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MADEMOISELLE K
Août 2006
  
JOURNALISTE :
[MaelströM]
  
INTERVIEW AVEC :
Mademoiselle K
Chanteuse/guitariste
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Mais qui est cette Mademoiselle K dont tout le monde parle ? Rien qu’à voir la popularité grandissante de la demoiselle, on ne peut que s’étonner qu’une jeune fille en guitare fasse une percée aussi violente dans le (trop morne) paysage musical français depuis quelques mois… Voyons ce qu’elle en dit, elle, d’arriver ainsi comme un cheveu sur la soupe.

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[MaelströM] : Si je te dis que j’adore ton album, tu me dis quoi ?

Mademoiselle K (chant+guitare) : Tant mieux. C’est cool. (sourire)

[MaelströM] : Si je te dis que je déteste ton album, tu me dis quoi ?

Mademoiselle K : Va te faire foutre. (rires) Non, si tu le détestes, je serais contente aussi parce que je pense qu’on a besoin de ça pour s’avancer. De manière non prétentieuse – ou un peu seulement – il y a beaucoup de gens qui aiment mon album, et je serais contente que certains n’aiment pas, qu’on ne soit pas trop consensuel, ça prouve aussi que mes chansons où j’aime choquer un peu les gens fonctionnent. Ca n’aurait rien de rock ’n’ roll que tout le monde adore !

[MaelströM] : La conception de l’album s’est bien passée ?

Mademoiselle K : Très bien, oui. On a joué pas mal de morceaux live, et c’est ce qu’on voulait. Seule Ca Me Vexe a été fait différemment car le morceau est plus carré, il nécessitait plus de soin. Les voix seules ont été rajoutées après mis à part sur la piste cachée. On a fait tous les morceaux au clic à part Fringue Par Fringue, on a bien déliré, ça nous a bien plu d’enregistrer cet album. Ca fait un an et demi que je suis avec mes musiciens et ils m’ont apportés beaucoup de bonnes idées. D’ailleurs la plupart des gens demandent s’il y a juste Mademoiselle K ou si c’est un groupe. Nous sommes quatre à arranger, quatre à jouer sur scène, donc même si on s’appelle Mademoiselle K nous restons un groupe avant tout.

[MaelströM] : La question que tout le monde doit se poser : comment passe-t-on de dix ans de classique à du rock quasi-minimaliste ?

Mademoiselle K : Ca s’est fait progressivement, j’ai commencé par du jazz, puis de la pop. J’aime le classique mais j’ai toujours aimé ce qui bougeait. J’ai toujours adoré le blues, même si on ne peut pas dire que les textes soient géniaux : « No shoes on my feet, No food on my table. » (rires) Mais en même temps, il y a une telle expression dans la voix. Le rock ce n’est jamais que des blancs qui essayent de faire du blues. Chez moi, ce n’est pas venu comme un cheveu dans la soupe. Autant dans les harmonies que dans ma manière de moduler ma voix, ce n’est pas arrivé par hasard. Ce n’est pas comme si j’avais vécu dans une bulle pendant dix ans. A quinze ans je commençais à jouer Stairway To Heaven ou Highway To Hell sous l’influence des mes cousins, c’est un style que j’ai longuement étudié avant de m’y mettre.

[MaelströM] : Tu insères des éléments de ta période classique dans ta musique ?

Mademoiselle K : Oui, essentiellement dans les harmonies, dans la manière de les concevoir. Dans Crève par exemple (chante l’introduction), la guitare pourrait tout à fait sortir d’une mélodie époque baroque. Mais aussi dans Final, où les différentes voix se mêlent, la guitare, la basse, les moyens ne sont pas les mêmes mais ça pourrait faire partie du classique…

[MaelströM] : En même temps en France, on a la réputation de ne pas savoir faire de rock ’n’ roll.

Mademoiselle K : Oui mais on dirait que ce sont surtout les Français qui pensent ça, et c’est en train de changer. Il y a pas mal de groupes français qui chantent en anglais et qui le font bien. Par exemple British Hawaii ou Stuck In The Sound que j’aime et respecte beaucoup. Malheureusement il y a aussi beaucoup de ces groupes qui soit ont un mauvais accent soit n’ont strictement rien à raconter. C’est bien qu’il y ait plein de groupes de rock qui se forment, je trouve ça super, mais à la base il faut quand même savoir jouer. Il ne suffit pas de foutre la distorsion à donf’, il faut savoir jouer en groupe et faire des choses intéressantes, et là ça peut le faire. Trop peu de groupes font des trucs vraiment bien en français.

[MaelströM] : On retombe vite sur Noir Désir.

Mademoiselle K : Oui et pourtant je n’ai pas adhéré tout de suite à Noir Désir. Les textes sont géniaux et certaines chansons sont magnifiques mais je n’ai pas accroché immédiatement. Dans le genre je préfère peut-être Dyonisos. Et bizarrement – comme pour Noir Dez – ce n’est pas forcément leurs chansons les plus rock que je préfère. Enfin, ça a quand même bien la patate et ça représente ce que j’aime bien en rock français.

[MaelströM] : Question bateau mais tu n’y couperas pas : est-ce que c’est plus difficile pour une fille de faire du rock, en France ?

Mademoiselle K : Non, au contraire c’est plus facile parce qu’on est pas beaucoup. Ou au moins pas beaucoup que je respecte… Je n’irai pas leur taper dessus non plus, mais pas beaucoup que j’admire. Par exemple la Grande Sophie je n’aime pas du tout. Même si ce n’est pas du rock j’aime bien Camille, je trouve son dernier album très intéressant. Et même à l’international, on n’est pas beaucoup, mais on peut trouver vraiment de la qualité. PJ Harvey j’apprécie grave, Shannon Wright aussi, excellente qualité… Dans l’ensemble c’est plutôt agréable, d’être une fille. Personnellement, j’écris dans une optique sentimentale, entre des personnes et des émotions individuelles plutôt qu’en essayant de représenter une bataille des sexes. Des gens qui se sont aimés ou qui furent amis… Si tu prends Crève comme exemple, il suffit d’une pirouette pour changer le sens de la chanson et la mettre à l’adresse d’un simple copain.

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[MaelströM] : Pas de féminisme revendicatif, donc ? Dans un morceau comme Crève, on pourrait sentir un petit côté revanchard sur la gente masculine, non ?

Mademoiselle K : Non, du tout. Totalement pour l’égalité des sexes. Pas chienne de garde. Partant d’une chanson comme Crève, là, on peut même changer les sexes, j’aime les chansons qui voient large dans l’auditoire. Quand moi je les écris, je fais en sorte de ne pas sexualiser les personnages, pour que l’écoute reste la plus large possible, que ce soit pour filles, garçons, hétéros ou homos. De toute façon quand je fais une chanson j’essaye toujours de me mettre au même niveau que les mecs. Je ne vois pas pourquoi je ferais moins ou moins bien. Si je prends la guitare c’est pour jouer plus de trois accords, pour crasher un solo, et pas pour faire des « trucs de filles ». C’est justement très nœud-nœud cette attitude « Je suis une fille, je chante doucement, je bouge pas sur scène. » Je pense que je fais du rock aussi et surtout pour montrer que ce n’est pas parce qu’on est une fille que le résultat est moins intense. D’un autre côté, comme une bonne partie des chanteuses françaises n’ont pas de voix – ou alors on va les chercher au Québec – je trouve ça mieux d’aller cracher sur scène. Si je dois représenter quelque chose, ce serait plutôt ce coté « Allez-y les filles ! Greffez-vous des couilles ! » (rires)

[MaelströM] : Tu n’as pas l’impression de représenter qui que ce soit, donc ?

Mademoiselle K : Non, je n’aime pas le côté revendicatif. Ou alors si je dois imager quelqu’un, ce sera plutôt la personne faible, le loser. C’est plus intéressant de parler de losers. Parler des gens qui réussissent c’est bien uniquement pour se foutre de leur gueule. Bien sûr, je ne vais pas dire que ce qui m’arrive c’est la lose. Je suis signée sous licence, donc ça me permet de garder des libertés, je fais des tas de promos… Je ne vais pas me plaindre, même si certaines choses qui ont été faites m’ont un peu dégoûtée et je ne les referais pas. En tout cas tant de foin ne m’empêchera pas de faire ce que je veux et de sortir un second album complètement anti-commercial si ça me chante.

[MaelströM] : Et comme c’est tout aussi important sur ton album : au niveau textuel, tu as des maîtres à écrire ?

Mademoiselle K : C’est très difficile de citer des influences en ce qui concerne les textes. J’ai lu pas mal de poésie, notamment les surréalistes que j’aime beaucoup. Apollinaire m’a marquée, Francis Ponge et son recueil (NdM : La Robe des Choses) qui personnifiait des objets comme des tables ou des citrons. J’ai un texte d’ailleurs que je récite souvent en concert qui s’appelle Les Cornichons, rempli de jeux de mots à propos des cornichons, et là je pense qu’on peut sentir les influences surréalistes que je peux utiliser dans mes textes. Sinon les Pixies. Ca je trouve ça génial. (se met à chanter Hey!) Même dans la manière de chanter, ce parlé-chanté sur des textes complètement barrés, si j’écrivais en anglais j’écrirais comme ça, je pense. D’ailleurs ce n’est pas dit que je n’écrirais pas en anglais un jour mais il faudra d’abord que j’ai vécu là-bas, que je me mette à penser dans la langue.

Chanter en anglais juste pour chanter en anglais… Effectivement c’est facile, ça favorise énormément la musicalité, y’a pas à dire, c’est la langue du rock. Mais je le ferai quand je saurai exactement ce que je veux dire. Je peux pas chanter “I love you, why don’t you stay?”. Quand j’entends Bowie dans Rock ’n’ Roll Suicide, ça c’est du texte qui te fait voyager, il raconte vraiment quelque chose, ça me touche énormément. Sinon Lou Reed, Walk On The Wild Side et son côté pur, sans fioriture. Et j’oublie The Cure, alors que pourtant ils feraient partie de mon TOP 3. Close To Me, ou Lullaby qui représente pour moi le top de la sensualité. J’adore. En même temps je suis incapable de te citer un album ou une période, c’est ça mon problème ! En classique, je pourrais te parler sans problème de la Symphonie 2, 3, 4 de Mahler, les Symphonies 2 et 3 de Beethov’ ou le quator numéro 392… Autant en musique actuelle – j’aime pas du tout ce mot-là, mais bon – je ne peux pas te parler d’album. A la base je connais des chansons parce que j’ai beaucoup écouté la radio, mais les albums c’est culture zéro.

[MaelströM] : Si ce n’est ni le rock ni la chanson, qu’est-ce qui a pu t’inspiré, pour ton album ?

Mademoiselle K : Il y a eu énormément d’influences parce que même si j’ai fait les textes et la musique, on est quatre à arranger et ça s’en ressent sur l’album. Mon guitariste et mon batteur sont très seventies, ils ont beaucoup écoutés Led Zep’, AC/DC… Le batteur est également branché sur le rap, les Beastie Boys : autant les musiques black que Rage Against The Machine. Le groupe est vraiment open, on ne se bloque sur rien et ça nous permet de ne pas nous enfermer. Dans mes influences purement vocales, je mettrais en avant beaucoup de chanteurs de blues. J’ai beaucoup écouté John Lee Hooker, B.B. King, Nina Simone, ou Janis Joplin. Dans un autre genre, Thom Yorke dont j’aime beaucoup la voix. Radiohead a été une grosse claque. Nettement plus que Nirvana ou le grunge. En réécoutant maintenant je trouve ça énorme, mais j’y suis venue sur le tard. Petite j’entendais plutôt les Clash, j’aime ce style rock groovy, qui brasse large dans les influences. Je suis moins sensible au rock « lourd ».

[MaelströM] : Peu ou pas de metal, donc ?

Mademoiselle K : Non, je ne suis pas très metal. Mais mes musiciens, oui. Ils écoutent du Black Pantera. (réfléchit) Non, Pantera ? Alors Black quelque chose, aussi… Black Sabbath ! Et j’ai entendu un peu de ce groupe avec le type à qui il manque une main, ou quelque chose comme ça. Apparemment il continue à faire des trucs de ouf’ avec un bras en moins. (NdM : il peut s’agir de Tommy Iommi (Black Sabbath) ou de Rick Allen (Def Leppard), le mystère reste entier.) J’ai bien une amie qui fut gothique pendant un moment et qui m’a fait écouter pas mal de metal, de goth… Mais j’ai une très mauvaise culture musicale dans ces genres.

[MaelströM] : Et dans un autre registre, en ce moment la vague chansonnière déferle sur la France. Une opinion face à tous ces jeunes « à textes » ?

Mademoiselle K : Là tout de suite : ça me fait chier. Bénabar par exemple… Le premier album contient quelques chansons pas mal mais le reste est vraiment cul-cul-la-praline. Généralement c’est surtout à cause de la musique. Très souvent il y a des bons textes mais je me dis que c’est dommage que ça soit desservi par une musique pareille. C’est un peu frustrant, cette tradition de faire des bons textes mais avec des accords un peu plan-plan. Il y’en a quelques-uns qui rattrapent, j’ai beaucoup aimé Gainsbourg – notamment Melodie Nelson – et plus récemment Bashung que j’ai redécouvert et que je trouve vraiment incroyable. Dans le genre chanson à texte je suis plutôt Loïc Lantoine, il dit lui-même que c’est de la chanson pas chanté mais il assume complètement ; putains de textes en plus d’avoir un excellent flow… Lui, il me troue le cul.

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