-the
lord : Les chansons présentes sur chacun des albums de
Muse sont toujours assez différentes et possèdent leur propre
identité. C'est plus vrai que jamais sur Black Holes And
Revelations qui accorde beaucoup d’importance à ne jamais se répéter
et repousser les limites des genres auxquels il se frotte….
Du coup votre démarche ressemble par moments à celle
d'un groupe progressif. Etes-vous d'accord avec cela et est-ce que
vous le prenez comme un compliment ?
Chris Wolstenholme
(basse) : Je ne sais pas trop. Qu’est-ce que le progressif,
après tout ? Pour moi l’enchaînement logique de ce mot
est sûrement Pink Floyd ou Yes. Donc je ne pense que Muse soit
vraiment progressif. De plus le progressif est synonyme de
technicité et de démonstration technique opérée par chacun des
membres d’un groupe sur leur instrument. Je ne trouve pas que
notre musique soit spécialement technique. Je crois que nos
chansons sont plus portées sur l’émotion que ce qui se fait
habituellement dans la musique progressive. Bien entendu, par
moments nos chansons peuvent avoir quelques aspects techniques
mais cela reste très limité. Je tiens à dire que je ne suis pas
non plus un spécialiste du rock progressif. J’écoutais
beaucoup l’incroyable Dark Side Of The Moon de Pink Floyd,
notamment durant la composition et l’enregistrement du nouvel
album, mais je ne connais pas bien le reste de leur discographie.
Et je ne sais même pas s’ils sont progressifs. En fait, je ne
sais pas ce que ça veut dire (rires) !
Dominic Howard
(batterie) :
Oui, je le prends comme un compliment. Mais qu'est-ce que la
progression dans la musique (rires) ? Nous essayons
toujours de faire des choses différentes dans le cadre que nous
nous sommes définis. Sur Black Holes And Revelations, nous
coupons un peu les ponts avec ce que nous avons fait par le
passé. Pour moi, c'est un nouveau départ car chaque chanson a
été prise une nouvelle opportunité. Nous n'avons eu aucune
contrainte. Du coup, nous obtenons énormément de couleurs
différentes. Le disque est assez bizarre en même temps...
-the
lord : Comment ça ?
Dominic Howard :
Il est emprient d'un sentiment bizarre car nous n'étions jamais
sûrs de la démarche à adopter pour faire sonner ce disque comme
un effort collectif. C'était le défi. Au final, ça sonne
indéniablement comme du Muse mais c'est aussi la musique la plus
variée et aventureuse que nous ayons écrite jusqu'à présent.
Nous voulions montrer le groupe sous toutes ses coutures pour une
fois. Nous avons accentué le côté orchestral de la musique avec
des influences de musiques de films (Ennio Morricone) et des
musiques orientales. Nous cherchons toujours à élargir notre
palette de styles et cette fois-ci ça s'est fait notamment en
écoutant des radios orientales sur Internet mais aussi en
bidouillant à l'extrême sur des synthés et à essayer de
comprendre leur fonctionnement ! C'était presque une démarche
studieuse, comme si nous étions à l'école en train d'apprendre
la physique (rires). Nous avons toujours eu une approche
assez scientifique de la musique mais cette fois-ci nous avons
été très loin dans cette voie.
-the
lord : Du coup l'album a un caractère assez dansant...
Dominic Howard :
Oui, c'est vrai. C'est agréable car cela donne un aspect à notre
musique totalement inédit.
-the
lord : Tu penses que le groupe arrivera encore à
surprendre les gens après ce disque car j'ai l'impression que
vous avez abattu beaucoup de cartes d'un coup... Il y a onze
chansons et en ce qui me concerne je pense que chacune d'entre
elles constituerait un bon point de départ pour un nouvel
album...
Dominic Howard :
Oui, je suis d'accord. Mais dans chacun des styles approchés, je
suis certain que nous pouvons aller encore plus loin. Il y a
certains trucs comme sur Supermassive Black Hole et toutes nos
influencees R 'n' B qui doivent encore mûrir. Et même si nous
voulons avoir une base R 'n' B, le son sera toujours heavy.
J'apprécie l'inverse avec A Soldier's Poem, un morceau très
intime, simple et presque jazzy. Nous avons utilisé de vieux
instruments pour ce titre et en avons profité pour jouer des
reprises et c'était amusant. J'aimerais faire un album de jazz (rires)
! Du coup, nous pourrions vraiment mettre l'attention sur le
piano. En effet, notre musique est tellement chargée qu'il nous
est parfois difficile de faire assez de place pour le piano. Black Holes And Revelations
est d'ailleurs bien plus orienté vers la guitare que vers les
claviers. Les seules chansons qui étaient portées par le piano
n'ont pas été retenues, finalement.
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-the
lord : Matt Bellamy est connu pour écrire la majorité de la
musique. Néanmoins le groupe est généralement crédité dans
son ensemble. Quel est ton rôle exact dans le processus d’écriture
et quelles sont tes marges de manœuvre ?
Chris Wolstenholme :
L’idée de base - la grille d’accords et les mélodies - vient
toujours de Matt. Je crois qu’une petite partie des morceaux
sont terminés avant même que Dom et moi les ayons entendus. Il
nous faut simplement apprendre à les jouer. La majorité des
chansons se construisent en revanche lorsque nous les travaillons
tous les trois ensemble à partir des idées de Matt. Dom et moi
apportons souvent du groove dans ce que propose Matt. Parfois cela
peut changer complètement l’idée initiale. Les chansons ne
prennent véritablement vie qu’une fois que nous leur apportons
notre grain de sel. N’importe quelle chanson peut se résumer à
quelques accords et à une mélodie : les arrangements jouent
donc un rôle primordial et c’est là que j’interviens le
plus. Veut-on présenter un morceau en acoustique ? Veut-on
le faire sonner comme du heavy metal ? Du jazz ? Nous
pouvons tout faire à partir de ce qui est écrit à la base et il
nous appartient à tous les trois d’avoir des avis sur la
tournure à prendre afin d’optimiser chaque morceau. C’est
assez difficile parfois car certains morceaux pourraient
fonctionner de trois ou quatre manières complètement différentes.
La décision la plus dure à prendre est souvent de choisir quelle version d’un morceau il nous faut présenter au public. Chaque version est souvent aussi bonne que les autres mais pour des raisons différentes. Il faut pourtant choisir en fonction de la teneur globale de l’album.
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-the
lord : D’où l’intérêt de présenter ces versions
alternatives en concert…
Chris Wolstenholme :
Exactement. Nous avons l’habitude de le faire et cela ne va pas
changer avec ce nouvel album. En effet, certaines chansons seront
totalement impossibles à reproduire à l’identique en live.
Nous avons toujours considéré la scène comme quelque chose à
part, par conséquent nous ne proposons pas nos chansons de la même
manière. En tant que spectateur, je veux qu’un concert ait un côté
spontané et surprenant qu’on ne trouve pas sur un album studio.
Il faut des improvisations et pas seulement un playback du disque !
Autant rester chez soi si c’est pour se taper l’album à
l’identique (rires) !
-the
lord : En écoutant Black Holes And Revelations,
j'ai pensé à plusieurs artistes et/ou groupes. Je vais t'en
citer quelques-uns et tu vas me dire si tu es d'accord et ton avis
sur leur musique... Ennio Morricone.
Dominic Howard :
Tout à fait d'accord. Knights Of Cydonia est pleine de
références à lui. Matt Bellamy vit en Italie et s'est vraiment
penché sur la musique d'Ennio ainsi que sur la musique
folklorique locale. Cette dernière est très inspirée de la
culture nord africaine voire le Moyen-Orient. Ces idées nous ont
revigoré et à l'écoute de Knights Of Cydonia, on voit les
mêmes images que celles des films de Sergio Lione. C'est un
morceau très cinématique.
-the
lord : Prince.
Dominic Howard :
Je vois ce que tu veux dire ! Prince est cool et nous influence
surtout en ce qui concerne la production. Par moments, le chant se
rapproche de son style car il y a beaucoup de rythme et de groove.
La production de ses albums est complètement folle : très sèche
et n'accordant pas beaucoup d'importance à la batterie mais
laissant tous les autres instruments respirer.
-the
lord : Franz Ferdinand, pour le style rock un peu
dansant...
Dominic Howard :
J'aime beaucoup ce groupe et ce qu'il a apporté au rock en lui
incorporant beaucoup de beats de dance et en rendant cette formule
populaire. C'est un groupe très influent : il n'y a qu'à
écouter le nombre de formations qui sonnent exactement comme eux
en Angleterre ! Je suis sûr qu'ils se marrent bien en voyant le
nombre de personnes qui les plagie sans scrupule (rires).
Pour ma part, je trouve que les sons sur cet album relèvent plus
de la musique électro que de Franz Ferdinand.
-the
lord : Led Zeppelin.
Dominic Howard :
Oui, j'aime ce groupe. Il n'y a des masses de riffs bluesy sur Black Holes And Revelations
mais sur Supermassive Black Hole, il y a une certaine
ressemblance. Je pense tout de même que leur influence sur nous
était plus claire par le passé que sur Black Holes And Revelations.
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-the
lord : Le dernier groupe n'est pas une influence mais un
combo que vous semblez de plus en plus influencer : Dream Theater.
Dominic Howard :
(rires) Le groupe du batteur ? Il s'appelle Mike Portnoy,
non ? Je ne connais pas leur musique mais je pense tout de même
que leur groupe est nettement plus technique sur le nôtre même
si certaines chansons de Black Holes And Revelations sont assez
complexes. Il y a peut-être quelques parallèles dans la
complexité...
-the
lord : Es-tu au courant que Mike Portnoy parle souvent de
vous et l'apport de votre musique dans la sienne ?
Dominic Howard :
(il explose de rire) Vraiment ? J'adore Dream Theater
maintenant (rires) ! Je n'aurais jamais pensé influencé
un groupe comme ça car de mon point de vue Dream Theater est
constitué de "génies bizarres" et je ne vois pas trop
ce que nous avons à voir là-dedans.
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-the
lord : Black Holes And Revelations incorpore donc vraiment
beaucoup d’influences. Certaines d’entre elles sont même
assez rares chez des groupes de rock (Prince, Ennio Morricone
etc). Est-ce que tout cela est vraiment une démarche naturelle ou
est-ce que vous recherchez à tout prix l’originalité pour ne
pas vous répéter ?
Chris Wolstenholme :
Oui, c’est vraiment un but que nous cherchons à atteindre à
chaque fois. Je pense que s’essayer à de nouvelles sonorités
est un des aspects les plus excitants de la création musicale.
Nous savons déjà que nous sommes bons lorsque nous faisons du
rock alors pourquoi ne pas essayer autre chose ? C’est
toujours un défi que de jouer quelque chose qui ne nous vient pas
naturellement et c’est lorsque nous allons au bout de ces idées-là
que nous sommes réellement fiers de notre musique. La dernière
chanson du nouvel album est d’ailleurs très représentative de
cette démarche : notre manière de jouer, les accords employés,
la façon dont la section rythmique soude le tout sont très différents
du Muse habituel. Ce morceau fut très dur à interpréter, pas nécessairement
en termes de technique individuelle mais pour que ça fonctionne
en tant que groupe. Je suis convaincu que si tu demandais aux deux
autres quel est leur morceau préféré du disque, ils te répondraient
la même chose pour les mêmes raisons car nous sentons que nous
avons véritablement accompli quelque chose avec cette chanson.
C’est comme lorsque quelqu’un se croit incapable de courir
vingt kilomètres et quand il y arrive enfin il se sent fort (rires) !
-the
lord : A cet égard, est-ce que tu penses que le groupe
s’arrêtera au moment où il n’y arrive plus à incorporer des
éléments inédits dans sa musique et ce même s’il parvient
encore à écrire de bonnes chansons dans un style plus habituel ?
Chris Wolstenholme :
C’est difficile à dire. Il est cependant évident que nous
avons peur de nous répéter. Je pense néanmoins que si chaque
album que nous écrivons est à nos yeux meilleur que le précédent,
nous continuerons. Par contre, il arrivera bien un jour où
l’inspiration ne sera plus au rendez-vous. Cela arrive à tant
de groupes… Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne reviendra
jamais non plus. Il peut y avoir une période noire qui disparaîtra
aussi vite qu’elle est apparue. Ce ne sont pas des événements
que l’on peut prévoir. Il faut simplement les encaisser. Nous
avons appris à être reconnaissant de tout ce qui a pu nous
arriver. Depuis huit ans, tout s’est passé à merveille pour
Muse. Nous avons quatre albums au compteur et nous sommes extrêmement
contents de chacun d’entre eux. Nous savourons le succès tant
qu’il est au rendez-vous car qui peut savoir ce qui va se passer
pour nous dans un an ? Peut-être qu’un matin un de nos
trois se réveillera et dira qu’il n’a plus envie de jouer de
la musique. Cela arrive à certains musiciens et si c’était le
cas pour l’un d’entre nous, je pense que le groupe s’arrêterait.
Profitons donc du moment présent. Espérons que ça continuera et
que le groupe ira encore souvent dans des pays étrangers vivre
des moments uniques.
-the
lord : Comment expliques-tu la popularité que recontre
votre musique ?
Dominic Howard :
C'est assez surprenant et Black Holes And Revelations est encore
plus surprenant du fait de sa diversité. Mais le plus important
est que nous sommes un bon groupe de scène et les gens aiment
toujours aller voir un bon concert. Certains groupes se contentent
du minimum sur scène alors que nous faisons toujours le maximum.
Chaque tournée a été plus grosse que la précédente : je crois
que cela ne pourrait pas arriver si nous ne mettions pas le paquet
à chaque concert.
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-the
lord : Es-tu d'ailleurs satisfait du DVD que vous avez
sorti en fin d'année dernière ? Bien qu'il soit de très bonne
qualité, je trouve qu'il ne retranscrit pas très bien l'ambiance
d'un de vos concerts et, à cause du montage, rend le spectacle
plus confus qu'il n'est vraiment...
Dominic Howard :
Oui, mais il faut nous montrer à notre avantage (rires) !
Nos concerts sont souvent assez confus et chaotiques de toute
manière et pour un DVD à commercialiser, nous n'avons pas
spécialement le choix : il faut inclure ce type d'images avec un
montage rapide.
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-the
lord : Est-ce que tu as l'impression que les trois
précédents albums de Muse ont été "correctement"
compris par vos fans ?
Dominic Howard :
Oui. Nous avons provoqué de vives réactions chez les gens aussi
bien dans le positif que dans le négatif. Je crois que notre
musique tend naturellement vers ces réactions car elle est
elle-même extrême : soit très clame et minimaliste soit
surproduite et grandiloquente. Mais le fait que les gens viennent
nous voir en concert prouve selon moi qu'ils ont tout compris
(rires).
Chris Wolstenholme :
Nous n’avons jamais voulu faire passer de message à travers
notre musique. Les gens trouvent généralement ce qu’ils
veulent dans la musique et de toute manière personne n’est
sensible aux mêmes choses. Cela vaut également pour les paroles.
Quand Matt écrit, il pense toujours à des événements ou à des
personnes très précises de son entourage. Il ne fait jamais référence
à des choses connues de tous. Par conséquent, libre à chacun
d’interpréter ses paroles comme bon leur semble. Je sais que ce
que je dis est extrêmement banal mais c’est pourtant vrai :
il est assez rare pour les auditeurs de ressentir la même chose
que les compositeurs par rapport à une même chanson.
-the
lord : Est-ce que la réaction de vos fans par rapport à
votre musique est quelque chose d’important ? Est-ce
qu’ils ont d’une certaine façon une influence sur ce que vous
faîtes et est-ce que s’ils ne s’intéressaient plus à Muse
vous continueriez quand même ?
Chris Wolstenholme :
Je crois que par la nature même du groupe, il est impossible de
contenter complètement quelqu’un sur le long terme. Je suis
certain que même parmi nos fans les dévoués, il n’y a en a
aucun qui adore les trois albums à la fois car chacun de ces
disques a des qualités excessivement différentes. Je sais que
certaines personnes ont adoré le premier album et pas les
suivants alors que d’autres apprécient Showbiz et Absolution en
trouvant Origin Of Symmetry raté. Nous n’appliquons jamais de
formules toutes prêtes pour notre musique. Les fans s’attendent
simplement à être surpris à chaque album ; c’est la
seule certitude. Nous pouvons également compter sur de nombreux
fans très fidèles qui vont nous voir en tournée et je vois mal
comment nous pourrions les décevoir car ceux-ci repartent
toujours contents de nos concerts même si nous avons joué des
morceaux qu’ils n’aiment pas ou si notre dernier album n’est
pas bon. Notre carrière allant en s’amplifiant, je suppose que
nous pourrions nous « permettre » de sortir un album
moyen. Il faut éviter de se saborder dès le début de carrière
en sortant un très bon album suivi d’une bouse puisque dans ce
cas, la moitié de son répertoire est de la merde (rires) !
En
revanche, avec cinq ou six albums dont un mauvais, le pourcentage
de déchet est acceptable et il reste beaucoup de bonnes chansons
que les gens apprécient. En tout cas, pas de signes de déchets
encore pour nous car nous sommes convaincus que notre nouvel album
est notre meilleur. Espérons que les gens partageront cet
enthousiasme même s’il est impossible de satisfaire chaque fan
de Muse. Le fait de finir un album est un moment très excitant.
En studio, on ne se rend pas bien compte de la tournure que prend
l’album car on est systématiquement focalisé sur des bribes de
chansons. Ce n’est que lorsqu’on peut enfin rentrer chez soi
et écouté l’album du début à la fin que tout prend un sens
et que l’on réalise à quel point tout le monde a bien bossé.
On rentre instantanément dans une deuxième phase et l’on
se demande ce que les gens vont en penser –notamment par rapport
à l’album précédent- en attendant de retrouver la scène.
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