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Hellfest 2006 - Live Report - Deuxième journée 22-23-24 juin 2006 par Cosmic Camel Clash |
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Lien vers la troisième journée
Après une nuit quasi-blanche passée à écouter les campeurs faire un concours de growl stupide où l'idée était de hurler le plus fort possible le truc le plus con possible (on notera un "LA MAMAN DE BAMBI!" assez poilant), je débarque sur le site pour trouver un public complètement mort qui fane dans l'herbe et surtout Taint, un groupe de stoner dont l'album The Ruin Of Nova Roma m'avait pas mal plu. Le power-trio se produit devant une foule clairsemée mais enthousiaste qui répond très positivement à leur gros rock aux ambiances tour à tour enfumées ou progressives. Entre le toucher du guitariste James Isaac, le batteur complètement halluciné et l'excellent bassiste le public ne s'y trompe pas et les quelques personnes présentes ovationnent le groupe en buvant de la bière par litres… Il faut dire que quand le gobelet de 25 cl de Cristalline est vendu deux euros (!) on n'a pas trop le choix. Ce détail navrant est emblématique de certains détails d'organisation hallucinants : comment expliquer que de simples festivaliers ayant acheté à prix d'or un pass "premium" aient accès à des zones où la presse ne peut pas se rendre? Comment justifier que les toilettes et les fontaines du camping ne soient plus fréquentables dès le deuxième jour de festival? Heureusement que le son est bon sur 90% des concerts sinon on trouverait vraiment à se plaindre…
Sur la scène principale on retrouve les frenchies de Nightmare qui bénéficient d'une fan-base solide et enjouée. Jo Amore a beau passer certaines notes en force au début du set il confirme par la suite son statut d'excellent chanteur power-heavy, et sonne comme un mélange de Ronnie James Dio et Udo Dirkschneider. Le heavy-metal du groupe passe comme une lettre à la poste et réjouit le public qui manifeste bruyamment son soutien. Plus encore que la qualité des compos et le niveau conséquent des musiciens, c'est leur plaisir évident de jouer qui emporte l'adhésion de l'assistance : il est trop rare aujourd'hui de voir un groupe qui se fait visiblement plaisir au lieu de juste se contenter de prendre des poses de méchant et de secouer la tête. Les musiciens de Nightmare ont tous la banane et achèvent leur set par une reprise d'Enter Sandman qui était peut-être dispensable au vu de la discographie conséquente du groupe… Le public a beau avoir déjà hurlé les paroles la veille durant le concert d'Apocalyptica il est en liesse, et Nightmare sort de scène en ayant ravi tout le monde.
Sur la superbe scène principale débarque la nouvelle sensation Roadrunner, j'ai nommé Trivium. Je découvre la formation sur scène, et mon impression reste mitigée après un set qui aura en tout cas déclenché l'enthousiasme de la foule. Trivium c'est un peu l'essence du metalcore : ça mange à tous les râteliers. Des harmonies twin lead omniprésentes dans les riffs, un double chant agressif/mélodique d'un côté et hardcore de l'autre, une capacité à passer de rythmes syncopés presque néo à des cavalcades heavy-metal, l'efficacité de la formule est ravageuse. Le niveau de jeu est très élevé -en particulier avec deux guitaristes lead qui enquillent les soli sans coup férir- et le groupe est très à l'aise sur scène. D'où vient donc la gêne ressentie? Premièrement d'un sentiment de lassitude, car Trivium joue une musique après tout assez convenue. Leur metalcore aux influences NWOBHM aurait été révolutionnaire il y a cinq ans, mais aujourd'hui les harmonies systématiques "à la In Flames" fatiguent vite surtout que le groupe semble les utiliser par principe au lieu de le faire quand elles sont pertinentes. L'arrogance de Heafy est également assez pénible, et le son brouillon, ce qui surprend. Trivium est un groupe puissant, extrêmement rentre-dedans et efficace, mais il faut qu'ils abandonnent rapidement leurs tics de jeu et d'attitude s'ils veulent qu'on les prenne réellement au sérieux.
En parlant d'arrogance, le mot est faible pour décrire l'attitude scénique de Danko Jones, à une nuance près : lui, il a la classe. Le leader du groupe qui porte son nom est tellement sûr de lui et se la joue tellement qu'il en devient culte, et cela n'échappe pas aux membres de son groupe qu'il fait visiblement beaucoup rire. Le son est pour le coup réellement parfait et les ronflements de la basse comme le son tranchant de la guitare ne laissent aucune place à la critique. C'est donc parti pour quarante minutes d'un rock 'n' roll burné qui sent la sueur et qui ravit le public du Hellfest dès la première note. C'est simple, presque basique, mais qu'est-ce que c'est bon! Danko a beau avoir un œil hors-service (il affiche un magnifique bandeau de pirate) il dégage une énergie incroyable, et il le sait. Un mot peut résumer sa communication avec le public : énorme! Entre autres perles on aura droit à "Hey, headbangers! Vous êtes prêts à headbanguer? Sur un groupe de rock? Ca marche aussi, vous savez!", ou se moquant des festivaliers qui fanent sur l'herbe "Quel genre de metalhead bronze l'après-midi? Les vrais metalheads sont là, devant moi! Fuck le bronzage, j'en ai pas besoin, je suis né avec!", c'est une enfilade de perles. Les trois Canadiens mettent le feu, et laissent la foule comme votre serviteur tout heureux d'avoir assister à un concert de très bon rock. Yeah!
Deux groupes m'auront profondément bluffé alors que je les découvrais en live : The Haunted et les légendaires Satyricon. Bénéficiant une fois de plus d'un son exemplaire (ce qui est loin d'être la règle dans les concerts de black), le groupe norvégien va donner un set absolument mortel. Le massif et extrêmement charismatique Satyr communique sans cesse avec la foule, à mille lieues des clichés du black-metalleux misanthrope. Frost à la batterie est une véritable brute doublée d'un virtuose, et le reste du line-up live ne démérite pas : la donzelle aux claviers est presque effrayante de présence et guitaristes comme bassiste assurent. Et il y a ces compos, véritables condensés de ce que le black peut offrir de meilleur : blasts ravageurs mais pas systématiques, riffs inspirés au-delà du raisonnable, sens du groove et du rock 'n' roll étrangers à 90% des groupes de black, Satyricon possède un nombre d'atouts impressionnant. Le show est un moment d'anthologie d'un bout à l'autre : variant les ambiances sans cesse, faisant tour à tour headbanguer et mosher la foule, Satyricon assène ses brûlots avec conviction, tel ce Now Diabolical d'anthologie. Une reprise de Black Sabbath achèvera d'extasier le public que Satyr remerciera plusieurs fois pour son enthousiasme, avant un final tout en violence et en finesse qui en laisse plus d'un sur le carreau. Mon-stru-eux!
Mon concert suivant est Helloween, connu pour ne pas prendre beaucoup de risques en festival. De là à jouer le set le plus démago de l'histoire il y avait un pas, et la bande à Deris l'a gaillardement franchie! Jugez plutôt de la setlist : Eagle Fly Free en ouverture (!) puis Halloween (!), Power, If I Could Fly, Mr. Torture, Future World, Mrs. God, I Want Out et Dr. Stein! Oui, vous avez bien lu. Aucun titre postérieur à The Dark Ride (dont deux titres sont joués après tout le mal que le groupe à dit de l'album) à part le single du dernier album… Helloween réussit à faire encore mieux qu'au Wacken 2004 où le groupe avait commencé son set sur Starlight et nous balance un best-of pour vieux fan, ce qui produit l'effet escompté : le public exulte en toute logique. Andi Deris massacre Eagle Fly Free comme d'habitude mais assure plutôt bien sur les autres titres, et le son brouillon des débuts s'améliore très rapidement. C'est donc un concert totalement bateau qui réjouit fort logiquement la foule mais le groupe commet une sérieuse faute de goût à la fin : alors que les concerts sont décalés depuis Satyricon qui a visiblement débordé sur son planning (qu'importe, c'était génial), Helloween se permet un final à rallonge franchement inutile…
Remonté comme rarement, DevilDriver attend donc sur la petite scène que les Allemands daignent arrêter leur déluge de guitare et de batterie (vous savez, le coup de la fin qui ne finit pas), et à la seconde où Helloween stoppe le dernier larsen l'intro du dernier album se lance. Une foule compacte s'est déjà constituée devant la scène de la bande à Dez Fafara : les fans de DevilDriver sont de plus en plus nombreux et débordent visiblement les capacités de la petite scène. Et c'est compréhensible tant le groupe va tout exploser : ayant déjà vu et apprécié DevilDriver à la Boule Noire avec un son pourri, je peux témoigner de l'intensité de la furie qui déferle sur la foule consentante avec un bon son en plus. Fafara a beau être court niveau souffle ça ne nuit nullement à un répertoire totalement destructeur qui prend le public au menton, et déchaîne littéralement la foule et votre serviteur. Devant la forêt de mains qui se dressent à sa question "Combien de personnes ici connaissent DevilDriver?!," le chanteur déclarera "Bien! C'est pour ça que nous sommes venus, pour rallier tous les autres à notre cause!", et il est fort probable que le groupe aura gagné des fans ce soir. Il crée à force d'insister le plus gros circle-pit que j'aie jamais vu : l'espace occupé est hallucinant, et comme je suis dans le noyau du centre qui regarde les autres tourner c'est très impressionnant. Des titres comme Nothing's Wrong ou Hold Back The Day sont déjà cultes et le combo repart en vainqueur par KO. Attendons le troisième album pour juger, mais il est clair que dans le cœur du public DevilDriver est déjà dans la cour des grands.
Les fans de Cradle Of Filth seront sûrement frustrés par le report qui va suivre, et pour me faire pardonner je dois dire que je le suis autant qu'eux. Après l'avalanche de critiques positives sur le dernier album Nyphetamine j'attendais les Britanniques avec impatience et joie, et malheureusement la malédiction Filth a frappé. Ces gars sont-ils maudits? Leur ingénieur du son a-t-il une tumeur au cerveau? Toujours est-il que le SEUL son pourri de la journée sera pour eux. Incroyable! Une fois encore Cradle voit son set gâché par un son inaudible, tombant dans le piège classique de la double pédale qui couvre tout le reste. Dans ces conditions comment apprécier le concert? Le simple fait que je n'ai reconnu Cthulhu Dawn qu'à la fin du morceau devrait vous permettre de vous représenter le niveau de bouillie sonore que le public a dû endurer. Nyphetamine Overdose passe bien car le morceau est lent donc Erlandsson n'a pas le loisir de couvrir ses camarades… On notera au passage que Sarah Jezebel Deva (qu'on a pourtant connue en meilleure forme) assure les parties de Liv Kristine avec brio. Par contre si Dani assure son chant death il se transforme en canard dès qu'il part dans les suraigus et malgré cela il insiste et devient risible par moments. Totalement gâché par le son, le concert de Cradle ne laissera pas grande trace dans les mémoires malgré une fan-base extrêmement imposante.
Aller voir un concert de Saxon c'est comme enfiler une vieille paire de charentaises : on sait qu'on sera bien dedans, qu'on ne pourra pas courir un cent mètres avec mais que pour ce qu'on lui demande ce sera parfait. En effet Saxon en live c'est soit bon soit très bon, et ce soir c'est très bon. Biff est en voix, le son est nickel et même si Paul Quinn fait toujours un peu peur il joue bien, donc on lui pardonne. Les classiques sont là : Strong Arm Of The Law, Princess Of The Night, Solid Ball Of Rock et autres Denim & Leather confirment leur statut de titres imparables, alors que la traditionnelle nouvelle chanson coincée au milieu de tout ça (ce soir il s'agit de Witchfinder, tirée de Lionheart) ne détone pas du tout et fonctionne très bien. Contrairement à Helloween, Saxon n'est qu'une gloire passée sans réel présent, et il est donc légitime pour eux de se vautrer dans leur back-catalogue. On se demande tout de même quel effet cela fait aux musiciens de rejouer toujours le même set mais bon : on va voir Saxon pour les classiques, et de ce point de vue-là tout le monde en a eu pour son argent.
La petite scène est blindée de monde qui attend l'arrivée d'Arch Enemy, et la bande à Gossow ne va laisser que peu de survivants. Le son est un des meilleurs du festival dont les standards sont mine de rien très élevés (et prouve qu'une double grosse caisse peut être écrasante SANS couvrir le reste) et le groupe en profite pour délivrer un set impressionnant de puissance, de maîtrise, et de ce petit "plus" qui rend un concert légendaire. Par rapport à leur concert du Wacken passé le groupe a fait un énorme pas en avant : Angela beugle comme elle a rarement beuglé et son growl remporte la palme des hurlements les plus violents et les plus puissants de la journée. Quelle baffe! Elle module sans cesse et ne rate rien, à l'image des guitaristes dont le niveau est sans égal. Leur précision est diabolique et on ne compte strictement aucun pain dans leur prestation qui laisse sans voix. Et surtout il y a cette musique, synthèse de ce que le métal moderne peut offrir de mieux : du blast, de la syncope, de la mélodie, de l'ambiance, des changements imprévisibles, c'est un florilège. Le groupe ne m'avait jamais transporté sur disque mais là je suis soufflé, comme le reste du public qui parlera longtemps après de ce concert de fou. Ils sont venus, ils ont vu, ils ont tout dévasté!
Tête d'affiche de ce deuxième jour, Motörhead provoque par son entrée sur scène une immense vague de départs… Le groupe a SON public, et le public metal traditionnel n'adhère visiblement pas. Pour ce qui est du concert, les remarques concernant Saxon s'appliquent ici à une nuance près : l'intérêt visuel de Motörhead est nul. Voir Lemmy coincé derrière son micro n'apporte vraiment pas grand-chose, car malgré son aura culte le personnage n'en impose pas tant que ça. En matière de présence scénique le deuxième power-trio rock de la journée est donc en deça de son dauphin Danko Jones, même si musicalement tout ça est bien évidemment béton. Les tubes de rock 'n' roll graisseux et speedé s'enchaînent, laissant une petite place au présent (Killers, titre d'Inferno), et une fois sorti de ça on ne me convaincra pas que regarder le concert apporte un quelconque plus par rapport à l'entendre en musique de fond depuis le camping devant une bière. Motörhead a sorti trois lives dont un double, on pourrait donc s'attendre à un effort au niveau du visuel… Mais non, le groupe se contente de rejouer ses albums live à l'identique. Culte mais franchement limité.
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