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C'est devant un Elysée
Montmartre
aux deux-tiers plein qu'Ill Niño est venu défendre son dernier
rejeton, One Nation Underground. Et si le rejeton en question n'a pas enthousiasmé les
critiques, il est clair que la foule s'est déplacée pour voir ses
idoles et les soutenir à fond. Une foule bigarrée d'ailleurs:
jeune en majorité, elle ne donne pourtant pas la même impression
d'adolescence que le public d'Eths, vu quelques jours plus tôt à
la Locomotive… On compte même à l'arrière de la salle un clan
d'irréductibles quadragénaires propres sur eux qui prendront leur
pied durant tout le set, à la grande surprise de votre serviteur.
Ca fait toujours plaisir de voir une grande amplitude d'âge à un
concert de métal, surtout quand les plus vieux ne sont pas les
moins actifs!
C'est aux Frenchies de Zuul FX
qu'est revenu l'honneur d'ouvrir pour les latinos enragés, et la
formation de Steeve Petit assure un set sincère mais indéniablement
en demi-teinte. Premier responsable en ligne, le son: il est tout
bonnement ignoble, ce qui est très surprenant pour une salle en général
très agréable sur ce point. Seuls le chant et la batterie
ressortent, et il est très difficile d'évaluer la qualité de la
prestation dans ces conditions. Steeve est un peu emprunté sur scène,
et l'impression générale est celle d'un manque d'expérience. Zuul
FX est après tout un jeune groupe malgré la carrière de son
frontman qui, s'il reste désespérément statique, possède un
grain de voix extrêmement efficace. Steeve hurle en effet fort
bien, et son growl technique et modulé qui sort sans effort restera
le point positif du concert pour moi, avec la virtuosité de son
batteur. On regrette d'ailleurs à ce propos que la basse ne suive
pas les déferlantes de grosse caisse, le bassiste ne semblant pas
assez véloce pour ça. Le thrash/death parfois syncopé de Zuul FX
reste efficace malgré tout et réussit à faire finalement décoller
le public. A revoir dans de meilleures conditions!
Ill Niño est venu avec la
rage, et ça se voit. L'incarnation de cette volonté d'en découdre
est évidemment le chanteur Christian Machado, dont le physique
imposant et le charisme brut font mouche dès son arrivée sur scène.
La taille du frontman et ses dreadlocks interminables dominent la scène,
car l'homme prend systématique place debout sur les retours. Ses
camarades de jeu ne sont pas en reste: chaque musicien fait le show,
et je note qu'Ahrue Luster, vu sur la tournée The Burning Red de
Machine Head, semble bien plus heureux chez Ill Niño et dégage une
présence qu'il ne possédait nullement à l'époque. Le groupe
prend dès le début du show une habitude étrange: chaque titre se
termine sur une extinction des feux, et une petite pause de noir
complet durant laquelle une musique d'ambiance sur bande précède
chaque nouvelle chanson jouée. Etrange, mais pas foncièrement gênant
même si on se demande bien le pourquoi du comment de ces coupures
intempestives.
Le son est bon, contrairement
à Zuul FX, à une exception près: si l'équilibre
basse/guitares/batterie/chant est nickel, le percussionniste Danny
Couto est honteusement sous-mixé. C'est simple, on ne l'entend
jouer que lors des passages les plus calmes, alors qu'il joue plus
ou moins tout le temps. Quel intérêt d'intégrer un vrai
percussionniste (comprendre un qui sait vraiment jouer, pas comme
chez Slipknot) à sa musique si c'est pour le sous-exploiter?
Bizarre autant qu'étrange… En tout cas le début du concert voit
Ill Niño balancer une énorme baffe à l'assistance. Leur néo-metal
est taillé pour le live, et les membres de l'assistance se mettent
à sauter comme des damnés dès le premier titre. Machado envoie du
"get the fuck up" avant les mosh parts les plus musclées
qui le voient sauter depuis les retours sur la scène où ses compères
headbanguent comme des furieux. Le premier tiers du concert est honnêtement
une vraie tuerie, et un néophyte comme moi prend un plaisir
instantané à voir le groupe enchaîner parties syncopées, mélodiques
puis ambiancées. Mais les choses se gâtent…
La bonne nouvelle, c'est qu'il
a fallu une bonne demi-douzaine de chansons pour prendre conscience
de l'ampleur du spectre de la musique des Latinos: leurs riffs néo
s'alternent avec des passages de guitare acoustique joués par
Luster qui font mouche, d'autres plus typés "brésiliens"
ou les percussions passent au premier plan, et pas mal de moments
"nu-metal" très mélodiques où Machado fait péter le
chant clair. Son timbre très lisse est agréable, à mi-chemin
entre un Burton C. Bell (Fear Factory) et un Chad Gray (Mudvayne),
et ces moments plus pop sont bien gérés et tapent juste… au début.
Car voilà le hic: à partir de la moitié du set l'impression de répétition
commence à peser. Voir Machado prendre toujours les mêmes poses et
les mêmes attitudes devient saoulant: le "get the fuck
up" avant de sauter des retours fait son effet la première
fois, mais à la dixième devient gonflant. La seconde moitié du
set fait la part belle aux morceaux "nu" à chant clair de
One Nation Underground, et il ne se passe pas longtemps avant que la
machine ne tourne à vide.
Soyons clairs: Ill Niño a donné un bon concert et a ravi ses nombreux
fans, qui ont d'ailleurs mis le feu à la grande joie du groupe.
Les parties ambiancées avec percussions et les passages de guitare
acoustiques sont réellement inspirés et font un effet bœuf quand
on les découvre, surtout que la pratique du métal tribal à la brésilienne
s'est un peu perdue depuis que Sepultura, Soufly et Angra s'en sont
détachés. Mais les trois ingrédients du groupe, une fois identifiés,
sont lassants… Et les parties mélodiques en chant clair sont
sur-représentées à mon humble avis. J'aurais préféré une mise
en avant du tribal, et une plus grande volonté d'expérimenter de
la part d'un groupe qui possède visiblement un réel talent. A
force de ressortir les mêmes ingrédients, la mixture devient
fade… Ajoutez à ça un discours un brin démagogique du chanteur
qui a poussé les fans à conspuer les critiques qui ont dit du mal
de leur album (critiques qui ne l'ont pas gêné quand ils ont lancé
son groupe), et vous comprendrez que ce conert m'a laissé une
impression mitigée. Dommage… Les fans, en tout cas, en auront eu
pour leur argent, et n'est-ce pas cela qui compte le plus?
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