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Hellfest 2006 - Live Report - Première journée 22-23-24 juin 2006 par Cosmic Camel Clash |
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Cette année le Fury Fest s'appelle Hellfest et n'a plus lieu au Mans mais à Clisson, une petite bourgade à vingt kilomètres au sud de Nantes et donc encore plus loin de Paris, ce qui explique l'arrivée tardive de votre serviteur après quatre bonnes heures de route. En effet je n'arrive sur le site que durant le concert de Stone Sour, qui entendu du camping semble fort bon (j'en aurai la confirmation auprès des festivaliers interrogés). Le site en question est assez particulier : le camping est placé dans un immense champ au milieu des vignobles, mais un peu loin à pied du lieu des concerts. Il y a beaucoup à dire que l'organisation du Hellfest donc autant commencer par les points positifs : les deux scènes (Main Stage et Hard 'n' Heavy Stage) sont juste assez proches l'une de l'autre pour qu'on puisse se déplacer facilement et les différents stands sont placés intelligemment sur les bords du site. Par contre il n'y a presque aucune indication et c'est au festivalier de trouver par lui-même l'immense salle de merchandising placé dans le gymnase adjacent, d'ailleurs je passe un bon quart d'heure à chercher l'espace presse.
Qu'à cela ne tienne, il est temps de contempler le retour sur scène d'Alice In Chains devant un public pour le moins clairsemé. Cela m'a frappé dès mon arrivée : où sont les gens? Certes, l'annulation de Korn pour raisons de santé n'a pas arrangé les affaires du festival, mais même sans ça l'affiche compte son lot de très gros noms et je ne comprends pas pourquoi les metalleux de France ne se sont pas déplacés en nombre pour soutenir ce qui reste le seul festival metal français d'envergure internationale. Quant au concert d'Alice In Chains je vous dois un aveu : je suis totalement passé à travers le culte déchaîné par ce groupe dans sa période de gloire. Je découvre donc les chansons en live, et le chanteur qui évolue ce soir (William DuVall) est en tout cas vraiment doué. Très rock 'n' roll dans son attitude et très en voix, il assure un bon boulot de frontman alors que Jerry Cantrell, totalement monolithique, se contente d'émerveiller par son touché de premier ordre. Les lights sont superbes, et la Main Stage à la forme si particulière (imaginez un réservoir de préservatif découpé) permet au groupe de faire monter la puissance… pour soudainement s'arrêter sans crier gare. Alice In Chains n'a eu que quarante minutes pour jouer et le potentiel du nouveau line-up n'a clairement pas eu le temps de se développer. Le concert prend fin alors que l'ambiance commençait réellement à décoller, et c'est bien dommage.
L'absence de Korn a provoqué un décalage des concerts, et ceux-ci s'enchaînent presque trop vite : alors que je quitte la Main Stage dès la fin du concert d'Alice In Chains, The Haunted commence déjà son concert sur la Hard 'n' Heavy Stage, pourtant très proche. Et c'est parti pour quarante minutes de thrash suédois de très, très haute volée : le concert le plus violent de la soirée est également un des plus fédérateurs. Le public est massé devant la scène et à raison : servis par un son correct (malgré une basse trop forte), la bande à Peter Dölving va délivrer une performance dantesque. Le chanteur est intenable et sa performance vocale est parfaite, et si les autres membres restent statiques ils envoient du très très gros. Le groupe remporte la palme de la communication avec le public, de la puissance brute et même de la variété musicale : alors que je commençais à trouver les tempos speed un peu répétitifs la formation décide après trois chansons de montrer l'étendue de sa palette et c'est une révélation. Puissance thrash, mid-tempos écrasants, incursions lumineuses de la mélodie, The Haunted met le public du Hellfest en transe et me fait retrouver une véritable ambiance de festival métal : sueur, communion et fraternité dans l'amour de la violence. Une tuerie!
S'il y a un groupe qui provoque la polémique en général et chez les Immortels en particulier, c'est bien Apocalyptica. Le groupe m'avait totalement transporté au Wacken Open Air 2005, mais les live-reports en salle avaient été systématiquement négatifs. Sans parler de la critique récurrente des compositions du groupe, censée être chiantes et ennuyer le public entre chaque reprise de Metallica… Et bien, n'en déplaise à –the lord, Apocalyptica a tout tué ce soir! Peut-être est-ce un groupe à ne voir que dans ces conditions, mais il est clair qu'en plein air et de nuit le quatuor scandinave prend une dimension quasi-mystique. Accompagnés par un batteur d'exception, le groupe attaque son concert par One et gardera un équilibre parfait entre compos et reprises. Et les réactions de la foule ne laissent aucun doute : les compositions d'Apocalyptica tour à tour sur-heavy ou mélancoliques et planantes déclenchent systématiquement une ovation. Le public headbangue comme un seul homme sur les titres puissants, le son est excellent, l'attitude des violoncellistes est metal en diable, et ce concert confirme le potentiel effarant de la formation en festival. Les impressions glanées après le concert sont unanimes : le public métal adore Apocalyptica, et pas seulement en tant que cover band des Four Horsemen.
C'est au tour d'Opeth, le groupe chouchou des Immortels, d'officier sur la petite scène, qui en live reste un groupe d'exception dont le feeling et l'inventivité ne connaissent que peu d'équivalents. De l'arrière de la foule le son est très bon, ce qui n'est pas le cas dans les premiers rangs dans lesquels les aigus sont inaudibles. Mickael Akerfeldt est assez allumé, son humour froid légendaire partant dans tous les sens ce soir : il déclarera ainsi sans rire être une pouffiasse et annoncera Deliverance comme "une chanson sur la sodomie"… Morceau qui clôturera un concert n'en comportant que quatre! Le groupe n'a que peu de temps et choisit de se concentrer sur les titres longs : il ne jouera que The Baying Of The Hounds, Blackwater Park, Closure et Deliverance. Akerfeldt a connu de meilleurs jours vocalement (il peine un peu en clair dans les aigus) mais demeure un frontman hypnotique, et Axenrot confirme qu'il est un des rares batteurs au monde capable de remplacer le regretté Martin Lopez. Les interventions du clavier sont soit très discrètes soit extrêmement pertinentes, et Per Wiberg assure de plus des backing vocals de qualité. Par contre la fin du concert est entachée par une faute d'organisation à la limite de l'impardonnable : alors que l'outro légendaire de Deliverance n'a même pas encore commencé je constate par hasard que Soulfly est déjà en train de jouer sur la scène principale! Hallucinant! Je me rue alors vers ceux qui sont devenus, par défaut, la nouvelle tête d'affiche de ce premier soir.
Soulfly a donc déjà attaqué son set quand j'arrive, et les fans ont déjà pété les plombs. La bande à Cavalera délivre un concert extrêmement énergique et direct, à l'image d'un Marc Rizzo remonté comme un coucou suisse. Le guitariste est l'atout évident du nouveau line-up : intenable, motivé au possible, il saute partout et s'éclate autant à jouer de gros riffs syncopés que des parties de shred supersonique. Son niveau technique est vraiment imposant et l'homme n'a de cesse de rajouter des parties lead un peu partout, tout en effectuant ses célèbres coups de pied sautés retournés de la mort. Les titres du dernier album donnent une nouvelle dimension à la musique du groupe : grâce à eux Soulfly perd son côté répétitif et devient un groupe de metal au sens large, allant du néo au thrash en passant par le punk et le heavy. La set-list est assez étrange car beaucoup de titres ne sont pas joués en entier et s'enchaînent en une sorte de gigantesque medley : Bleed est joué sans la partie rap de Fred Durst (mais toujours avec le beau-fils de Max), un bout de Jumpdafuckup par-ci, des intros de Slayer et Metallica par-là, puis de Soulfly V, puis de Head Up (le titre des Deftones sur lequel Max a trouvé le nom de son groupe), un solo de Rizzo à l'acoustique, une jam aux percussions avec un membre du public… Soulfly se disperse un peu mais ne perd pas sa légendaire puissance, et le public suit. Par contre certains tics deviennent lourds à la longue : la manière dont Max s'adresse au public est très répétitive et la pauvreté de ses paroles en général finit par lasser. Il ne doit pas utiliser plus de cent mots de vocabulaire en une heure et demie de concert, ce qui est limite! La première journée s'achève sur un bon concert tout de même, car le Soulfly version Rizzo reste une sacrée machine de guerre. Peut-être même un peu trop huilée...

