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Originellement orientée vers un thrash sans concessions, la
musique de Malpractice a su profiter de l'évolution de son
line-up, très changeant depuis 1994. Profiter, car le metal
progressif que pratique le groupe finnois aujourd'hui est
convaincant, sans aucun doute. A ce titre, les qualités d'interprétation
des musiciens y sont pour beaucoup. Mais jamais Malpractice ne
laisse de côté le facteur mélodie, des influences heavy-metal
old-school étant partout plus que présentes. C'est en
particulier la voix du chanteur Mika Uronen qui les personnifie,
avec des intonations "dickinsoniennes" rappelant
notamment Antony des Machine Men. Il s'agit en réalité, pour ce
Deviation From The Flow, d'un mix entre le metal progressif
technique que peut proposer Dream Theater, et le heavy pur. La
sauce prend...
Les parties instrumentales sont toutes de grande qualité. Une
constante chez Malpractice (qui ne porte pas vraiment bien son
nom), et que l'on retrouve même dans les titres les plus
"bruts" que sont "Assembly Line" et "The
Industry". On note en particulier un son de guitare solo spécial,
léger et aérien, fort plaisant. Adjointes aux correctes lignes
vocales de Mika Uronen, les efforts de composition du groupe
brillent ici par leur simplicité. Simplicité relative,
toutefois, puisque l'on change totalement d'esprit lorsque c'est
au tour de "Colours In Between" de cracher dans la sono.
Des plans de guitare invraisemblables y viennent titiller une
batterie psychédélique, laissant augurer de loin des réminiscences
d'une certaine "Metropolis Part I"... Même si derrière
ses fûts, Toni Paananen épate plus par une réelle aptitide à
enchaîner des breaks complexes, que par une "vraie" créativité.
Mais ça reste du très lourd. On pourra penser ce que l'on veut
de ce Deviation From The Flow, mais nul ne pourra reprocher à
Malpractice de bâcler ses sessions studio!
Du coup, et c'est somme toute logique, les lignes vocales perdent
en marge de manoeuvre ce que les grattes gagnent en amplitude et
en espace sonore. Le producteur Anssi Kippo ne s'y est pas trompé,
faisant tour à tour valoir l'une ou l'autre de ces composantes
essentielles de la musique. Pour le cas Mika, c'est surtout son
chant posé qui y gagne. Toutefois, un soin évident a été porté
à une backing voice quasiment constante. Joonas Koto et Markus
Vanhala, les guitaristes, sont le plus souvent bien mis en avant.
"The Long Run" et "Divided" sont des morceaux
de bravoure pour nos deux compères, assurant magistralement tant
en rythmique qu'en solo, et en arpèges également: la fin de
"The Long Run" n'est-elle pas un modèle du genre? Un
regret s'installe, cependant: il manque quelque chose... Mais
quoi? Un clavier bien sûr. Il est certain qu'un claviériste, de
niveau éuivalent à celui de ces sérieux gugusses, apporterait
beaucoup au son de Malpractice. Il élargirait considérablement
leur horizon musical, qui n'échappe aux sonorités maideniennes
que pour accueillir les prouesses techniques des guitaristes, et
pour efficace que soit cette formule, il serait de bon aloi de la
varier un tantinet.
Surtout que la musique de Malpractice, par essence, est force d'évocation
assez puissante. Les rythmes sont très variés, les atmosphères
suivent. "Expedition" nous montre ainsi ce que Mika sait
faire, tandis que "Fragile Pages" prouve enfin
l'existence d'un bassiste, en la personne de Jonas Mäki...
Toujours très chiadées, les parties instrumentales deviennent un
peu trop chargées sur ces titres. L'effet de linéarité se fait
sentir. Attention donc à ne pas tomber dans le travers de la
technique prenant le pas sur le feeling. Quitte à délaisser
temporairement l'aspect metal pur... Mais en tant qu'ex-thrasheux,
cela pourrait aussi signifier pour les musiciens, sacrifier une
partie de leur personnalité. Quoiqu'il en soit, après plus de
dix ans difficiles, l'avenir s'annonce enfin radieux pour
Malpractice. Il suffisait de trouver le bon line-up... A
conseiller tant aux amateurs de metal progressif qu'aux fans de
Maiden. Qui sont parfois les deux en même temps, mais pas
toujours.RETOUR
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