel album est d’ailleurs très représentative de cette démarche : notre manière de jouer, les accords employés, la façon dont la section rythmique soude le tout sont très différents du Muse habituel. Ce morceau fut très dur à interpréter, pas nécessairement en termes de technique individuelle mais pour que ça fonctionne en tant que groupe. Je suis convaincu que si tu demandais aux deux autres quel est leur morceau préféré du disque, ils te répondraient la même chose pour les mêmes raisons car nous sentons que nous avons véritablement accompli quelque chose avec cette chanson. C’est comme lorsque quelqu’un se croit incapable de courir vingt kilomètres et quand il y arrive enfin il se sent fort (rires) !

-the lord : A cet égard, est-ce que tu penses que le groupe s’arrêtera au moment où il n’y arrive plus à incorporer des éléments inédits dans sa musique et ce même s’il parvient encore à écrire de bonnes chansons dans un style plus habituel ?

Chris Wolstenholme : C’est difficile à dire. Il est cependant évident que nous avons peur de nous répéter. Je pense néanmoins que si chaque album que nous écrivons est à nos yeux meilleur que le précédent, nous continuerons. Par contre, il arrivera bien un jour où l’inspiration ne sera plus au rendez-vous. Cela arrive à tant de groupes… Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne reviendra jamais non plus. Il peut y avoir une période noire qui disparaîtra aussi vite qu’elle est apparue. Ce ne sont pas des événements que l’on peut prévoir. Il faut simplement les encaisser. Nous avons appris à être reconnaissant de tout ce qui a pu nous arriver. Depuis huit ans, tout s’est passé à merveille pour Muse. Nous avons quatre albums au compteur et nous sommes extrêmement contents de chacun d’entre eux. Nous savourons le succès tant qu’il est au rendez-vous car qui peut savoir ce qui va se passer pour nous dans un an ? Peut-être qu’un matin un de nos trois se réveillera et dira qu’il n’a plus envie de jouer de la musique. Cela arrive à certains musiciens et si c’était le cas pour l’un d’entre nous, je pense que le groupe s’arrêterait. Profitons donc du moment présent. Espérons que ça continuera et que le groupe ira encore souvent dans des pays étrangers vivre des moments uniques.

-the lord : Comment expliques-tu la popularité que recontre votre musique ?

Dominic Howard : C'est assez surprenant et Black Holes And Revelations est encore plus surprenant du fait de sa diversité. Mais le plus important est que nous sommes un bon groupe de scène et les gens aiment toujours aller voir un bon concert. Certains groupes se contentent du minimum sur scène alors que nous faisons toujours le maximum. Chaque tournée a été plus grosse que la précédente : je crois que cela ne pourrait pas arriver si nous ne mettions pas le paquet à chaque concert.

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-the lord : Es-tu d'ailleurs satisfait du DVD que vous avez sorti en fin d'année dernière ? Bien qu'il soit de très bonne qualité, je trouve qu'il ne retranscrit pas très bien l'ambiance d'un de vos concerts et, à cause du montage, rend le spectacle plus confus qu'il n'est vraiment...

Dominic Howard : Oui, mais il faut nous montrer à notre avantage (rires) ! Nos concerts sont souvent assez confus et chaotiques de toute manière et pour un DVD à commercialiser, nous n'avons pas spécialement le choix : il faut inclure ce type d'images avec un montage rapide.

-the lord : Est-ce que tu as l'impression que les trois précédents albums de Muse ont été "correctement" compris par vos fans ?

Dominic Howard : Oui. Nous avons provoqué de vives réactions chez les gens aussi bien dans le positif que dans le négatif. Je crois que notre musique tend naturellement vers ces réactions car elle est elle-même extrême : soit très clame et minimaliste soit surproduite et grandiloquente. Mais le fait que les gens viennent nous voir en concert prouve selon moi qu'ils ont tout compris (rires).

Chris Wolstenholme : Nous n’avons jamais voulu faire passer de message à travers notre musique. Les gens trouvent généralement ce qu’ils veulent dans la musique et de toute manière personne n’est sensible aux mêmes choses. Cela vaut également pour les paroles. Quand Matt écrit, il pense toujours à des événements ou à des personnes très précises de son entourage. Il ne fait jamais référence à des choses connues de tous. Par conséquent, libre à chacun d’interpréter ses paroles comme bon leur semble. Je sais que ce que je dis est extrêmement banal mais c’est pourtant vrai : il est assez rare pour les auditeurs de ressentir la même chose que les compositeurs par rapport à une même chanson.

-the lord : Est-ce que la réaction de vos fans par rapport à votre musique est quelque chose d’important ? Est-ce qu’ils ont d’une certaine façon une influence sur ce que vous faîtes et est-ce que s’ils ne s’intéressaient plus à Muse vous continueriez quand même ?

Chris Wolstenholme : Je crois que par la nature même du groupe, il est impossible de contenter complètement quelqu’un sur le long terme. Je suis certain que même parmi nos fans les dévoués, il n’y a en a aucun qui adore les trois albums à la fois car chacun de ces disques a des qualités excessivement différentes. Je sais que certaines personnes ont adoré le premier album et pas les suivants alors que d’autres apprécient Showbiz et Absolution en trouvant Origin Of Symmetry raté. Nous n’appliquons jamais de formules toutes prêtes pour notre musique. Les fans s’attendent simplement à être surpris à chaque album ; c’est la seule certitude. Nous pouvons également compter sur de nombreux fans très fidèles qui vont nous voir en tournée et je vois mal comment nous pourrions les décevoir car ceux-ci repartent toujours contents de nos concerts même si nous avons joué des morceaux qu’ils n’aiment pas ou si notre dernier album n’est pas bon. Notre carrière allant en s’amplifiant, je suppose que nous pourrions nous « permettre » de sortir un album moyen. Il faut éviter de se saborder dès le début de carrière en sortant un très bon album suivi d’une bouse puisque dans ce cas, la moitié de son répertoire est de la merde (rires) !

En revanche, avec cinq ou six albums dont un mauvais, le pourcentage de déchet est acceptable et il reste beaucoup de bonnes chansons que les gens apprécient. En tout cas, pas de signes de déchets encore pour nous car nous sommes convaincus que notre nouvel album est notre meilleur. Espérons que les gens partageront cet enthousiasme même s’il est impossible de satisfaire chaque fan de Muse. Le fait de finir un album est un moment très excitant. En studio, on ne se rend pas bien compte de la tournure que prend l’album car on est systématiquement focalisé sur des bribes de chansons. Ce n’est que lorsqu’on peut enfin rentrer chez soi et écouté l’album du début à la fin que tout prend un sens et que l’on réalise à quel point tout le monde a bien bossé. On rentre instantanément dans une deuxième phase et l’on se demande ce que les gens vont en penser –notamment par rapport à l’album précédent- en attendant de retrouver la scène.

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