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C'est
beau, un coup de foudre, ça arrive trop rarement... Et c'est encore
plus rare qu'il dure et se transforme en amour vrai, sincère et
durable. Non je ne m'entraîne pas pour mon poste de responsable du
courrier des lecteur chez Muteen: je vous parle de Madder Mortem,
groupe qui m'a complètement envoûté dès la première écoute,
qui me bluffe toujours autant après quatre cent trente cinq écoutes
de l'album et qui s'annonce d'ores et déjà comme un de mes gros
coups de coeur de 2006. Bienvenue dans un univers très particulier
dont on ne saurait sortir indemne.Je crois avoir dit à haute voix
« eeeeeh? »
lors de ma première écoute de cet album. Ecouteurs sur les
oreilles, j'ai immédiatement repassé le premier titre My Name Is
Silence au début pour être sûr que je ne m'étais pas planté.
Car après une intro heavy (avec un terrible micro-break en twin
lead) avait débarqué un riff complètement tordu, presque néo
dans l'esprit, et surtout un chant féminin littéralement sans
queue ni tête. Ca semble presque atonal, martial, et en surtout décalage
complet avec le riff. Le pire, c'est que le refrain de ce single
(!!) déboule direct derrière et repart immédiatement dans la mélodie
pop hyper accrocheuse, et que le chant d'Agnete redevient à cette
occasion mélodique et très classique dans la forme. Puis une
nouvelle partie débarque au bout d'une minute trente-quatre, qui sonne à la fois heavy, prog
et néoclassique. Plaît-il? En quelques minutes Madder Mortem pose
sa caractéristique principale: balader l'auditeur sans ménagement,
lui faire perdre ses repères dès qu'il croit avoir compris le
truc, et ceci à longueur d'album. Et le mettre en joie, aussi. Rarement un album non classable dans le « prog »
aura été aussi varié, d'ailleurs classer cet album est un défi
en soi. Métal, evidemment: de la production heavy aussi puissante
que claire aux riffs et leads de guitare agressifs et entêtant, il
est clair qu'on n'est pas dans la pop. Et ce chant… Agnete, c'est
un sacré morceau, tant au niveau physique que vocal. Son vibrato
puissant et son côté épique aurait pu lui suffire à s'assurer
une place au sein des chanteuses du même type, mais la donzelle a décidé,
à l'image de son groupe, de brouiller les pistes. Elle peut
soudainement faire de sa voix une caresse, mais elle part surtout
dans des délires suraigus/agressifs où elle semble se faire littéralement
mal. Il n'est au final pas étonnant qu'elle revendique l'influence
de Mike Patton au vu des hurlements qu'elle peut parfois pousser! Il
faut l'entendre gueuler sur la fin de Changeling, c'est
impressionnant. Et derrière, ça donne dans l'inclassable jouissif: en effet définir quel style de métal pratique Madder Mortem relève
réellement du défi. Chaque compo de Desiderata propose une atmosphère
propre, et en plus le groupe lie les genres au sein d'une même
chanson. Prenons Evasion: le thème heavy mélodique lumineux du début
laisse la place à de longs moments atmosphériques qui bercent
doucement, avant que ça s'énerve sans prévénir et qu'un riff écrasant
et rythmique souligne les vocalises d'Agnete, vocalement au bord de
la rupture comme souvent. Une gross mosh-part bien core derrière ça,
et quand la mélodie douce revient, décuplée de puissance, on est
soufflé. Plague On This Land, M For Malice, Sedition comme The
Flood To Come confirment le talent du groupe pour balancer des riffs
à la limite du néo au placement rythmique souvent bluffant de
groove et de technique (vache de batteur!) pour les enchaîner à
tout ce qui passe sans heurt aucun. De la ballade acoustique au thème
power-heavy à deux guitares en harmonie (Desiderata, géniale), de
la quasi-pop dépressive au speed-thrash, il ne semble pas y avoir
un domaine dans lequel Madder Mortel soit incapable d'assurer. C'est donc une bombe pure qui débarque en ce
mois de mars, un ovni musical sur lequel quasiment rien n'est à
jeter. Ils réussissent même à atteindre une intensité de musique
de film: les chœurs de péplum tribal puis l'orgue de Barbarie de
Cold Stone s'enchaînent à merveille avec Hypnos, compo qui redéfinit
le concept de chanson épique. Un feeling monstrueux se dégage de
cette compo qui relègue Butterflies And Hurricanes de Muse au
statut de chansonnette vaguement entraînante et qui transporte
l'auditeur dans des contrées encore inconnues. Enorme!
On peut jumper sur Madder Mortem, pogoter comme un furieux, fermer
les yeux et se laisser emmener, ou alors se poser, casque sur les
oreilles, et jouer à relever les mille subtilités de cet album qui
se révèle encore à l'auditeur quand on croit en avoir fait le
tour. Un futur grand, et un album à ne rater sous aucun prétexte.
Carrément fantastique! RETOUR
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