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MUSE Black Holes And Revelations (2006) |
LINE UP : Matthew Bellamy (chant+guitare+claviers) Chris Wolstenholme (basse) Dominic Howard (batterie) |
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CHANSONS QUI TUENT : Knights Of Cydonia City Of Delusion |
CHRONIQUEUR : -the lord (Août 2006) |
NOTE : 17 / 20 |
Bonjour à tous et merci de votre intérêt pour la conférence d'aujourd'hui "Black Holes And Revelations : mitose musicale ou dégradation discographique ?" Depuis la sortie de ce disque, nos meilleurs chercheurs ont travaillé d'arrache-pied pour comprendre le processus créatif qui a engendré le quatrième album de Muse. Bordel musical pour les uns, chef d'oeuvre rétro-futuriste pour les autres, Black Holes And Revelations ne laisse pas la place aux réactions mitigées. Tout le monde s'accordant à dire que le trio a pris des risques pour cette galette, nous sommes remontés à la genèse de l'album pour en saisir les tenants et les aboutissants. La conclusion de ces semaines de boulot acharné est sans appel : Black Holes And Revelations adopterait toutes les caractéristiques de la mitose. Exactement, la mitose. Un constat alarmant qui, s'il se reproduit, laisse présager d'une terrible déferlante expérimentale pour les opus à venir...
A bien y regarder, cette phase de mitose était prévisible. Showbiz constituait la première étape du cycle cellulaire : la phase G1, première phase de croissance. Origin Of Symmetry, dans la droite lignée du premier album, représentait la phase S durant laquelle le matériel génétique est répliqué alors qu'Absolution, en s'écartant de ses prédécesseurs, définissait G2, la seconde phase de croissance cellulaire. Ne manquait plus que la phase M, celle de la mitose proprement dite. Penchons-nous donc de plus près sur cet étrange phénomène, lui-même divisé en quatre étapes (on considérera ici que la prophase et la métaphase n'en forment qu'une seule) toutes respectées à la lettre par Matthew Bellamy, Chris Wolstenholme et Dominic Howard.
Lors de la prophase, le matériel génétique (ADN), qui en temps normal est présent dans le noyau sous la forme de chromatine se condense en structures très ordonnées et individualisées appelées chromosomes. Ils sont ici au nombre de onze et en effet chacun d'entre eux est défini de manière unique à tel point qu'ils auraient tous pu être le point de départ d'une nouvelle direction stylistique pour Muse. Funk/rock dansant sur Supermassive Black Hole, pop très légère sur Starlight, western opera rock sur Knights Of Cydonia, ballade acoustique de poche avec Soldier's Poem, le heavy metal d'Assassin, le depeche-modien Map Of The Problematique, le fourre-tout imprévisible de City Of Delusion : tous les tics de jeu précédemment mis en évidence par le trio sont noyés sous une tonne de nouvelles sonorités seulement reliées entre elles par une inspiration artistique à son paroxysme.
L'anaphase est une phase très rapide de la mitose où les chromatides se séparent et migrent vers les pôles opposés de la cellule. Black Holes And Revelations est sans aucun doute possible l'album où Muse s'affranchit de ses influences (ou en trouve de tellement improbables que le résultat en devient comparable). Alors que le groupe a bâti sa réputation dans un environnement post-Ok Computer, Muse met l'accent sur ce qu'il fait de mieux plutôt que sur ce qu'il fait le plus fréquemment : les chansons spatiales titillant les gimmicks plus grands que nature du vieux rock progressif et la force distordue du metal. Bien que cela soit un peu trop systématique, et davantage justifiable par la dimension que tout cela prendra sur scène que par l'ampleur intrasèque des titres, la diversité des compositions apporte beaucoup de fraîcheur au disque.
Durant la télophase, l'enveloppe nucléaire ainsi que les nucléoles commencent à se reformer. Une fois remis des surprenantes premières écoutes de Black Holes And Revelations, on pose ses repères au fil des onze chapitres, anticipant inconsciemment les changements d'ambiance comme un pilote de Formule 1 à son vingtième tour sur un nouveau circuit. Et c'est là que Muse apparaît comme génial : peu importe la source de son inspiration, les couleurs avec lesquelles il dépeint son univers ou la production employée pour matérialiser le tout, le groupe parvient à transformer en événement toutes ses expérimentations et à les rendre assimilables pour son public. Du coup, malgré cet éparpillement, Muse ne perd jamais de vue son objectif initial : écrire de bonnes chansons dont le plaisir d'interprétation est égal au plaisir d'écoute. Ce qui apparaissait donc comme son disque le plus étrange devient en fait son plus accessible.
Lors de la cytokinèse, le sillon de division se forme dans un plan perpendiculaire à l'axe du fuseau mitotique et sépare la cellule en deux. La seule question qui reste à l'issue de la chronique de Black Holes And Revelations est la façon dont le groupe va s'y prendre pour lui trouver un successeur. Après avoir brouillé les cartes de la sorte, le trio pourrait aussi bien spliter que revenir à un style basique ou encore verser dans la musique cosmique abstraite. Avant que Matthew Bellamy nous apporte la réponse, apprécions ce disque pour ce qu'il est, c'est-à-dire le meilleur album de Muse à ce jour. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine au café L'Amicale Des Boulistes dans le New Hampshire pour une nouvelle conférence, cette fois-ci sur un sujet ayant créé la polémique jusque dans les hautes sphères de l'Etat : "Si l'on peut rajouter des cordes à sa basse, est-il utile de rajouter des touches à son piano ?"
sources biologiques : wikipedia

