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IRON MAIDEN
Septembre 2006
  
JOURNALISTE :
Che-Ro-Kee
  
INTERVIEW AVEC :
Bruce Dickinson
Chanteur
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21 juin/Fête de la musique. Encore passablement flingués par nos deux heures de sommeil post concert des Guns à Bercy, c’est la langue au papier de verre et le teint blafard que nous nous écroulons dans l’Eurostar de 7h16 pour accomplir une nouvelle mission au pays -faute d’être à son service- de sa gracieuse majesté. Notre mission, faire parler l’homme Bruce Dickinson, chanteur bavard et lettré, mais un peu lunatique parfois au point d’être capable de vous expédier une interview de trente questions préparées avec amour en dix minutes chrono.

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Sur les coups de 11h, c’est au terme d’un verdoyant parcours en minivan affrêté spécialement pour nous par EMI Angleterre que nous arrivons au terme de notre voyage. A Checkendon, aux environs de Reading, à 75 kilomètres à l’ouest de Londres au fond de petits chemins indénichables pour qui n’a pas pensé au préalable à jouer les Petit Poucet. C’est donc là, niché dans un écrin de verdure plutôt paradisiaque que le groupe number one du metal depuis vingt-cinq ans a reçu la presse fin juin. Le splendide manoir du XVIIIeme où nous allons nous égailler quelques heures durant fut longtemps la propriété de David Gilmour, guitariste du Floyd. Il est désormais le havre de Trevor Horn, ex membre des Buggles et de Yes, en compagnie de son compère Geoff Downes, qui partira former Asia. Horn, producteur à succès lancera ensuite ZTT, label qui cartonnera avec Frankie Goes To Hollywood et Propaganda, entre autres.

Ces derniers temps Trevor Horn s’occupait de Tatu. Pour autant les deux pseudo lesbiennes russes ne duettiseront pas en compagnie de l’ami Bruce D. sur A Matter Of Life And Death, le quatorzième album studio du groupe. On précise volontairement qu’il s’agit du quatorzième puisque Steve Harris a cru bon d’annoncer récemment qu’il avait « toujours pensé que Maiden enregistrerait au moins quinze albums ». On ne l’avait jamais entendu de sa bouche jusque là, enfin soit. Mais si c’est vraiment ce que le boss a prévu, la conclusion est rapide. 15 – 1 = 14. Il resterait donc un album studio a perpétrer. Mais comme le groupe repartira en 2008 sur les routes pour le « Early Days part II », ça devrait situer l’ouverture de ses droits à la retraite aux alentours de 2010. Ce qui nous laisse le temps de nous y habituer. Après, pour ce qui est de s’en remettre et de trouver un héritier à la Bête, ça devrait en revanche être à peu près aussi chaud que de trouver un successeur décent à Zinedine Zidane.

Avant d’aller écouter A Matter Of Life And Death, interlude salle à manger où l’on tombe directement sur Adrian Smith et Nicko Mc Brain en plein breakfast. L’air de rien, aussi décontractés que faire se peut face à ces deux légendes d’un groupe qui nous aura plus que marqués durant nos jeunes années, nous nous asseyons nous aussi à table. On a tout de suite l’air moins couillon devant un bol de Frosties et des toasts, histoire de s’occuper tout en laissant traîner une oreille sur la conversation du batteur et du guitariste. Enfin, c’est surtout Nicko qui babille comme à l’habitude, Adrian, les yeux ensommeillés marmonne quelques borborygmes avant de partir finir de se réveiller à l’étage. Nicko, toujours urbain prendra alors part à la conversation que nous avons engagée avec les « nurses » en uniforme réquisitionnées pour l’occasion. Chargées de veiller sur nos affaires et de nous guider à travers l’imposante bâtisse, ces trois nurses poseront aussi pour des photos avec ceux qui le désiraient.

 

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Mais on doit dire qu’on a un peu raté le coche sur cette action. Tant pis, à la place on aura parlé planning d’interviews et prix de l’immobilier avec Nicko qui préparait déjà son retour en Floride pour le vendredi après que la presse internationale aura fini de défiler au manoir. Le batteur en tongs, ultra décontract’ habite en effet depuis un bail à Boca Raton, un refuge de milliardaires en bord de mer. C’est d’ailleurs là qu’il a « retrouvé » Dieu il y a quelques années sous l’influence de sa femme, et qu’il se produit parfois à l’église du coin avec un groupe formé de quelques chrétiens de ses amis. Humm, tout de suite ça donne envie…. Bref, on le chatouille un peu sur le fait que le groupe n’ait pas retenu ses propositions de chansons cette fois-ci, vu que Dance Of Death contenait sa première participation aux lyrics en vingt ans de boutique sous la forme de « New Frontier », morceau pas très funky aux textes ouvertement catho.

Bref du concentré de prosélytisme comme les nouveaux convertis aiment à en offrir. Mais Nicko nous explique que cette fois, il n’a pas « pu proposer de textes, car je suis intervenu trop tard sur le processus d’écriture et le groupe avait déjà quasiment trop de matériel. Jannick avait des idées en rab, Adrian deux chansons de prêtes en extra, et Steve aussi possédait encore du matériel inédit. Aussi je me suis concentré sur mes parties de batterie, proposant plus d’idées que d’habitude où l’on me disait souvent « tiens tu pourrais faire sonner cette partie comme ci ou comme ça. » Là, j’ai plus amené d’idées quant au jeu de batterie que je pourrais développer. » Ces explications fournies, il est donc temps d’aller écouter le disque. Qui ne porte donc pas cette fois-ci le titre d’un des morceaux. Le groupe avait bien pensé à « The Legacy », ultime titre du disque, mais comme l’explique Jannick « ça aurait pu semer le doute dans l’esprit des fans, qui avec un tel titre (ndlr :l’héritage/le legs) se seraient dit « ça y est c’est la fin ». Les autres titres ne collant pas non plus, c’est donc un titre amené par Steve et d’abord pensé comme titre de travail qui a été retenu.

Il faut dire qu’entre « The Longest Day » ou « Brighter Than A Thousand Suns » (titre d’album pour Killing Joke en 86, plus titre d’un bouquin scientifique et formule exprimée à propos de la chaleur et de la lumière dégagées par la toute première bombe atomique) le choix était limité côté originalité. Quant à l’énigmatique « The Reincarnation Of Benjamin Breeg », qui sera contre toutes attentes et en dépit de ses sept minutes vingt-et-une le premier single, il faudrait presque être Champollion pour déchiffrer qui se cache derrière. « Il faut demander à Steve » nous dira-on plusieurs fois. Dommage, nous, nous avions rendez-vous avec Bruce ! Steve on s’est contenté de lui serrer la main poliment sans plus l’importuner. Très timide, même si passionnant en interview, le leader de Maiden ne met pas forcément à l’aise de prime abord. Il a souvent l’air gêné donc l’interlocuteur aussi. Résultat, on aura taillé le bout de gras avec tous les autres sauf Steve. Par exemple, juste après on tombe sur l’affable Dave Murray et son éternel sourire placide vissé aux lèvres. Il nous explique illico qui fut le propriétaire des lieux « David Gilmour de Pink Floyd ! » eh, non, on n’est pas chez Steve, même si le manoir ressemble étrangement à celui que le bassiste s’est offert dans l’Essex il y a vingt ans de cela. « C’est vrai que les deux endroits se ressemblent et que Steve dispose aussi d’un studio chez lui, mais je t’assure : il n’habite pas ici ! » nous explique Dave tout en nous faisant l’article de ce lieu splendide. On en profite pour lui demander s’il vit toujours à Hawaii avec madame. Et bien très peu en fait. « J’ai un appartement à Londres où je passe la plupart de mon temps quand on n’est pas sur la route. Et là comme en plus on enregistrait à Londres, je ne risquais pas de repartir tout de suite à la plage. »

On repart faire un tour, retour à la salle à manger où Adrian louche sur ce qui ressemble à un potage à la tomate. Le guitariste au bouc, connu pour son perfectionnisme en studio où il passe des heures à affiner chaque détail se renseigne auprès de l’une des « nurses ». Pas de souci, c’est bien un velouté de tomate, il s’en remplit une louchée pendant qu’on lui parle de sa progéniture. Son aîné, Dylan, dix-huit ans, passionné de musique comme papa avait monté un groupe avec des potes et commencé à traumatiser les guitares paternelles, mais aux dernières nouvelles, le fiston aurait viré sa cuti. « En fait, il a pas mal traîné en studio avec nous durant l’enregistrement et il était très intéressé par les techniques de production. Il se débrouille déjà bien avec Pro Tools et compagnie et je pense que c’est la voie qu’il va suivre. Jouer en groupe n’a eu qu’un temps pour lui. Je pense vraiment qu’il va se tourner vers la production. » On n’ouïra donc point de duo Lauren Harris/Dylan Smith, mais la première sera peut être un jour produite par le second. Qui sait ?

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Che-Ro-Kee : Bruce vous voilà donc de retour avec ce quatorzième album studio, enregistré à Londres. Je crois que vous avez tout enregistré « live » encore une fois, ce n’est pas une méthode trop compliquée ?

Bruce Dickinson (chant) : Non, non, c’est simple en fait, et c’est comme cela que l’on procède depuis notre retour avec Brave New World. Toutes les parties sont enregistrées séparément mais tout le monde joue ensemble. L’avantage est que si quelqu’un foire sa partie, ça n’affecte pas le travail des autres puisque tout le monde est enregistré sur différentes pistes. Il n’y a donc qu’un musicien à reprendre au lieu du groupe au complet. C’est plus simple ainsi. En fait Nicko trône au centre du studio d’enregistrement avec nous tous autour, isolés chacun par une cabine de verre mais en fait nous restons au contact par clins d’œil. Voilà et nous sommes tous en cercle à jouer. C’est une méthode cool.

Che-Ro-Kee : Comme les indiens en train d’encercler les chariots des pionniers dans l’Ouest en fait.

Bruce Dickinson : Absolument, c’est un peu à ça que ça ressemble.

Che-Ro-Kee : Dans quelle mesure as-tu pris part à l’écriture de paroles cette fois-ci.

Bruce Dickinson : Je dirai que c’est de l’ordre de 50%. En fait, si mon nom est sur le morceau, j’en ai écrit les paroles. S’il y a aussi celui de Steve ou autrui, c’est que nous nous sommes partagés la tâche. Et si mon nom n’apparaît pas, oublie (rires) !

Che-Ro-Kee : Le travail avec Kevin Shirley est-il toujours aussi enrichissant après des années à bosser avec Martin Birch ? On peut penser qu’il a su insuffler un nouveau souffle, un coup de fouet à la manière qu’avait Maiden de sonner sur disque ?

Bruce Dickinson : On bosse avec lui depuis déjà trois albums et on est franchement contents de ce que ça donne et de ses méthodes. Dans le temps, c’est vrai qu’on changeait beaucoup de studios : Jersey, les Bahamas et toutes ces conneries. A oublier. Et puis on a enregistré Brave New World à Paris et les deux derniers à Londres et pour moi, c’est le meilleur choix qui puisse être. Je ne voudrais pour rien au monde repartir en studio à Pétaouchnock. Ici, je peux me rendre en studio en vélo depuis chez moi et retrouver ma famille le soir venu.

Che-Ro-Kee : Le ton général de cet album est très sombre, limite déprimant. Ce ne sont que chansons sur la mort, la guerre, les violences perpétrées au nom de Dieu… C’est la crise de la cinquantaine qui vous a rendu si dépressifs car jamais je n’avais eu l’impression d’écouter un disque de Maiden qui soit si noir ?

Bruce Dickinson : En fait, il suffit de se pencher au dehors ou de regarder ce qui se passe dans le monde à la télé pour capter l’orientation générale du disque. Même si c’est encore un peu plus sombre que d’habitude mais l’ambiance est telle en ce moment… Chaque jour, des gens meurent dans des attentats, sont blessés, agressés, se battent en Afghanistan. Des bombes explosent en Irak, des soldats anglais reviennent à la maison dans un linceul. C’est un climat de violence global. Et même si comme tu le soulignes on se focalise peut être plus que d’habitude sur la guerre, le mort et la terreur, je pense que nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. En 2006, les sentiments que nous décrivons sur ce disque sont aussi présents dans l’esprit de la plupart des gens. Quand ils ont fait exploser les métros et les bus à Londres l’été dernier, j’étais en Finlande pour un concert et j’ai regardé les news en boucle à la télé, ces événements horribles… Nous avons une grosse communauté musulmane en Angleterre, comme en France d’ailleurs, et la question de la place de la religion dans nos sociétés est forcément une question qui se pose. Pas juste l’Islam d’ailleurs, car le christianisme a aussi son lot de frappadingues qui croient à tout un tas de sornettes. Et ce qui est clair pour moi c’est que la plupart des musulmans sont des gens éminemment respectables. Hélas dans le même temps, une infime minorité de tarés que l’on retrouve dans chaque religion se sert de pseudo saintes-écritures vieilles de plusieurs siècles, probablement mal traduites et en tous cas mal interprétées pour tuer, pour assassiner des innocents. C’est insensé, c’est fou !

Che-Ro-Kee : D’autant plus, qu’ensuite c’est toute une communauté qui se retrouve ostracisée à cause de cette poignée de tarés !

Bruce Dickinson : Malheureusement, l’extrémisme est la chose la mieux partagée au monde : on trouve des extrémistes aux USA, en Israel, sans parler des islamistes et je suis toujours très étonné de voir que ces gens mettent toutes leurs capacités en œuvre afin de détourner la vérité, de manipuler les opinions.

Che-Ro-Kee : Effectivement, en repensant aux attaques meurtrières que Londres a subi l’été dernier, on comprend mieux que ça vous ait marqué au moment d’écrire ces nouveaux titres. En plus l’Angleterre n’avait jamais subi de telles attaques sur son sol…

Bruce Dickinson : Oh que si, on est attaqués depuis cinquante ans.

Che-Ro-Kee : Oui, par l’IRA, mais le pays n’avait jamais été la cible d’attaques islamistes. C’est une première. Et sur ton chant, d’ailleurs j’ai été surpris de retrouver parfois une sorte de dimension religieuse. On a parfois l’impression que tu prêches ou que tu récites des incantations plutôt que de chanter.

Bruce Dickinson : Vraiment ? Oh, attends je vois, oui comme sur « The Legacy » par exemple qui est un morceau un peu engagé et qui peut par endroits, vu qu’il est très long se prête à des passages plus récités. C’est ainsi que Steve a pensé le morceau.

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Che-Ro-Kee : Tu n’as jamais de mal à te mettre dans l’état d’esprit adéquat quand il te faut chanter les paroles des autres ?

Bruce Dickinson : Non. Pour tous les morceaux que je n’écris pas, ça ne m’empêche pas de les interpréter en me mettant à la place d’un personnage qui raconterait une histoire. Pour chanter et surtout sur ce genre de longs morceau épiques, il faut avoir en soi une certaine propension à faire l’acteur, à interpréter le titre comme tu le ressens. La manière dont tu le vis se retrouve ainsi dans ta manière de le chanter.

Che-Ro-Kee : Je me rappelle d’une anecdote datant des sessions de Powerslave où tu avais explosé et le mur du studio et ton poing car tu enrageais de ne pas pouvoir atteindre la note élevée que tu recherchais. Ce genre de choses ne doit plus t’arriver j’imagine ?

Bruce Dickinson : Hum, Ok, je vois. (il se marre) Mais maintenant, je me contente d’arriver en forme au studio, je me détends. Et ce que je chante maintenant et la manière dont je le fais est bien plus simple. Je n’essaie plus d’impressionner la galerie comme à vingt-cinq ou vingt-six ans. Ca passe avec l’âge, ces envies de hurler. Et maintenant, vocalement parlant, je sais où je vais et surtout jusqu’où je peux aller. Et ensuite ? Je suis dans la place depuis si longtemps qu’honnêtement, l’heure n’est plus à la compèt. Il y a des chanteurs qui arrivent à faire des trucs si bizarres avec leurs voix. Je me dis « Oh, mon dieu, les sons que ce mec arrive à sortir ! Je n’y arriverais jamais. » Et tu sais quoi, je m’en fous aujourd’hui. J’ai mon style vocal bien ancré. Et ça colle à ce que Maiden fait. Mais ne t’inquiète pas, je peux encore perforer dans les aigüs bien comme il faut.

Che-Ro-Kee : Comment se passe l’écriture aujourd’hui vu que les morceaux sont souvent composés à trois avec Steve et Adrian et non plus à deux comme par le passé ?

Bruce Dickinson : Oh, c’est simple on se réunit tous avec les guitares avec un magnéto dans une petite pièce. C’est une ambiance de feu de camp vraiment. Et ce n’est pas très poussé techniquement à ce stade là de la compo. Il n’y a pas de boîte à rythmes et tout ça. Enfin si, Adrian en rajoute sur ses démos, mais quand il écrit avec Steve et moi, c’est bien plus basique. Des démos avec la guitare acoustique et moi qui bat la mesure en tapant sur mes genoux. Je chante des mélodies, sans même rajouter les mots réels. Quant à Steve, plutôt que de chanter ses textes, il les siffle. Il siffle tout le temps.

Che-Ro-Kee : En fait, c’est super primitif comme méthode par rapport au résultat final que l’on connaît. C’est ultra dépouillé !

Bruce Dickinson : Primitif, c’est le mot. Le songwriting à la base, c’est juste accoucher du canevas d’une chanson et pour ça, quelques accords suffisent. Tout ce dont tu as besoin ultérieurement, tu peux le rajouter en studio. Tu construis autour de ces fondations. Par exemple tu dis à Nicko, voilà le morceau de base, son rythme, etc, et lui rajoute la batterie autour de ça, comme il faut.

Che-Ro-Kee : Il reste que cet album semble plus équilibré globalement que son prédécesseur, Dance Of Death. Le climat y est à des tempos très progressifs et cela de manière quasi globale ?

Bruce Dickinson : Oui, tout à fait, « Different World » excepté qui a un tempo plus rapide et plus classique et que l’on envisageait au départ comme le single. On est d’ailleurs en train de changer d’avis à ce sujet. On va plutôt proposer un truc moins évident que d’habitude en single. En plus, ce morceau donne une fausse impression quant à l’ensemble du disque. Donc, le single devrait finalement être « The Reincarnation Of Benjamin Breeg ».

Che-Ro-Kee : En version edit alors, sinon il ne passera jamais en radio avec ses sept minutes et des brouettes !

Bruce Dickinson : Oh, peu importe de toutes façons, nos morceaux ne sont jamais joués en radio alors même qu’ils sont toujours classés dans les charts en Angleterre. Alors trois minutes ou sept, ça ne changera rien, ni pour eux, ni pour nous. Quant à savoir qui est Benjamin Breeg, je n’en ai toujours pas la moindre idée, mais en lisant les paroles de Steve, je me suis juste dit que c’avait l’air d’être un sacré taré.

Che-Ro-Kee : Passons au live à présent. Es-tu aussi désireux que jadis de monter sur scène ou est-ce que l’aviateur a définitivement pris le pas sur le chanteur ?

Bruce Dickinson : Non, ce n’est pas le cas, je suis toujours avide de concerts, et en ce moment, j’ai vraiment envie que ça reprenne : pour moi, ce sont ça mes vacances.

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Che-Ro-Kee : Pas mal d’articles consacrés au groupe dans la « grande presse » insistent sur le fait que tu es un pilote qui chante ou un chanteur volant, bref, on dirait que pour faire parler de toi et du groupe, il faille trouver un angle qui n’ait rien à voir avec le metal ?

Bruce Dickinson : Le truc, c’est que les journalistes n’ont pas vraiment envie de parler de musique, mais effectivement, ont plus envie de pouvoir tourner tout un baratin autour de quelque chose de neuf. Ca change de parler d’aviation avec un chanteur de hard rock. En même temps, je doute fort que beaucoup des lecteurs de ces magazines aillent acheter nos disques pour autant. Du coup j’ai fait quelques interviews de la sorte pour les deux albums précédents, mais ce n’est une priorité ni pour moi, ni pour le groupe.

Che-Ro-Kee : Revenons maintenant sur ta « sortie » de l’an passé, durant la Ozzfest où tu déplorais que vos fans en Amérique soient pour la plupart de gros lards de trente-cinq balais bien tassés qui restaient assis sans bouger alors que toi, tu voulais voir les kids de quinze ans s’éclater devant la scène !

Bruce Dickinson : Oh, les US, je ne regrette absolument rien de ce qui a pu être dit, car tout cela est vrai. (il bafouille un peu) En fait, notre public « actif » se trouvait relégué au fond des salles où nous nous produisions, car les dix premiers rangs de chacune de ces salles sont réservés en permanence pour les invités de grosses boîtes ou les abonnés de ces salles qui y ont un siège à l’année. Dans ce cas, ils vont voir tout ce qui passe sans être de vrais fans. Et nos fans, les vrais sont parqués derrière et on ne leur permet pas de venir devant ce qui a le don de m’ulcérer. Mais bon, parfois mes remarques tendent à ressortir un peu sorties de leur contexte dans la presse, surtout quand je me fâche.

Che-Ro-Kee : Pour rester dans les causes de fâcheries, quelle est la conclusion à apporter à toutes ces embrouilles autour de votre participation à cette même Ozzfest 2005, et aux tourments que vous a fait endurer Sharon Osbourne ?

Bruce Dickinson : Pffff, elle est tarée, mais je pense que nous nous sommes plutôt pas mal tirés de l’ornière pour finir.

Che-Ro-Kee : D’autant plus que la moyenne des spectateurs s’est écroulée sur les derniers jours de la Ozzfest, quand vous n’étiez plus à l’affiche.

Bruce Dickinson : Oui, mais ce que l’on a réussi à faire entendre, c’est surtout que nous n’avions rien contre Ozzy et que rien de ce qui a pu être dit par moi n’était dirigé contre lui. On a aussi tenu à faire savoir que ce genre de gros shows bien « corporate » n’était pas du tout notre truc. Et, dommage pour eux si c’est leur came mais Iron Maiden n’a rien à voir avec un programme de reality TV (ndlr : « légère » allusion à la participation de la tribu Osbourne à « The Osbournes », deux saisons durant aux USA). Sharon a pris tout ça très mal, mais à la base c’est elle en tant que tourneur qui a super insisté pour nous avoir à l’affiche car les tickets ne se vendaient pas. Enfin, quand elle a été se répandre dans la presse, à péter tous ses boulons, nous on s’en est sortis sans soucis en disant juste la vérité, en expliquant calmement ce qui s’était passé.

Che-Ro-Kee : C’est vrai que vous n’avez pas jeté d’huile sur le feu et faire grossi le truc afin de le faire durer des mois durant.

Bruce Dickinson : Bien sûr que non, en plus regardons les choses en face. De quoi est-il question avec Iron Maiden ? De musique, de rock et de nos fans : tout simplement. Nous n’existons pas pour les pages de Vogue, ne sortons pas avec des mannequins, ne traînons pas nos guêtres lors de la fashion week à Paris ou à Londres. Nous ne sommes pas le prochain mannequin visage de Chanel, nous n’apparaissons pas dans des émissions de trash TV. Pas plus MTV Crypt d’ailleurs ou autres merdes des chaînes câblées. Iron Maiden ne donne pas dans tous ces trucs. Ce n’est pas nous. Ce monde nous est totalement étranger, parallèle. Donc pour elle, faire tout un drame de son comportement absurde et aller se répandre dans la presse ne nous apporte rien… Tout ce que ça fait, c’est de vendre du papier à L.A, dans les canards people. Rien à battre. Nous ne occupons que de ce que les fans veulent et du moment qu’ils ont compris ce qui s’était passé et que nous n’y étions pour rien, tout va bien. Point final.

Che-Ro-Kee : La solution serait peut être de lancer vous-mêmes votre propre « Maidenfest », pas forcément tous les ans, mais un été sur deux. Ca vous permettrait de rester les patrons et d’emmener avec vous, des groupes qui vous plaisent ?

Bruce Dickinson : Je ne sais pas si nous voudrions nécessairement entreprendre ce genre de festival. Vois-tu, il y a déjà tant de gens partout qui se lancent dans l’organisation de festivals. Il y en a tellement, partout… En plus, on ne veut pas aller tourner aux USA chaque année. C’est aussi simple que ça. Alors pourquoi aller se faire chier à monter un festival d’une telle envergure alors que nous n'avons absolument pas envie de passer tous nos étés à tourner là bas. Cet automne, nous y tournerons vite fait, quelques dates : côte Est, côte Ouest, seulement des arênes, avec notre propre show. Ensuite nous attaquons le Japon, puis l’Europe et ensuite ce sera Noël. Et la prochaine grosse tournée sera pour 2008. En attendant, cet album sera je pense une pierre angulaire de notre carrière, car nous faisons aussi très attention à ne pas devenir un groupe pour nostalgiques. Nous nous battons contre ça. Et ce disque que beaucoup voyaient comme notre dernier va susciter pas mal d’intérêt à mon avis.

Che-Ro-Kee : Juste une question anecdotique pour finir. Mais j’ai cru comprendre que ton fils Austin est dans la même école que Luke, le fils de Nick Cave et qu’ils sont bien potes. Du coup, tu vas peut-être te mettre à fréquenter tout un tas de musiciens qui n’ont rien à voir avec le metal comme Nick ?

Bruce Dickinson : Ils sont dans la même école c’est vrai et ils se voient pas mal, ils traînent ensemble oui. Mais tu sais, tous mes enfants se retrouvent dans des écoles (ndlr : privées et ultra onéreuses comme souvent en Angleterre où la séparation entre classes est encore plus affirmée qu’ici) où il sont entourés d’autres « enfants de », des fils ou filles de musiciens d’autres groupes. Mais ça ne fait pas de moi, un pilier de soirées rock ou pop avec leurs parents. Je ne socialise pas plus que ça avec eux.

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