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Ce soir, à la
Locomotive, le djeunz est de sortie. Chevelu, à crête ou à
dreadlocks, à l'aise dans son baggy et son T-Shirt Eths, Iron
Maiden ou Cannibal Corpse, le djeunz est venu en masse pour assister
aux quatre concerts de cette affiche. Et il n'est pas venu seul: son alliée
de toujours, la djeunzette, est également présente, et même très
présente! Souvent (mais pas toujours) déclinée dans une tonalité
gothique-sexy de bon aloi, la djeuzette représente près de la
moitié du public, et c'est un régal pour les yeux. Hors du djeunz
point grand-monde, et c'est presque choquant: il semble bien
qu'aucun métalleux de plus de trente ans n'ait daigné venir
contempler la nouvelle génération sur scène. Tant pis pour eux…
Ce
soir c'est soirée famille. Le label Coriace fait jouer ses quatre
groupes-phares, réunis autour de deux valeurs fondamentales: la
rythmique syncopée (vous savez, "Jump!, Jump!, Jump!",
tout ça) et le chant en français. C'est Fis(ch)er qui ouvre le
bal. Le groupe enchaîne des parties hardcore assez efficaces à
d'autres plus ambiancées et typée "émo", mais les unes
comme les autres sont fortement handicapées par un son déplorable:
il n'y a pas de guitare! La section rythmique et le chant passent
bien au niveau du son, mais si basse et batterie sont bien jouées,
le grand escogriffe psychotique qui tient le micro doit sérieusement
revoir sa copie. Ses cris hardcore sont corrects sans plus, et ses
tentatives de chant clair et clair/agressif sont vraiment
douloureuses, quand il force c'est très laid. En tout cas, le
djeunz révèle ici ses caractéristiques, à savoir qu'il est bon
public et qu'il a très envie de se lâcher. Résultat le pogo est
totalement furieux et infréquentable, et absolument pas calé sur
la musique! La foule crie "Fis(ch)er" comme elle crierait
n'importe quoi d'autre, et le groupe susnommé repart donc content
après avoir au final satisfait très peu de monde.
Deuxièmes
sur scène, les Babylon Pression font monter très nettement le
niveau. Tous habillés d'une chemise blanche et d'une cravate noire,
sûrement en référence au film "Chute Libre", le groupe
de néo fait preuve d'une expérience scénique évidente. Et
miracle, le son est absolument parfait! Le faible du djeunz, la
rythmique syncopée, est ici massive et totalement irrésistible, et
on s'aperçoit que le djeunz peut tout à fait pogoter normalement
quand il est transporté par ce qu'il écoute. Le charismatique
chanteur alterne un chant rappé honnête et un growl hardcore très
puissant et sa gestuelle comme son énergie font mouche. Groove énorme,
riffs catchy en diable, mise en place parfaite, c'est un succès
total et mérité. Babylon Pression fout le feu en toute logique, et
remporte les palmes du meilleur son ainsi que de la représentation
la plus entraînante et festive de la soirée. Très fort!
Tripod
arrive ensuite et s'affirme en groupe très professionnel, encore
plus carré que celui d'avant. Leur batteur est de loin le plus
technique de la soirée, de niveau international tant avec ses mains
qu'avec ses pieds. Le grain très violent du massif hurleur (secondé
par le bassiste) ainsi que la tonalité des riffs et certains
passages en blast-beats donnent à leur musique un feeling très métal,
mais les incontournables rythmiques syncopées sont bien évidemment
présentes pour permettre au djeunz de jumper à loisir. On comptera
deux grands moments: un duel de batteries avec Guillame d'Eths et la
venue sur scène de Candice qui assurera un chant clair envoûtant
sur un titre hypnotique et contemplatif avant de repartir dans les
bonnes habitudes et de hurler comme elle sait si bien le faire. Le
concert sera un poil trop long à mon sens, mais la qualité du son
et des musiciens sur scène reste impressionnante.
Enfin,
après près de trois heures de show, Eths arrive sur scène et
confirme la logique de crescendo de la soirée. En effet, si les
deux groupes précédents avaient placé la barre haut niveau
professionnalisme, Eths explose littéralement leurs standards. La
différence principale est que chez Eths, tout le groupe fait le
show: Candice assure son rôle de frontwoman mais les deux
guitaristes et le bassiste sont déchaînés et leur charisme est
saisissant. Ils seront d'ailleurs les seuls musiciens de la soirée
à ne pas se cantonner à leur position de départ sur scène…
Leur musique est complexe et entraînante à la fois, terriblement
technique et pourtant si fluide, et les hurlements d'outre-tombe de
Candice font toujours leur petit effet même si la donzelle n'est
pas à 100% ce soir. Petit problème: cela fait quand même beaucoup
de rythmiques syncopées sur lesquelles le djeunz saute en rythme
depuis le début de la soirée… et le djeunz n'en peut plus. Littéralement
vidé, le public n'arrive en effet plus à répondre aux
sollicitations du groupe qui s'en étonne: le djeunz est pourtant béat
d'admiration devant son groupe fétiche (il faut voir l'expression
sur le visage des djeuzettes qui réussissent à saisir et serrer la
main de leur idole hurlante). La fatigue du public est telle que les stage-divers
sont invités à aller sauter ailleurs -c'est très drôle à voir-
et qu'une fois que le groupe quitte la scène après un final
dantesque sur "Encore" qui voit tous les chanteurs des
groupes précédents se rejoindre sur la scène (on y compte une
bonne dizaine de personnes) les gens ne réclament pas de rappel tout
de suite! Le groupe reviendra pourtant pour jouer son single (Ailleurs,
pas le
meilleur choix) avant de quitter les lieux.
Cet
"Assaut Coriace" sur la Loco restera donc une très bonne
soirée pour les amateurs de core et autres musiques qui font sauter
et l'ordre des groupes sur l'affiche est particulièrement
pertinent. Ce concert aura confirmé tout le bien que je pensais
d'Eths en live: véritable rouleau compresseur, ce groupe a un bel
avenir devant lui. J'ai également eu l'occasion de découvrir en
Babylon Pression une formation terriblement carrée et efficace, et
je retournerai les voir sans hésitation. Il reste peut-être aux
groupes Coriace à mieux gérer leur temps sur scène, car la
longueur du set de Tripod aura finit de mettre à genoux un public
qui n'avait plus le jus nécessaire pour célébrer leurs idoles. En
tous cas le chant en français et la rythmique syncopée sont venus,
ont vu et ont vaincu. Gageons que le djeunz en a encore mal partout.
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