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Metalway 2006 - Live Report - Première journée 28-29-30 juillet 2006 par Kroboy |
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Le Metalway a lieu en Espagne à Gernika, petite bourgade du Pays Basque située une centaine de kilomètres de la frontière française. Le festival se tient sur le stade du village, dont on peut se demander s’il sert effectivement à jouer au football étant donné l’état dans lequel il sera après trois jours de concerts ! Le site contient tous les éléments qu’on peut retrouver sur les festivals estivaux : bar géant, stands de merchandising officiel du festival, le Metal Market sous une tente de grande envergure organisé par des exposants allemands dans la grande majorité, ainsi que des stands plus succincts de disques et T-shirts, souvent meilleur marché. Première mauvaise nouvelle : la France n’est pas le seul pays frappé par les orages, et le stade est particulièrement boueux, ce qui lui donne un faux air de Wacken. Cette première journée sera d’ailleurs parsemée de quelques averses.
Après trois groupes locaux peu enthousiasmants, le premier groupe de stature internationale à se produire est Finntroll. Les Finlandais étaient par ailleurs à deux doigts de déclarer forfait, puisqu’un de leurs deux guitaristes est absent. Il est finalement remplacé par un musicien officiant dans Benedictum, qui a joué deux heures plus tôt, et qui a réussi à assimiler le répertoire de Finntroll en un temps record ! Les Finlandais lui tireront un coup de chapeau chaleureux en fin de set, en même temps qu’ils fêteront l’anniversaire de leur bassiste. Le groupe ne semble pas très connu en Espagne, mais son black/folk passe comme une lettre à la poste, notamment grâce à des refrains plus entêtants les uns que les autres, et ce malgré un son de claviers un peu faible. Vreth, le nouveau chanteur, est parfait sur un plan vocal mais très statique dans son jeu de scène, laissant son guitariste faire le spectacle. On sent que Finntroll prend plaisir sur scène, et le public tout autant. Une performance fort sympathique, qui met le festival sur de bons rails.
C’est au tour de Nevermore de monter sur scène. Les musiciens semblent très sûrs d’eux, et sont surpris par l’accueil réservé du public à leur encontre, et ce ne sont pas les poses permanentes et stéréotypées du guitariste bodybuildé remplaçant Steve Smyth qui va arranger les choses ! De plus, les Américains sont desservis par un son plus qu’approximatif, où la batterie couvre presque tout le reste. C’est d’ailleurs bien dommage, car Warrel Dane est quant à lui très en voix, et son chant puissant, nettement moins maniéré qu’en studio, sonne particulièrement bien. C’est également un frontman de haut niveau, prêt à en découdre pour convaincre de nouveaux fans, et sa performance de haut vol sur le fabuleux triptyque « Dead Heart In A Dead World » - « Enemies Of Reality » - « Narcosynthesis » réchauffe l’atmosphère entre le groupe et le public. Malheureusement, le morceau suivant, « This Godless Endeavor », vire à la bouillie sonore dont on ne parvient même pas à distinguer le riff principal. Au final, malgré un potentiel certain, Nevermore a manqué sa cible aujourd’hui. Dommage.

L’arrivée de Brainstorm correspond au premier grand moment du festival. Il faut dire que l’Espagne est particulièrement réceptive au heavy metal pratiqué par les Allemands, qui s’imposent petit à petit comme des leaders en la matière. Le groupe peut se targuer de compter en ses rangs un frontman digne des plus grands en la personne d’Andy B. Franck. Ce dernier ne cesse de parcourir la scène en long et en large et sait parfaitement comment jouer avec son public, tantôt en le flattant de façon parfois un peu démago, tantôt en le provoquant pour la faire réagir (« on m’a dit que le public espagnol était aussi bruyant que le public allemand, mais je crois qu’on m’a menti ! »). Même légèrement essoufflé, il parvient sans problème à restituer ses lignes de chant puissantes et variées. Nul doute que s’il existait un système de transfert dans le monde du metal, celui-ci évoluerait au sein d’un groupe plus ambitieux que Brainstorm, groupe efficace mais au registre un peu limité. Néanmoins, les autres musiciens ne sont pas en reste, notamment le batteur Dieter Bernert, dont le jeu sans fioritures, propice au headbanging, fait des merveilles en terme d’efficacité. La setlist est exclusivement basée sur les trois derniers albums du groupe, ce qui signifie de facto que l’excellent Ambiguity est malheureusement mis de côté, mais alterne brillamment titres speed (« Shadowland », « Doorway To Survive ») et titres plus heavy (« Blind Suffering », « Shiva’s Tears »). Brainstorm conclue son set par son mégahit « All Those Words », qui déclenche l’hystérie des fans. Même le service d’ordre, visiblement peu amateur de metal, a l’air d’avoir apprécié !
Changement de style radical avec le groupe suivant, puisqu’il s’agit de The Gathering. Accompagnés par les premiers rayons de soleil de la journée, les Hollandais entament leur set par plusieurs morceaux très catchy donnant dans une veine pop-rock assez dynamique, qui tranche avec les groupes entendus précédemment mais néanmoins très agréables. Anneke Van Giesbergen sautille, sourit en permanence et se fait plaisir comme si elle montait sur scène pour la première fois, et le public est immédiatement conquis. Néanmoins, après ce début en fanfare, l’ambiance retombe nettement dès lors que le groupe entame une série de titres plus expérimentaux et moins faciles d’accès. De plus, l’attitude du guitariste, façon guitar-hero à la recherche de sonorités parfaites, qui n’est pas sans rappeler Johnny Greenwood de Radiohead, est assez désagréable et tranche avec la simplicité des autres membres du groupe. Le décalage entre la musique proposée par The Gathering et le public amateur de metal s’accroît, les sourires d’Anneke se font plus crispés, et les applaudissements sont de plus en plus polis. Le retour aux morceaux plus anciens et l’apparition de la double pédale n’y changeront rien : le metal atmosphérique des Hollandais ne séduit pas vraiment, et tout le monde semble maintenant attendre la fin de pied ferme. The Gathering quitte la scène sur un sentiment mitigé, donnant l’impression de n’avoir pas su combler le décalage avec un public metal qui n’est plus vraiment le sien.
L’impatience grandit avant l’entrée en scène du groupe suivant : il s’agit en effet d’Annihilator, qui se fait rare de ce côté de l’Atlantique. Première surprise, Dave Padden joue désormais de la guitare en plus du chant, et le bougre affiche un niveau très élevé, compte tenu de la difficulté de certaines rythmiques composées par Waters, qui est loin d’être un manchot. Par ailleurs, le chant est également partagé, puisqu’en plus des chœurs, Waters prend à sa charge des morceaux comme « King Of The Kill » ou « Refresh The Demon ». La setlist est essentiellement axée sur les deux premiers albums du groupe, d’où la coloration particulièrement thrash du show donné par les Canadiens, qui en profitent pour ressortir quelques vieilleries particulièrement jouissives comme « W.T.Y.D. » ou « The Fun Palace », qui n’avaient plus été jouées depuis un bon moment. Malheureusement, le set est quelque peu gâché par un problème étonnant, puisqu’après quasiment chaque morceau, les musiciens sont obligés de se retourner pour réaccorder leurs instruments. En plus de perturber la formation (Waters se trompera même dans l’ordre des morceaux, entamant l’instrumental « Bliss » un peu trop tôt), cela aura pour conséquence de nous priver de « Human Insecticide », autre vieux morceau que le groupe annoncera mais n’aura pas jouer, faute de temps. Le final est atomique, puisque Annihilator termine par un « Alyson Hell » magistralement interprété par Padden, qui a définitivement enterré ses nombreux prédécesseurs au chant, puis par un « Shallow Graves » qui confirme le culte que Waters voue à AC/DC. Une prestation énorme, malgré les soucis techniques, et qui confirme que Annihilator est passé à côté d’une grande carrière vu le nombre de classiques joués en seulement une heure. Vivement une tournée européenne !

Le groupe suivant est à priori une curiosité puisqu’il s’agit d’un groupe espagnol, Los Angeles Del Infierno. Totalement inconnu en France, on peut se demander ce qu’il fait aussi haut sur l’affiche, car si cela ne change rien en terme de temps (une heure pour tout le monde, sauf les têtes d’affiche), les Espagnols vont quand même bénéficier d’un vrai light show puisque la nuit est tombée. La réponse ne va néanmoins pas se faire attendre. Comme l’indique le nom du groupe, on est en plein dans l’univers du true metal façon Accept/Grave Digger, avec pieds sur les retours et poses agressives. Les membres du groupe ne sont plus de première jeunesse puisque le groupe tourne depuis plus de vingt ans, et que ses deux leaders (chanteur et guitariste lead) affichent la cinquantaine. L’avantage, c’est qu’avec une carrière si longue, les Anges ont un professionnalisme indéniable et des classiques à la pelle. La réponse du public est incroyable : tout le monde semble connaître les paroles par cœur et chante à s’en faire péter les cordes vocales, et le groupe a l’air vraiment ému de se produire devant une foule aussi conséquente. Il faut reconnaître que la musique proposée est variée (speed, heavy, ballade) et vraiment de grande qualité pour peu qu’on soit adepte de heavy metal traditionnel.
Il va falloir un groupe rompu aux grands événements pour assurer la suite, maintenant que le public est chauffé à blanc, mais pas de soucis, car Kreator en a vu d’autres. Près de deux ans après la sortie de leur dernier album, Kreator tourne toujours pour promouvoir l’excellent Enemy of God, et entame son set par deux extraits tirés de celui-ci (il en interprétera quatre en tout), le morceau éponyme puis « Impossible Brutality ». Les aspects techniques du show sont carrés : son parfait, lightshow superbe dans des tons rouges, qui renforcent l’aspect apocalyptique de la prestation. Mille Petrozza est dans une forme éblouissante, comme à son habitude : non content d’avoir écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire du thrash, il en est aujourd’hui l’incarnation parfaite, avec sa voix et son attitude haineuses au possible. Assumant la plus grande part du show, il permet à ses compères Spiesy et Sami Yli-Slirnio de pouvoir adopter une attitude plus relax, et ils ne se privent pas pour sourire et aller saluer le public sur les côtés de la scène. Côté setlist, Kreator réussit le tour de force de revisiter quasiment tous ses albums, y compris le controversé Outcast avec « Phobia ». Néanmoins, le grand moment du show reste « Violent Revolution » et son refrain repris en chœur par des milliers de metalleux instantanément convertis au thrash. Un peu en retard sur l’horaire, Kreator achève son show par l’enchaînement fatal « Flag Of Hate/Tormentor », où il n’est plus question de heavy ou de thrash, mais simplement d’un concentré de haine pure. Assurément la meilleure prestation du jour, par l’incontestable leader du genre à l’heure actuelle.
Après ce grand moment, c’est à Stratovarius que revient le droit de conclure cette première journée. Les Finlandais débarquent avec la volonté de montrer qu’ils sont toujours dans le coup après une période difficile, et grillent d’entrée deux cartouches speed avec « Hunting High And Low » et « Black Diamond ». Ce début tonitruant permet de vérifier qu’au pays du speed mélodique, Stratovarius a conservé sa place parmi les leaders du genre. Le groupe compte en effet pas mal de fans fidèles dans le public, comme le confirmera la ballade « Forever ». Pourtant, Timo Kotipelto donne déjà quelques signes de faiblesses dans les « oh-oh-oh », et cela ne va malheureusement pas aller en s’arrangeant. La setlist est assez variée, et il est assez paradoxal de constater que Stratovarius est réputé pour ses morceaux speed pourtant assez banals (« Eagle Heart », « Speed Of Light »), la faute notamment à des parties de batterie stéréotypées et franchement répétitives, alors que ses chansons les plus efficaces sont plutôt mid tempo, comme l’extraordinaire « A Million Light Years Away ». L’interprétation générale est plutôt bonne, servie par un son honorable, mais le point noir de la soirée se nomme Timo Kotipelto. Très mécanique dans son jeu de scène (en particulier sa façon de demander au public de battre la mesure, qui ressemble à une leçon d’aérobic), il affiche surtout de graves lacunes dans son chant, incapable de tenir les notes aiguës alors qu’il était un grand spécialiste du genre il n’y a encore pas si longtemps. Les deux derniers morceaux, « Visions » et le somptueux « Paradise » seront ainsi purement et simplement massacrés, laissant une impression bizarre de décalage entre la qualité plutôt moyenne de la prestation et les applaudissements assez conséquents à la sortie des musiciens.
Sur ce, il est grand temps d’aller se coucher (il est déjà 3H15 du matin) étant donné la programmation 4 Etoiles du lendemain.

