| MANNGARD Circling Buzzards (2006) |
LINE UP : Olav Iversen (chant) Olav Kristiseter (guitare) Iver Sandoey (batterie) Einride Torvik (basse) |
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CHANSONS QUI TUENT : Safe With Me Wreathed In Rot It Was Demons |
CHRONIQUEUR : Aliocha Klodovitch (Mai 2006) |
NOTE : 11.5 / 20 |
Pour contrer le relatif marasme dont sont victimes les courants de metal extrême traditionnels, nombre de groupes s'essayent, avec plus ou moins de succès, à un mélange que mon collègue Cosmic Camel Clash qualifie avec brio d'« extrême généraliste ». Manngard est l'exemple même de ce genre d'approche : un combo sans véritable renommée, un premier album qui se veut expérimental, fait d'une mosaïque d'influences piochant dans une large partie du spectre extrême. Et, pour couronner le tout, un concept qui dépeint un univers glauque inspiré par l'oeuvre de William Faulkner, autant dire que ça ne va pas être la fiesta...
Circling Buzzards peut donc se vanter d'un certain éclectisme, à défaut d'une originalité radicale. Un peu de hardcore, que l'on retrouve dans certains passages plombés, mais surtout un chant écorché, au débit souvent très haché, débordant de hargne, comme il se doit. Du death tantôt technique, tantôt old-school, parfois brutal, avec ses rythmiques destructurées et sa batterie qui bastonne à tout rompre. Le thrash se taille également un bonne part, par des rythmiques agressives en double croche et surtout des solos rappelant fortement Slayer par leur accumulation de dissonances et leur tendance à partir dans tous les sens. Enfin, origine norvégienne oblige, les tremolos black metal parsèment l'album çà et là, et Grutle Kjellson du groupe Enslaved vient même pousser la gueulante sur Gravgang, morceau où les racines "bergenser" de Manngard se font le plus sentir.
Quand un groupe s'amuse ainsi à avoir le derrière entre quatre chaises, il est assez rare qu'il ne se ramasse pas la gueule par terre, et Manngard ne fait hélas pas vraiment figure d'exception. Les enchaînements entre les différentes ambiances, les nombreuses cassures rythmiques, tout cela est louable dans le principe, mais la réalisation est bien souvent trop brouillonne, trop chaotique pour être vraiment convaincante. Pourtant, des compositions qui exploitent cette logique à l'extrême peuvent s'avérer très efficaces, comme Safe With Me et son petit break acoustique inséré entre des passages thrash/death, ou encore It Was Demons où le tempo varie du simple au quadruple entre deux mesures. Mais de (trop) nombreux passages au caractère (trop) poussif rendent l'album assez indigeste, par exemple le refrain de Gravgang ou le couplet de Tomb Of God.
On se dit qu'il y a du gâchis, surtout que Manngard arrive à sonner de manière violente sans être soutenu par des artifices comme une production démesurée (on pourrait même dire que le son de l'album est assez cru, voire tendant vers le "sans relief" par moments). Comme c'est souvent le cas, la volonté de piocher dans tous les styles extrêmes se heurte à des structures un peu trop approximatives, une juxtaposition de riffs qui n'aboutit que rarement à une véritable fusion. Si le groupe arrive à corriger le tir, le potentiel que l'on ressent dans Circling Buzzards pourrait se transformer en une entité véritablement puissante.

