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1982: cinquième album. Seconde production
rock ’n’ ravage. Dernier album où figurera le Groupe Machin…
Le
folk n’ayant plus sa place chez Thiéfaine, Tony Carbonare s’éclipse
et Claude Mairet s’illumine. Aucun jugement de valeur, les deux
sont talentueux, mais c’est d’un album d’Hubert-Félix Thiéfaine
dont on parle, et le bonhomme décide que le rock est sa nouvelle
forme d’expression. Comme il l’a fait comprendre dans le précédent
Dernières Balises (Avant Mutation), la métamorphose est
avancée, dehors les pitreries et bonjour le sérieux. Sérieux,
seulement? Moins sérieux que le précité, mais pas moins bon.
Comme le laissait entendre l’album précédent, on
est plus là pour rigoler. Malgré certains textes qui gardent une
portée humoristique (les trois dernières pistes), le début ne prête
pas forcément à sourire. Après une introduction orageuse (procédé
qui sera réutilisé pour "Dies Olé Sparadrap Joey") débarque
le premier arpège de "Soleil Cherche Futur". Décisif, un
riff Mairettien comme on les aime! Puis la basse, la batterie… Et
enfin la voix. Chantant volontairement grave, couvert dans les
chorus par des chœurs semi-synthétiques, les paroles sont
brillamment fignolées comme sur l’opus précédent. Textes à références
multiples, qui impressionnent au premier abord, voire qui déconcertent,
mais dont on ne se lasse pas de trouver un (des?) sens. « Et moi
je reste assis, les poumons dans la sciure / A filer mes temps morts
à la mélancolie… » Rock énergique qui deviendra un
classique du live, l’ouverture est brillante, la guitare répondant
à la voix est un sans-faute.
C’est sur cet album que se trouve
"Lorelei
Sebasto Cha", probablement un des plus grands succès de Thiéfaine.
Même si vous ne connaissez pas le bonhomme, vous avez sûrement déjà
entendu ce « Lorelei, Lorelei / Ne me lâche pas, j’ai mon
train qui déraille… » Contant une histoire d’amour désolée
et foutue d’avance avec une prostituée. On ne peut que saluer la
rythmique exemplaire, fusion sans accro d’une basse, d’une
batterie et de nombreuses percussions s’enlaçant sensuellement.
Un tube en puissance, répondant de manière plutôt cocasse au "C’est
Extra" de Léo Ferré, qui avait également connu
une surexploitation radiophonique, ce qui continue d’étonner vu
le contenu volontairement provocant du texte… "Autoroutes
Jeudi d’Automne" file sur la même vague pseudo-ballade,
remplie d’orgues et de guitares en envolées, présentant une
musique relativement gaie, enrobant un texte qui ne l’est pas. Le
mélange pop-rock et les diverses utilisations d’instruments qui
se rencontrent sans se nouer ne dépareille pourtant pas, même si
Thiéfaine montre quelques limites vocales sur ce morceau-ci.
Toujours dans l’obsession féminine, la moitié des
morceaux parlent de femmes. C’est au tour de "Exit To
Chatagoune-Goune" de renâcler la sueur et la chair en se
posant comme manifeste sexuel, déclaration d’amour au sens
charnel, servi par un excellent texte très politiquement incorrect
mais qui apporte une bouffée d’air frais bienvenue au disque. Les
deux derniers morceaux poursuivront d’ailleurs la même lignée dérisoire.
Tout d’abord avec "Rock Joyeux": probablement le morceau
le plus faible du disque malgré un riff bien trouvé, qui raconte
une querelle de couple puis le départ de la femme, agacée par la
vie de rock-star de son mari (l’antipode de "Je t’en Remets
au Vent", en somme); et enfin "Solexine Et Ganja", reggae simpliste au possible, aux paroles bien léchées
qui narre la vie d’un loser accro à l’herbe « J’ai mon
capteur qui sonne et j’ai le cœur qui bronze / J’ai fini par
fumer ma carte d’identité », se terminant très étrangement
sur, dans l’ordre: le commentaire d’un match de foot, le
sifflement d’un oiseau, et une espèce de chant tyrolien… En
effet, la ganja devait circuler quand ils ont enregistré ça!
J’ai gardé le meilleur pour la fin: le diptyque
central. Deux morceaux cultes des amateurs du songwriter, aussi
glauque l’un que l’autre, ce qui donne un coup de fouet
inattendu au milieu de ces morceaux plutôt enjoués. "Ad
Orgasmum Aeternum" est certainement un des textes les plus désespérés
de Thiéfaine. Construit en deux périodes (une rareté chez le
bonhomme), le crescendo monte lentement, entouré de violons
d’oppression qui suivent le parlé-chanté sur des paroles
bouleversantes. «Je r’viendrai chercher notre enfance /
Assassinée par la démence…» Constat dépressif et mortifère
d’une incapacité totale à faire une croix sur le passé, avant
un final chaotiquement malsain qui vous refilera des frissons des
jours durant… De la même veine, "Les Dingues Et Les Paumés"
s’assume en chant contemplatif de la fuite de la réalité à
laquelle renvoie la production artistique. Les références
pleuvent, la détresse hallucinatoire également. Les deux font
partie des plus beaux textes du songwriter, et plus de vingt après,
le désespoir morbide du premier et le bilan macabre du second sont
toujours palpables.
Pouvant être aisément
rapproché de Dernières Balises (Avant Mutation), cet opus
est pourtant davantage « grand public » que son prédécesseur.
Jouant sur plusieurs thèmes et plusieurs styles, n’hésitant pas
à faire un détour vers une pointe d’humour, il est par nature
plus accessible. Ce qui ne signifie pas plus facile, loin de là. Si
son manque d’unité peut être pointé, c’est également un
avantage, il permet de découvrir plusieurs facettes de la bande et
constitue probablement un des meilleurs choix pour démarrer si vous
ne connaissez pas encore… Mais attention, on devient vite accro.
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