Cosmic Camel Clash : Vous le savez : première interview pour le site = historique du groupe. À vous.
Adrien Grousset (guitare) : Hacride est né en 2002, avec l'arrivée de Samuel Bourreau au chant. Ben, Olive (Olivier Laffond, batterie) et moi étions formés depuis un petit moment et nous répétions, mais rien de sérieux vu que nous n'étions pas au complet. Dès l'arrivée de Sam au chant nous avons tout de suite commencé à travailler sur une démo 3 titres. Nous n'avions pas fait de concert, mais ça nous a permis d'avoir une petite carte de visite pour pouvoir en faire, car on ne peut pas faire de concert sans avoir au moins une petite démo. Nous avons donc pris le risque d'enregistrer une démo d'abord et ça nous a permis d'accéder à des premières parties comme Loudblast, Gojira, Carcariass, etc... c'était pas mal sachant que nous étions partis de rien! C'était déjà une bonne avancée, et après ces quelques dates il nous a fallu du temps pour composer de nouveaux morceaux et finalement rentrer en studio enregistrer ce qui allait être Deviant Current Signal. Nous avons autoproduit cet album en 2003 (il est sorti en 2005), ce qui nous a permis d'avoir une autre carte de visite et de démarcher des labels. Nous avons fini chez Listenable en 2005 , ce qui nous a permis d'avoir un gros label et de faire notre première tournée, le Deviant Tour qui a duré presque un an, une trentaine de dates partout en France et un peu en Suisse. Elle s'est arrêtée en mai 2006 et à partir de ce moment-là nous sommes rentrés en studio pour Amoeba.
Cosmic Camel Clash : Le nom de l'album comme celui du groupe méritent quelques éclaircissements...
Adrien : Hacride vient du mot « âcre », un sentiment âcre étant un sentiment assez douloureux et oppressant, qu'on ne peut pas refouler. Le "h" et le "e" rajoutés au mot anglais "acrid" ne sont là que par pur esthétisme, nous avons juste modifié l'orthographe pour que ça nous corresponde un peu plus. Quant à « Amoeba », il s'agit d'une amibe en français : une forme organique cellulaire parasitaire qui se nourrit de tout ce qu'il y a autour d'elle.
Benoist Danneville (basse) : ... en plus d'être quasiment immortelle, car quand elle "meurt" elle se divise en deux nouvelles cellules. C'est le concept, enfin le semi-concept que nous avons choisi pour cet album.
Cosmic Camel Clash : Semi-concept? Il y a donc un thème général qui relie les titres entre eux?
Adrien : Cette définition de l'amibe a servi de base pour les textes et l'artwork, mais aussi l'idée générale et la couleur de l'album. C'est pour ça que nous parlons de semi-concept, car nous n'avons pas fait un concept-album : c'est une idée générale, un thème globalisant. Cette idée directrice que nous nous sommes imposée nous a permis de broder autour de ce thème. L'artwork a une certaine couleur... (me tend un superbe digipak)
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Cosmic Camel Clash : Je n'avais pas encore vu l'objet, il est très beau! C'est une édition limitée?
Adrien : Non, tous les albums seront comme ça... nous l'avons découvert aujourd'hui et nous sommes trop heureux! C'est très organique et nous voulions la même chose pour le son : nous avions choisi ces images avant même d'enregistrer, pour nous créer un chemin à suivre. Il y a plein de thèmes qui sont dans l'amibe, comme les choses liquides, et ça allait très bien avec nos multiples influences et le côté progressif que nous voulons instiller dans la musique. Ça raconte un peu...
Cosmic Camel Clash : (l'interrompant) Tu m'expliques le côté progressif de l'amibe s'il-te-plaît?
Adrien : Euh... (silence) Comment dire, c'est juste pour nous une recherche musicale, pouvoir aller un peu plus loin... je ne le raccrocherai pas directement à l'amibe mais ce sont ces influences qui nous permettent d'avancer et de faire un semi-concept autour de ça.
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Ben : Tu vois, l'amibe avance et se nourrit de tout et après se divise... on peut aller très loin dans la métaphore. Tu as donc ton amibe, ton entité qu'est Amoeba et elle est divisée en différentes cellules qui sont les différents titres, avec différentes sphères et différentes cultures musicales... qui forment toujours un tout.
Cosmic Camel Clash : Vous partez quand même d'un organisme monocellulaire (donc qui incarne la simplicité) pour en arriver à une musique particulièrement tarabiscotée...
Ben : Oui, et c'est un paradoxe quand même intéressant. Quand tu appréhendes un petit peu l'album, tu as d'une part l'image de l'album et son titre. Les deux sont simples, en tout cas l'image est sereine, et derrière ça tu as cette complexité et cette technicité. C'est un mélange « sec-mouillé » qui permet d'appréhender l'album un peu plus sereinement.
Cosmic Camel Clash : Ce contraste n'est pas le seul : à l'intérieur des chansons elles-mêmes vous utilisez les contrastes propres au postcore entre passages bruitistes et passages contemplatifs... pensez-vous qu'on ne peut exprimer l'émotion que via le contraste?
Adrien : Oui et non... ton passage d'ambient mélodique aura beaucoup plus d'impact si tu as un passage violent et agressif juste avant. Toute la musique d'Hacride est construite comme ça, par paliers. C'est pour ça que nous avons des morceaux très longs et très complexes où on trouve de tout. Prends un de nos titres et mets-le à une minute, tu auras un passage blasté à mort alors qu'une minute plus loin tu auras peut-être un passage doux et acoustique. Il faut que la musique vive, et chaque morceau est une histoire dans le sens où il se suffit à lui même. Il y a des groupes qui mettent plus en avant tel ou tel titre dans leurs albums, mais pour nous il fallait que tout soit important Chaque morceau est donc une histoire de A à Z, avec ses hauts, ses bas.
Cosmic Camel Clash : Est-il facile d'écrire des textes qui pourront coller sur une musique aussi schizophrène?
Adrien : Comme l'artwork, les paroles sont très ouvertes au final. Nous n'avons pas de paroles « schizophrènes » : si nous parlons de la folie ce sera de manière plus métaphorique, voire philosophique. C'est très universel et il y a beaucoup d'émotions, car un de nos challenges est de réussir à retranscrire une émotion telle quelle, et tenter de faire ça avec de la musique et des paroles est très compliqué. Il s'agit vraiment de thèmes universels, de thèmes humains...
Cosmic Camel Clash : Le postcore est d'ailleurs souvent décrié comme étant une musique purement cérébrale dans laquelle il n'y aurait que du calcul et pas vraiment d'instinct. Comment avec une démarche aussi focalisée sur les émotions primaires en arrive-t-on à un résultat aussi cérébral?
Adrien : (silence) Ben... c'est la maturation du morceau : tu commences par sortir un truc que tu improvises et après tu le retravailles. Je compose chez moi et il y a une part de calcul énorme évidemment, vu que nous utilisons beaucoup notre technique et nous faisons très attention aux détails... mais en même temps nous aimons que dans ce calcul il y ait une part d'agressivité instinctive, c'est ça qui est très compliqué à mettre en place en fait. Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés à ce fonctionnement : quand Hacride a été formé la musique était comme ça. Nous ne considérons pas notre musique comme du postcore par exemple ; nous avons du mal à définir notre musique, à définir ce qu'on calcule ou pas ... tout est évidemment calculé de A à Z, mais en même temps il y a une part de groove, de ressenti des choses sur le moment. La structure est extrêmement calculée, mais la recherche des riffs est extrêmement émotionnelle et basée sur l'état d'esprit du moment. Je me retrouve devant mon PC avec ma gratte et si j'ai besoin de mélodie ce sera plus ambiant, mais si je suis sous le coup d'une émotion forte ce sera le blast.
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Cosmic Camel Clash : Ces temps-ci l'actualité musicale est riche de groupes - notamment de postcore - qui pratiquent cette approche bruitiste / ambient, donc j'aurais voulu vous soumettre quelques noms pour avoir votre réaction... (j'évoque Envy, Burst, Eden Maine et Comity, mais ils ne tiquent que sur Comity car ils connaissent les membres du groupe)
Adrien : Honnêtement, nous ne sommes pas dans cette vague-là, nous n'écoutons pas ce genre...
Ben : Je connais Burst par des potes, mais sinon...
Cosmic Camel Clash : Justement c'est là où je voulais en venir : tous les groupes qui pratiquent ce genre de musique et à qui j'ai pu parler n'en écoutent pas. Pensez-vous que cette musique naît forcément d'une union d'influences des différents membres de chaque groupe? Aucun groupe du genre ne m'a jamais dit « ouais, on fait ça parce qu'on est fans de tel groupe qui fait la même chose »...
Adrien : (rires) La question qui tue. Il est clair que le groupe est constitué de personnalités complètement différentes avec des influences complètement différentes. Aucun groupe ne se réclame du style.
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Cosmic Camel Clash : (rires) Aucun groupe ne se réclame d'aucun style de toutes façons, à part les groupes de thrash.
Ben : (rires) Ouais, trop, « on fait du thrash allemand! ».
Adrien : Voilà, c'est cette globalité d'influences qui crée cette personnalité. Les Comity ont une vision bruitiste de la musique, alors qu'Hacride est clairement un groupe de rock-métal. nous écoutons tous du métal... mais aussi d'autres choses et nous sommes tous ouverts. Il n'y a pas « le deatheux », « le coreux », etc : nous écoutons du death, du jazz, de la pop, du flamenco... Y'a beaucoup d'influences à gérer, mais c'est ce qui fait l'identité d'Hacride.
Cosmic Camel Clash : Y-a-t-il des choses que vous vous interdisez musicalement?
Adrien : Oui, la facilité. Si un truc est gratuit, je le rejette. Faire un riff pour faire bouger les foules parce qu'à ce moment-là ça va fonctionner, ben je le mettrai pas. Ou alors si nous le faisons nous le casserons avec un rythme de batterie différent, ou Olive fera un autre truc.
Ben : Nous faisons beaucoup ça. Nous partons du fait que les gens vont attendre la suite logique après tel passage et hop! Nous partons sur autre chose.
Cosmic Camel Clash : Hacride, groupe anti-conformiste?
Adrien : Non, non, pas tant que ça. Nous évitons juste de plagier et nous voulons surtout développer une musique originale. Les riffs téléphonés, ça me fait peur, c'est quelque chose qui me gonfle en tant qu'auditeur. Même si la foule attend ça, en tant qu'auditeur, musicien, et dans le domaine artistique c'est quelque chose qui n'est pas valable pour moi. Bon, ce n'est que moi hein... mais pourquoi au moment de créer quelque chose, refaire quelque chose qui a déjà été fait? Pourquoi ne pas essayer autre chose... Les possibilités sont infinies, donc pourquoi se remettre dans des carcans? Il y a des gens qui le font très bien et y'a pas de souci, mais ce n'est pas du tout notre truc. On a envie de créer notre musique avec tout ce qu'il y a autour de nous.
Cosmic Camel Clash : Être catchy ou efficace n'est donc jamais un objectif pour vous...
Adrien : Non. Il faut que ça soit une musique qui nous porte.
Ben : Des fois ça pourra sonner catchy ou efficace, mais ça voudra dire que pour nous il fallait ça, pas parce que les gens attendent ça.
Adrien : Et pas parce qu'on se dit « ça doit sonner efficace ». Nous n'allons jamais composer un morceau en nous disant « celui-là est pour la scène, il faut du pan dans ta gueule ». Nous ne le ferons pas, et même si nous essayons ça ne marchera pas, il y aura l'un d'entre nous qui dira « non, c'est pas assez compliqué » (rires) Non, je déconne... c'est juste que c'est comme ça que c'est naturel pour nous, tout simplement.
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Cosmic Camel Clash : L'album sort. Des plans de tournée?
Ben : La tournée déjà, de septembre en juin, presque une trentaine de dates... la participation aux festivals d'été si possible, nous n'avons pas encore les infos... nous allons tenter de tout démarcher mais nous n'avons aucune piste pour l'instant. En tout cas nous essayons tout : nous avons un album, une actualité... on se bat. (rires)
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Cosmic Camel Clash : La question spéciale groupes français : on le sait, on a des groupes balaises en France, avec de très bons producteurs (il suffit d'écouter le dernier The Arrs, ou le vôtre), le niveau scénique est excellent... et le métal reste une musique de pestiférés en France. Quel est le problème d'après vous? Comment vivez-vous cette exception française à la con?
Adrien : On la vit... malgré nous. Il y a une marginalisation indéniable, qu'il n'y a pas en Espagne, Italie, Allemagne ou en Scandinavie. C'est la culture de la variété française qui est très présente...
Ben : Il n'y a pas vraiment de culture rock en France, contrairement aux pays scandinaves...
Adrien : Il y a Noir Des' qui a fait énormément de choses, mais c'est tout, c'est le rock le plus violent que tu pourras écouter à la radio.
Ben : Attends, y'a Le Mouv' (ndCCC : station "jeunes" de France Inter proposant la Metal Academy, seule émission quotidienne passant du métal tous styles sur la FM) maintenant!
Adrien : Oui, mais il y a un gros problème, c'est que la France est à la traîne, c'este aussi simple que ça. Nous combattons pour une image saine et musicienne du métal parce que j'insiste là-dessus : le métal n'est pas une musique d'écervelés qui se mettent la tronche à la bière ou de junkies... les clichés qu'on voit sur M6. Nous sommes dans une société sclérosée par une pseudo-culture officielle. Les autres pays ne sont pas comme ça. C'est aussi à nous de changer ça : la France a mauvaise réputation sur la scène métal internationale, et je pense que ça vient de là aussi. Les mentalités ne changent pas, mais les groupes n'essayent pas non plus de les faire changer. Gojira a joué le jeu, je trouve : quand il y avait les affiches géantes de From Mars To Sirius dans le métro, elles étaient BELLES. Les gens se disaient « Mais qu'est-ce que c'est que ce groupe, c'est un groupe de métal? Mais c'est joli! ». Je respecte évidemment les groupes qui utilisent une imagerie dark ou gore, mais c'est évident que quand le genre est déjà marginalisé et que les gens voient dans les bacs des cds de death avec des têtes coupées et tout, ils vont continuer à se dire « C'est de la musique violente qui apporte un message noir d'intolérance. Ca rend nos filles gothiques, bientôt elles vont se mettre à la drogue et au black-metal sataniste. »
Ben : « ... et après elles vont se suicider. » (rires)
Adrien : Comme je l'ai dit je respecte l'esthétique death-metal, mais je pense qu'en tant que musiciens on a le devoir d'ouvrir un petit peu cette musique à tout le monde, d'éviter l'encloisonnement des groupes métal, et l'inscrire dans une musique et une image un peu plus nobles.
Cosmic Camel Clash : Bon, le traditionnel mot de la fin?
Adrien & Ben : Merci!
Cosmic Camel Clash : Pas mal.
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