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Merzbow, maître absolu et incontesté de la japanoise et de la scène noise internationale est à Paris en ce mercredi soir qui s’annonce anthologique. En effet, Merzbow est un habitué des déplacements, sauf que Paris est loin d’être sa destination préférée ce qui renforce d’autant plus cet événement majeur pour tous les fans de Masami Akita lui-même mais aussi les amateurs de musiques extrêmes en général. Ce soir il pleut, l’orage gronde, les éclairs fusent, le décor est planté, absolument parfait pour se mettre en condition! Je me rends donc à la salle du Point Ephémère, salle très récente située dans le dixième arrondissement, en bord de Seine. Je n’avais jamais mis les pieds dans cet endroit auparavant et force est de constater que la salle est plutôt de petite taille (a peu près trois cents personnes remplissent la salle) et tout à fait adaptée pour ce genre de concert qui réunit un public tout à fait particulier, et pourtant à la fois complètement hétérogène; on y croise des teuffeurs, des goths, des fans d’électro, des métalleux, des fans d’avant-gardisme etc.
20 heures: ce
sont des DJ’s qui sont chargés de chauffer un peu le public avant de
commencer les performances proprement dites. Ce sont des DJ’s de Büro, spécialistes
en matières d’électro et indus donc, et font un petit mix intéressent,
mais j’ai préféré aller boire des bières en attendant… 21 heures: Evil Moisture prend place derrière son pupitre bardé
d’instruments électroniques divers et variés. Crâne rasé, deux petites
couettes sur le haut de la tête, mais pas le temps de s’attarder sur son
style, dès le départ il nous balance un son grésillant totalement saturé
qui réveille tout le monde, en effet le son est ultra puissant et ça ramone
particulièrement bien les tympans! Il utilise énormément de samples,
c’est un peu dommage parce que par moments on pourrait même se passer du
gars lui-même tellement les samples sont riches…en fait ce qu’il sort de
ces machines ressemble étrangement à… Merzbow! Niveau originalité ce
n’est donc pas trop ça bien que l’effet fût assez efficace. Mention spéciale
pour la fin de son set (qui n’a duré qu’à peine quinze minutes c’est
important de le préciser), un magnifique sample de « Pandu Panda »
chanson enfantine genre dessin animé pour les 0-3 ans sur lequel il ne fera
rien, puis il s’en va en nous laissant seuls apprécier cette œuvre… Punk
attitude!
21h30: après
une petite pause et quelques bières plus tard, la salle est pleine et prête
à se prendre dans la tronche ce qui se fait de plus extrême en matière de
musique à l’heure actuelle. Merzbow déboule sur scène, n’esquisse pas
la moindre émotion, pas un sourire, pas un rictus nerveux, à peine
cligne-t-il des yeux! Force est de constater que le bonhomme est aussi froid
que sa musique! Il restera stoïque pendant tout le concert et ne dira pas un
seul mot. Il s’assoit sur sa chaise, derrière son « bureau »
bardé d’électronique et assorti de deux Macintosh avec lesquels il compte
bien nous mettre sur le carreau. ET C EST PARTI: le premier son sort d’un
instrument qui réagi aux mouvements de sa main au dessus d’une petite boule
ronde, grésillement qui, par amplification va devenir la base de ce qui va
nous arriver sur la tête. Hyper intense, le bruit blanc distillé par Merzbow
est d’une puissance et d’une brutalité phénoménale, je ne sais même
pas comment décrire la sensation que j’ai eue pendant ce concert totalement
hallucinant.
En effet,
Merzbow ne s’attache pas à refaire ses morceaux sur scène mais recrée en
live ce bruit atrocement hypnotique, ce qui fait qu’on a quand même eu le
droit à une heure et demi de son en continu, autant dire que ça fait très
très mal! Des parties rythmiques se dessinent quand même et facilitent
l’entrée de certains dans un état de transe assez avancé, la moitié du
public ferme les yeux en tournant la tête, puis le rythme s’accélère
avant de disparaître sous un flot littéralement apocalyptique, parce que la
musique de Merzbow est apocalyptique, nihiliste, destructrice et est beaucoup
plus qu’une musique mais bien une épreuve physique, encore plus en live!
Masami Akita s’amuse avec nos nerfs, on l’impression que le son est de
plus en plus violent, le temps n’existe plus, honnêtement en sortant de là
je n’avais aucune idée du temps que ça avait pu durer! En sortant vous êtes
comme sur une autre planète, les bruits de la rue ne sont plus les mêmes, le
silence n’est plus le même, vous n’êtes plus le même! Merzbow fait
baisser l’intensité de ses potentiomètres, ça y est c’est terminé… Le
sieur Akita se retire tout de suite sans même prêter attention aux
applaudissements du public!
Vous
l’aurez compris, ce concert fut pour moi (et pour d’autres aussi j’en
suis sûr) une expérience unique et j’invite vraiment tout ceux qui ne
connaissent pas à se pencher sur les travaux de cette homme qui me
semble-t-il pose une question cruciale sur l’avenir de la musique et la
perception humaine en général… Assurément un grand, TRES grand artiste.
Mucopurulence
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