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J’aime
bien chroniquer des premiers albums. C’est toujours amusant de
voir comment une formation de métal peut tenter de tirer son épingle
du jeu en 2005. Dans une ère où il est de plus en plus dur de
trouver des croisements pas encore tentés et où le gros son et les
musiciens ayant un niveau de porc sont devenus la norme, il est
vraiment difficile pour un jeune combo de proposer quelque chose qui
soit vraiment à la hauteur de la multitude excellents groupes qui
existent déjà. Malheureusement pour eux, les Manntis confirment
cette tendance avec un Sleep In Your Grave fort plaisant mais
sans rien qui le démarque des autres. Analyse.
La bio cite Pantera, Hatebreed et Meshuggah dans
les influences de Manntis… Si les gros riffs et le placement
rythmique du chant correspondent bien aux premières influences citées,
j’avoue ne pas avoir trop compris où se cachait Meshuggah dans
tout ça. D’autres influences ont par contre fait surface durant
l’écoute: certains riffs très méchants et saccadés m’ont
fait penser à Slikpnot, et certains riffs en twin lead (guitares en
harmonie) ont une petite touche In Flames pas désagréable. Quand
on sait qu’à ce mix déjà varié Manntis ajoute quelques
refrains archimélodiques qui tapent presque dans le pop-punk, on se
rend compte que le groupe californien mange à tous les râteliers.
Le son est pour sa part assez « sale », surtout en ce
qui concerne les guitares. La batterie est un peu brouillonne mais
la basse ronfle comme pas possible (miam!) et le chant hurlé est
bien produit et bien mixé. Récapitulons donc les composantes:
metal pour les gros riffs qui vont du thrash au death en passant par
quelques digressions heavy mélodique, et hardcore pour le chant éructé
et surtout syncopé (qui « balance »), instrument
rythmique à part entière. Metal + hardcore = metalcore, on rangera
donc Manntis dans cette catégorie.
Le premier titre s’ouvre sur un riff
franchement death, j’ai entendu presque le même chez Bloodbath!
Sur ce riff estampillé extrême le chanteur Jake Sirokman vient
hurler comme un cochon et son growl puissant navigue sans souci
entre grave et aigu, entre thrash, hardcore et extrême. La suite
apporte un break de thrash mélodique à deux guitares pour revenir
à un start-stop lent et syncopé version « coups de masse
dans la face ». Et le titre s’arrête bêtement! Les
chansons font entre deux et trois minutes, et si ce format
s’applique fort bien au punk et au hardcore traditionnel je ne
suis pas convaincu qu’il soit le meilleur pour le metalcore de
Manntis. Chaque titre comporte un certain nombre de riffs, et la
plupart des temps j’ai eu l’impression que les chansons s’arrêtaient
avant d’avoir pu réellement exploiter les idées présentes dans
chacune d’entre elles. Plus grave, j’ai parfois manqué
l’enchaînement de deux titres car ils étaient trop similaires!
L’enchaînement Shades Of Hatred / Approach est un bon exemple,
ces deux compos auraient pu à mon avis en faire une seule bien plus
puissante. Approach et Withered Soul sont d’ailleurs une bonne
illustration de mon propos: seules à atteindre les trois minutes,
elles semblent bien plus abouties que les autres.
Le dernier titre est une petite curiosité sympa:
ballade acoustique, il permet d’apprécier le grain clair de
Sirokman et le tout rappelle assez Incubus. Le reste de l’album
est composé de titres bien pêchus et directs qui doivent faire très
mal en live mais ne transportent pas vraiment l’auditeur. La
principale raison est qu’aucun riff ne sonne vraiment neuf et
l’impression de collage persiste donc souvent. Le problème de durée
des chansons s’ajoutant à cela, Sleep In The Grave est donc une
mini-déception… Le metalcore est un genre si couru et si métissé
que le problème de l’identité d’un groupe se pose toujours en
premier, et Manntis n’a pas réussi à sortir du piège de l’étalage
des références pour se forger un son propre, malgré un niveau
technique imposant en matière de rythmique. De plus cet album est
vraiment trop court: vingt-huit minutes pour onze titres, cela
convient à un album de grindcore… Mais quand on a à l’évidence
l’ambition d’écrire de vraies chansons de métal cela gêne.
Conclusion: cet album de Manntis illustre bien à
quel point une scène saturée impose aux groupes qui y évoluent
des critères de qualité drastiques. Il n’y a aucune chanson ratée
sur cet album, aucun passage franchement faible, on y croise
quelques bonnes idées, l’ensemble est efficace et accrocheur… Et pourtant ce n’est plus suffisant pour récolter autre chose
qu’un 13,5/20. Quand la qualité est partout, c’est le génie
qui devient nécessaire pour briller et il manque ça à Manntis.
Les fans du style aimeront forcément en tout cas.
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