Cosmic Camel Clash : Première question bateau pour cause de première interview : peux-tu te présenter et nous présenter le groupe? Désolé...
[Py-Ër] (chant+guitare+programmation) : Y'a pas de problème (rires). Le groupe s'est formé en 1993 ou plutôt en 1996 quand le line-up s'est reformé autour de [SIN_d] (chant+guitare), [Pä_tRisS] (basse) et de moi-même, sans batteur. Ca fait maintenant 10 ans que nous sommes un trio et nous avons sorti 3 albums : Shadow World, Humanoïde puis Cyberdeath. Notre quatrième album Seeds Of Fate sort en septembre chez Bent Records, un jeune label de Rouen.
Cosmic Camel Clash : Comment est venue l'idée de poser un chant féminin sur du « cyber-death »?
[Py-Ër] : À la base on faisait du death tout court, même... Quand j'ai monté Hypnosis en 1993 je voulais monter un groupe de death, c'est ce que j'aime et ce que j'écoutais principalement à l'époque. Nous avions un batteur et un line-up classique... mais trois ans après nous nous sommes retrouvés [SIN_d] et moi à devoir remonter le groupe avec l'arrivée de [Pä_tRisS] à la basse. Les programmations sur boîte à rythmes sont venues pour remplacer le batteur qui manquait... et le chant féminin est venu « comme ça ». C'est quelque chose que nous aimions bien, nous écoutions à l'époque des choses comme Third And The Mortal, les premier City Of Tragedy, les vieux The Gathering... Ca correspondait aussi à l'envie de [SIN_d] de s'exprimer à travers le chant et pas uniquement de la guitare. Ca nous a incités a faire quelques tentatives, le résultat nous a plu et nous avons donc décidé de continuer comme ça.
Cosmic Camel Clash : Votre orientation musicale « cyber » vient donc de la simple nécessité d'utiliser une boîte à rythmes à l'époque?
[Py-Ër] : C'est sûr. Au départ c'était un handicap : nous n'avions pas de batteur donc nous avons utilisé des boîtes à rythmes pour pouvoir continuer. Nous n'allions pas passer notre vie à attendre de rencontrer un batteur motivé, avec un bon niveau de double pédale, etc... connaissant la scène locale, nous savions que nous allions avoir énormément de mal à en trouver. Nous voulions vraiment continuer à jouer, composer et donner des concerts que nous nous sommes dit « allez, tant pis, programmons les parties de batterie ».
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Cosmic Camel Clash : Tu avais une quelconque expérience avec les machines avant ça?
[Py-Ër] : Du tout! J'ai appris sur le tas... mon frère est claviériste donc il m'a un petit peu aidé car à l'époque il commençait à faire du Cubase. J'ai attaqué la programmation de boîte à rythmes, les logiciels de séquence et voilà. Et au final c'est pas sorcier, les boîte à rythmes sont bien foutues et on peut programmer des patterns intéressants sans trop se prendre la tête. Aujourd'hui je n'en utilise plus, je programme sur logiciel avec les séquences et les samples. En effet au final j'ai pris goût à la programmation et on décidé de faire de cet inconvénient un avantage et d'intégrer clairement les synthés pour évoluer vers le style que l'on pratique aujourd'hui. Ca s'est fait de façon très progressive et naturelle en fait. Nous ne ferions peut-être pas ce style si nous avions eu un batteur. Notre musique est le fruit de notre expérience, de notre vécu.
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Cosmic Camel Clash : Comment gérez vous tout ça en live?
[Py-Ër] : Techniquement, rien de plus simple. Nous travaillons d'une manière très basique, sans embarquer les séquenceurs et autres machins sur scène. Là pour le coup ce serait compliqué! En fait je fais un mix des machines sur un CD qui nous sert en répétition et pour l'enregistrement des albums, et une fois sur scène je lance chaque chanson du CD avec une pédale et on joue par-dessus. C'est plus visuellement que le manque se fait sentir... mais j'ai l'impression que ça se passe plutôt bien. On voit les gens s'étonner et chercher le batteur quand on joue, surtout quand la batterie des autres groupes est montée derrière nous... Ca en rebute sûrement certains, mais dans l'ensemble j'ai l'impression que ça passe plutôt bien. Pour nous ça fait tellement partie de notre façon de faire... nous avons pensé à prendre un batteur de session pour le live mais ça pose beaucoup de problèmes de disponibilité, de motivation et de frais. Franchement, je trouve que le fait de jouer en trio sur des machines est aussi notre particularité, donc autant jouer dessus.
Cosmic Camel Clash : Les thèmes sont-ils ciblés sur un univers cyber-futuriste avec des machines oppressantes, comme chez le groupe que Seeds Of Fate évoque le plus : Fear Factory?
[Py-Ër] : Pas sur le dernier... nous avons mis en place un univers de ce type sur Humanoïde qui était un concept-album ainsi que sur son successeur Cyberdeath, dont le titre est évocateur. Mais pour Seeds Of Fate nous sommes repartis de zéro, et ce sur tous les plans. J'avais l'impression qu'on revenait à quelque chose de plus death et organique par rapport aux albums précédents et ça m'a sûrement influencé au niveau des textes. J'imagine que j'avais aussi envie de me détacher de ces thèmes-là... Les textes sont devenus un peu plus terre à terre, ils parlent de sujets d'actualité. Ca reste des textes de métal, qui parlent de la maladie, de la souffrance, de la précarité notamment. La religion évidemment, la télé-réalité sur Glittering Worlds. J'ai essayé de diversifier, de parler de choses qui me touchent dans ma vie de tous les jours. Je pense qu'on peut se cacher derrière son instrument quand on joue de quelque chose, mais le chant il faut absolument être à 100%, d'ailleurs j'ai beaucoup plus de difficulté à écrire mes textes qu'à composer de la musique. Les textes évoluent d'album en album car je veux qu'ils me ressemblent et ils changent donc avec les différentes périodes. Ce serait vachement intéressant si on donnait les textes d'un album à plein de personnes différentes pour voir ce qui en ressort... Je me demande souvent si ce que je dis est perçu par les auditeurs, si les gens lisent les paroles et s'ils comprennent ce que j'essaye de leur dire.
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Cosmic Camel Clash : Est-ce que tu voulais également t'éloigner du parallèle avec Fear Factory, qui a été souvent évoqué dans les chroniques?
[Py-Ër] : J'aime bien Fear Factory, surtout jusqu'à Demanufacture... Après même si je reconnais que certains passages peuvent y ressembler, nous ne nous sommes jamais dit « sonnons comme Fear Factory ». J'admets qu'il y a des similitudes, en particulier le son de batterie et ce jeu en soutien des riffs de guitare, mais on ne s'en inspire pas sciemment. Nous n'avons pas cherché à éviter la comparaison : ce qui nous motivait durant l'enregistrement c'était de sonner plus live. Nous regrettions un peu le son des deux albums précédents que nous trouvions trop synthétique : il ne rendait pas justice aux morceaux et ne laissait pas entrevoir comment ils pouvaient rendre sur scène. Le fait d'avoir tourné a joué aussi : avant d'enregistrer nous avions enfin pu tourner pour le troisième album, quasiment une trentaine de dates. Nous avons appris beaucoup de choses et nous avons décidé de privilégier cette approche live avec un son beaucoup plus brut. Les textes sont devenus donc naturellement moins futuristes... c'est marrant, j'ai l'impression de sortir un deuxième album. Pour moi c'est vraiment un nouveau départ : un nouveau label, une promotion qui se passe pas mal, nous sommes vraiment remontés, comme si nous avions tout à prouver et que c'était notre deuxième album. Nous avons voulu retrouver nos racines death avec cet album, l'idée n'était pas de s'éloigner de Fear Factory ou Strapping. Pas consciemment, du moins.
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Cosmic Camel Clash : Tu fais partie d'une formation stable depuis treize ans, vous avez tourné pour la première fois il y a deux ans seulement... Est-ce qu'Hypnosis a une chance de devenir plus qu'un hobby pour toi et que tu puisses en vivre un jour?
[Py-Ër] : (rires) Ben écoute, ça s'est passé pour nous un peu à l'inverse de normalement. A nos débuts nous nous sommes retrouvés dans une boîte de prod qui gérait aussi Artsonic, Watcha, etc... nous nous sommes rendus un maximum disponibles à cette époque-là, quitte à faire des petits boulots, et ça ne nous a pas tellement souri vu qu'aucun contrat n'a jamais vraiment abouti. Ca a même provoqué le départ temporaire de [Pä_tRisS] en 2002, et il a fallu penser à payer les factures. Il y avait aussi le ras-le-bol de galérer et de voir les choses ne pas se faire... Résultat aujourd'hui nous avons tous un boulot qui nous prend les trois-quarts de notre temps. Nous arrivons encore à nous ménager des plages de temps pour nous consacrer au groupe, et personnellement j'essaye de ne pas trop me poser la question. J'ai envie de tourner, là fait le maximum pour être disponible. Normalement on aura donné trente – trente-cinq concerts en 2006. Maintenant si la question est « est-il possible de vivre du métal en France », je pense qu'à part une poignée de groupes comme peut-être Gojira ou d'autres qui arrivent à tourner dans de bonnes conditions et à vendre assez d'albums, ça reste un doux rêve. Après ce n'est pas une raison pour lâcher l'affaire. En 2004 je m'étais mis à mi-temps, on avait signé avec un label américain et tout... et aujourd'hui je bosse la journée et une fois rentré chez moi je bosse, je compose, je bosse sur le site du groupe, je cherche des contacts pour des dates, de la promo, je fais des interviews, des affiches... Je suis motivé comme il y a dix ans et même plus : j'ai encore plus envie aujourd'hui de bouger, de construire, de faire des concerts. Hypnosis c'est toute ma vie ou presque, c'est dix ans de ma vie et je ne veux pas laisser tomber. Après il y a des sacrifices : ça fait un an et demi que je n'ai pas pris de congés, et les premiers que j'ai ce sera pour partir en tournée dans quinze jours. Et je vais prendre mon pied! Il ne faut pas lâcher l'affaire parce qu'on n’en vit pas. Mon but c'est Hypnosis, après mon boulot me permet de payer mon loyer, de payer mes factures et de financer le groupe.
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