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Le dernier album d'IQ en date, Dark Matter (cliquez ici pour lire la chronique), continue la tradition du groupe à savoir surpassé le précédent album. Avec ce disque, nul doute qu'IQ séduira les fans de prog de tout horizon et pas seulement les amateurs de néo prog, scène à laquelle est injustement affiliée la formation anglaise. Nous n'avons d'ailleurs pas manquer de demander dans cette interview ce que Martin Orford et Peter Nicholls pensaient de cela...
Lordlatem : IQ est maintenant dans le circuit musical depuis plus de vingt ans! Peux-tu revenir sur la formation du groupe? Quelles étaient ses ambitions au départ? Votre premier album était-il conforme à votre volonté initiale?
Martin Orford (claviers) : IQ a été formé lorsque Mike Holmes et moi-même avons dissout notre précédent groupe, The Lens, en 1981. Nous voulions tous les deux changer quelque peu de registre par rapport à ce que The Lens proposait. C'était un peu trop instrumental. Donc au départ IQ a été formé avec l'idée de jouer un spectre immense de musique qui pouvait aller de la dance à la Talking Heads jusqu'au reggae en passant par le heavy metal et le rock progressif. Nos premiers concerts étaient vraiment un mélange de tout cela. Mais rapidement nous avons constaté que l'aspect rock progressif d'IQ était ce qui plaisait le plus aux gens. Quant à notre premier album, oui je pense qu'il était satisfaisant. Je t'assure que nous ne l'aurions pas sorti si nous avions pensé qu'il n'était pas bon. Je crois fermement qu'il y a de bonnes choses dans notre "back catalogue".
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Lordlatem : Je trouve qu'IQ est extrêmement créatif depuis quelques années, notamment pour les trois derniers albums studio. Etes-vous d'accord?
Martin Orford : Oui, nous avons une discographie vraiment différente de tous ces groupes qui ont sorti leurs meilleurs albums au début de leur carrière et qui disparaissent ensuite. Nos meilleurs albums sont clairement sortis depuis le début des années 90 et je pense que Dark Matter, le dernier, est sûrement le meilleur du lot.
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Lordlatem : Quelles étaient tes priorités pour Dark Matter?
Martin Orford : Comme d'habitude: faire le meilleur album possible.
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Lordlatem : Martin, peux-tu nous expliquer comment chacune des cinq chansons de Dark Matter ont été écrites? Commençons par Sacred Ground.
Martin Orford : Ce morceau est parti d'une compilation de riffs de claviers que j'avais mis de côté au fil des années. Ils ont été combinés avec une section en 13/8 écrite par Mike qui est devenu le refrain par la suite. Le riff principal de claviers n'a été écrit que plus tard lorsque j'ai eu mon orgue Korg CX-3 avec lequel j'interviens beaucoup sur Dark Matter.
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Lordlatem : Red Dust Shadow.
Martin Orford : C'est surtout une idée de Mike même si j'ai contribué aux arrangements.
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Lordlatem : You Never Will.
Martin Orford : Ce morceau a commencé avec le riff de basse de John Jowitt. Il s'insérait merveilleusement bien avec des accords d'orgue que j'avais mis de côté et il fut finalement assez simple de faire de tout cela quelque chose d'assez complexe.
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Lordlatem : Born Brillant.
Martin Orford : Born Brillant est fondé sur une idée musicale de Peter. Néanmoins à partir de là les arrangements et le gros du travail de composition ont été quasiment entièrement faits par Mike.
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Lordlatem : Harvest Of Souls.
Martin Orford : Cette chanson a été un véritable fil rouge pour IQ depuis de nombreuses années déjà. La section "gunfire" en staccato est celle qui a été écrite en premier et est restée seule pendant longtemps. L'intro acoustique n'est venue que bien plus tard. Nous avons également ressorti des idées du passé. C'est ainsi que la partie "Mine is a real fine line" est une petite chanson que j'avais composée il y sept ou huit ans sans jamais l'utiliser. De même, j'ai écrit la section instrumentale au début de "Mortal Procession" il y a plus de dix ans. Auparavant, je n'avais simplement jamais pu insérer ces idées dans d'autres morceaux. Les parties les plus heavy ont été écrites par Mike et puis, bien évidemment, nous avons continué à écrire pour Harvest Of Souls en studio en même temps que nous l'enregistrions.
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Lordlatem : De quoi parlent les paroles, très longues, de ce titre?
Peter Nicholls (chant) : Il y a un malentendu sur cette chanson. Ce n'est en aucun cas une attaque vis à vis des Etats-Unis. Il n'y a d'ailleurs que deux petites sections des paroles qui renvoient directement aux Etats-Unis alors que le reste traite davantage du jugement dernier au moment où toutes les âmes arrivent ensemble. Certes les sections sur les Etats-Unis sont critiques quant à l'arrogance de certains hommes politiques américains mais cela reste délibérément vague. Les gens pourront se faire leur propre opinion.
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Lordlatem : Dark Matter possède quelques-unes des plus belles lignes de chant que j'ai entendues depuis longtemps! Est-ce toi Peter qui les a écrites?
Martin Orford : Non j'ai écrit la majorité des lignes vocales de cet album...
Peter Nicholls : La musique de Dark Matter a évolué de façon très naturelle comme souvent chez IQ. Nous n'avions pas défini de style mélodique bien que nous pensions tout placer sous un signe de musique sombre et atmosphérique. Il n'est pas simple de se souvenir de l'origine de chaque ligne de chant car elles se développent alors que le groupe travaille dessus. Mais comme le dit Martin il a écrit la plupart des lignes vocales. Born Brilliant est de moi néanmoins. De toute manière tout le monde fait part de ses idées et nous y travaillons ensuite.
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Lordlatem : Qu'est-ce qui te rend le plus fier d'être le chanteur d'IQ?
Peter Nicholls : Je considère IQ comme le meilleur groupe de rock progressif au monde et rien que pour cela je suis heureux et fier d'en faire partie. Je suis également fier de la longévité du groupe et du fait que chacun de nos albums surpassent les précédents.
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Lordlatem : IQ est catalogué comme un groupe de néo progressif. Pour ma part je trouve que tous les groupes dits de néo progressif ne sont simplement pas aussi bons que ceux de progressif tout court. C'est pour cela que je trouve qu'il est injuste d'assimiler IQ à cette scène surtout après avoir écouter Dark Matter. Quel est ton avis sur cette question?
Martin Orford : Le terme de néo prog est un terme horrible que personne n'emploie en Angleterre. Je crois que cette expression a été inventée par des Américains qui prennent les classifications musicales un peu trop sérieusement. Le mouvement de progressif anglais des années 1980 s'appelait New Wave Of Progressive Rock à l'époque et en aucun cas le néo prog. Je ne comprends donc pas pourquoi on lui donne ce nom différent dix ou quinze ans après! C'est comme si l'on décrétait tout d'un coup que le rock and roll devait s'appeler shake and spin!
Je ne sais jamais quand quelque chose est néo prog ou non. Par exemple si je fais un groupe avec John Wetton, est-ce que la moitié du groupe est néo et l'autre moitié non? La pire chose de l'étiquette néo est, comme tu le soulignes très justement, qu'elle implique un intérêt musical moindre que celui des groupes de prog des années 1970. Pour ma part je crois très honnêtement que ce que fait IQ est au moins aussi bon que ce que proposaient les groupes de prog des années 70 et une bonne partie de notre musique est carrément meilleure! En tout cas, on n'entendra jamais un musicien utiliser le terme néo prog car il est vide de sens donc je ne peux comprendre pourquoi d'autres personnes voudraient l'employer. Après tout, des années après Black Sabbath et Bob Marley des groupes jouent toujours du heavy metal et du reggae sans que l'on dise "neo heavy metal" et "neo reggae".
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Lordlatem : Dans quelle direction se dirige le rock progressif selon toi?
Martin Orford : Droit dans le mur s'il n'y prend pas garde. Il n'y a pas assez de bons groupes qui écrivent de bonnes choses dans la scène actuelle. Il y a bien trop de groupes à la technique parfaite qui ont un bon "son prog" mais qui ne savent pas écrire la moindre bonne chanson. Pour chaque groupe qui fait de bons morceaux il doit y en avoir cent qui font de la soupe. Mauvais ratio, hein? Le travail de composition semble de plus en plus sacrifié. Ce n'est pas suffisant de mettre bout à bout des centaines de riffs dans une chanson, dire que c'est un morceau fleuve et prier pour que ça marche. Il faut faire chanter les gens qui vont au boulot!
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Lordlatem : En tant que claviériste tu possèdes certains des meilleurs sons que j'ai jamais entendu! Es-tu constamment en train d'en chercher de nouveaux?
Martin Orford : Oui bien sûr, mais les vieux classiques du piano et de l'orgue sont toujours de bonnes bases surtout pour commencer à écrire de nouveaux morceaux.
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Lordlatem : As-tu le sentiment d'être devenu meilleur aux claviers à travers les années?
Martin Orford : Non, je pense même avoir regressé. Cela est dû à mon travail dans ma maison de disques qui me prend beaucoup de temps. Je n'ai plus de temps pour m'entraîner et ma technique en souffre. Lorsque la promotion de Dark Matter sera finie il faut absolument que je m'y mette sérieusement pour revenir à mon niveau.
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Lordlatem : Et toi Peter comment as-tu évolué en tant que chanteur depuis le début?
Peter Nicholls : J'espère m'être amélioré! Je suis plus confiant dans mes capacités aujourd'hui qu'à mes débuts. Je crois enfin avoir trouvé ma manière de chanter et nul doute que Dark Matter possède certaines de mes meilleures performances. Pour moi les meilleures qualités pour un chanteur sont sa personnalité et sa façon de faire vivre les émotions. Cela est bien plus important que les capacités techniques. La technique peut s'améliorer alors que l'expressivité ne peut être ajoutée à une interprétation sans vie. A chaque album d'IQ je crois que nos saisissons de mieux en mieux l'essence d'une performance vocale ce qui est bien entendu très important à mes yeux.
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Lordlatem : Quels sont quelques-uns des albums que vous avez apprécié en tant qu'auditeurs récemment?
Martin Orford : Je n'écoute jamais beaucoup de musique en temps et depuis que je bosse sur Dark Matter j'en écoute encore moins que d'habitude! Cela me distrait trop quand il y a de la musique alors que je travaille sur un de mes propres projets.
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Lordlatem : Y a-t-il des plans de tournée pour IQ?
Martin Orford : Nous allons jouer quelques dates en Angleterre au cours de l'Automne mais ça sera tout pour cette année. Nous avons tous un travail à côté d'IQ et comme nous avons fait un album et une petite tournée européenne cette année, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre plus de jours de congé!
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(interview réalisée les
17 et 21 Juin 2004 par -the lord)